Les-orques-arrivent-au-Grand-Rex-santecool

Orques Sans Frontières et la Sea Shepherd SC, grands noms de la défense du milieu marin, unissent leurs forces et alertent l’opinion sur le réchauffement climatique qui menace aussi le Peuple des orques lors de l’avant-première du film suivie d’une soirée-débat au Grand Rex.

Après que le film choc Blackfish ait fait découvrir l’enfer du décor des parcs marins, ce documentaire, réalisé par Thierry Smon et coproduit par Iffwater, montre la beauté et la grandeur des orques à l’état sauvage et se veut un hymne à la Liberté.

Spectateur privilégié du monde des orques depuis 20 ans, Pierre Robert de Latour devient, le temps de ce film, l’acteur de son histoire. L’expérience issue de ses rencontres sous-marines avec les orques de Norvège dans leur milieu naturel est sans équivalent dans le monde.

Pierre revient sur ces hivers de plongées et des prises de vues avec les orques à l’état sauvage. Dix ans après son premier documentaire, Voyage au pays des Orques, les paramètres ont radicalement changé. Suite à l’augmentation de la température des eaux du Tysfjord, les harengs, principale source de nourriture des orques, ont modifié leur migration et leur lieu d’hivernage.

Ces changements ont non seulement bouleversé les dates et les trajets migratoires des orques mais aussi leur comportement avec les autres espèces ainsi que leurs techniques de chasse. L’intelligence de l’orque lui a permis de s’adapter à la raréfaction de sa nourriture de prédilection. Alors que harengs et orques se sont déplacés de 150 km vers le pôle Nord en 5 ans, jusqu’où pourront-ils chercher les eaux froides qui leur sont indispensables? La montée toujours plus au nord des orques n’est que la partie visible d’un phénomène complexe qui inquiète nombre de scientifiques, parmi lesquels la biologiste Heike Vester, acousticienne reconnue des orques de Norvège, à qui le film donne la parole. « Il est grand temps de se préoccuper de l’effondrement des stocks de harengs. C’est une problématique écologie majeure qui va aussi impacter profondément toute la filière pêche de ce pays », souligne-t-elle.

Car les orques, prédateurs au sommet d’une chaine alimentaire très courte sont des marqueurs particulièrement sensibles des modifications de leur environnement. « Ces mammifères sont des lanceurs d’alerte. Toute perturbation de leur écosystème se répercute immédiatement et visiblement sur leur mode de vie. Les scientifiques souffrent du manque de données en cet environnement polaire si hostile à l’homme et aux équipements. Côtoyer les orques et les approcher en apnée, comme je le fais chaque année, permet collecter ces précieuses informations. Apprenons à les observer avec respect. En échange, nous pourrons largement accroitre notre connaissance sur le milieu marin arctique » s’enthousiasme Pierre.

Parfois les agendas offrent de belles opportunités. Ainsi l’avant-première du film le Peuple des orques trouve-t-elle toute sa place en amont de la très attendue COP 21 de Paris.

Déjà l’année dernière, à l’issu des négociations de la COP 20, la notion de « culture non humaine » était reconnue à certaines espèces de grands mammifères. La convention de Quito de 2014 invitait les états signataires à protéger les cultures non humaines et leurs représentants.

A quelques semaines de l’ouverture des négociations de Paris, les menaces que fait peser le réchauffement climatique sur la survie du peuple des orques pourraient enfin prendre une juste part dans les débats.

Car «Peuple» est bien le mot le plus important du titre du film. Riche de ses 3 700 rencontres sous- marines avec les orques libres, Pierre Robert de Latour est celui qui les a le plus côtoyé sous l’eau. En combinant ses images sous-marines aux enregistrements acoustiques de Heike Vester, avec qui il collabore depuis 10 ans, une évidence s’est fait jour: les orques ont toutes les caractéristiques d’un Peuple.

« Les orques n’ont pas leur place dans des bassins. La captivité est un mauvais traitement en soi. Ce sont des mammifères supérieurement intelligents et sensibles, qui communiquent avec un langage complexe incluant des dialectes. Elles vivent au sein de groupes familiaux où se tissent des liens d’affection et d’attachement profonds, avec une organisation sociale matriarcale élaborée. Une véritable culture s’est développée, construite des savoirs transmis entre les générations, entre les groupes et même avec d’autres espèces. Sous la surface des océans, vit une civilisation encore méconnue » nous dit Pierre.

Et s’il milite farouchement contre la captivité, il est surtout le pionnier de la réinsertion des orques. Entouré d’une équipe internationale et pluridisciplinaire, Pierre évalue déjà les mesures concrètes qu’un ambitieux projet de réhabilitation en milieu naturel implique. Sensible à ses connaissances de terrain, le Capitaine Paul Watson s’est immédiatement enthousiasmé pour son projet. Il a également accepté de témoigner dans le Peuple des orques. «J’ai rencontré Pierre alors qu’il assurait la première partie d’une de mes conférences. J’ai tout de suite apprécié la sincérité de son engagement pour les orques libres.» nous confie le très médiatique fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society.

« Parmi les devoirs que nous avons vis-à-vis de ce Peuple, la reconnaissance du statut de personne non humaine est un pas décisif qui mettra hors la loi la chasse ainsi que la captivité des cétacés. Nous avons beaucoup à perdre à ne rien faire. Nous risquons de voir disparaitre à tout jamais une culture entière avant même d’avoir pu l’appréhender. Vouloir protéger les orques libres et la mer qui les abritent n’est en rien une démarche altruiste. C’est aussi nous donner la meilleure chance de comprendre les océans et préserver notre terre», conclut Pierre Robert de Latour.