Le Conseil Scientifique a été saisi par les autorités sanitaires le 03 août à propos de la mise en place d’un décret établissant les éléments à prendre en compte dans le « pass sanitaire ». Depuis cette date, le nombre de contaminations associées au variant delta a considérablement augmenté. De fait, le Conseil Scientifique estime que « le niveau de vaccination est actuellement insuffisant pour limiter seul cette 4ème vague liée au variant delta ».

La deuxième partie de l’été 2021 est marquée par :

  • La mise en place du pass sanitaire qui s’installe progressivement, malgré des contestations ;
  • Une situation sanitaire très critique dans plusieurs territoires et départements d’outre-mer, certes anticipée, mais inédite par son ampleur et le fait qu’elle touche simultanément plusieurs territoires, en relation directe avec un niveau bas de

Dans ce contexte où un niveau élevé de vaccination est plus que jamais le principal objectif à atteindre, le Conseil scientifique a souhaité émettre une note d’alerte sur différents points d’intérêt. Cette note d’alerte a pour objectif d’éclairer les autorités sanitaires pour mieux anticiper les enjeux de la rentrée.

L’épidémie liée au variant Delta a démarré en France métropolitaine début juillet 2021, alors que le nombre de nouveaux cas par jour était revenu à celui de juillet 2020. La très grande transmissibilité de ce nouveau variant (R0 potentiellement égal à 6) a été à l’origine d’une flambée épidémique qui a débuté dans la classe d’âge des 20-29 ans dans les régions du sud et de l’ouest de la France (Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse, et Occitanie), en lien avec un relâchement des mesures de contrôle dans des zones touristiques estivales.

Le retentissement hospitalier de cette reprise épidémique a démarré avec un décalage de 15 jours, avec un rajeunissement de la population hospitalisée comparativement aux vagues précédentes, du fait du plus jeune âge de la population concernée par la reprise épidémique, et de la protection conférée par le vaccin chez les plus âgés où la couverture vaccinale est plus élevée. Il est très difficile de prédire l’évolution de cette quatrième vague d’admissions hospitalières, compte tenu des incertitudes qui existent autour des comportements à venir, d’une sévérité accrue ou non du variant Delta comparé aux variants précédents, de l’efficacité vaccinale contre l’infection, la transmission secondaire et les formes sévères de la maladie, et enfin de la progression de la couverture vaccinale en population.

Les éléments dont on dispose concernant ces derniers points sont les suivants :

  1. La très grande transmissibilité du variant Delta pourrait être liée aux charges virales plus élevées que celles observées avec les autres variants ; de fait, la période contagieuse pour une personne infectée débuterait plus tôt (l’incubation pourrait être plus courte d’une journée avec le variant Delta), et serait plus longue ;

              Plusieurs études internationales suggèrent que la proportion de personnes hospitalisées parmi les personnes infectées serait supérieure avec le variant Delta comparé au variant Alpha ;

  • L’efficacité vaccinale avec deux doses (ARNm ou vecteur adénovirus) contre les formes symptomatiques de l’infection par le variant Delta pourrait être de l’ordre de 60-90% selon les types de vaccins et les études et diminuer dans le temps après la date de L’efficacité vaccinale après une seule dose serait médiocre (30%) ;
  • Les personnes vaccinées infectées ont des pics de charge virale du même ordre de grandeur que ceux des personnes non-vaccinées infectées, mais pour une durée plus courte, suggérant que les personnes vaccinées infectées pourraient être contagieuses, mais moins longtemps que les personnes non-vaccinées infectées ;
  • Enfin, insistons sur le fait que la protection contre les formes sévères de la maladie conférée par les vaccins serait de l’ordre de 90-95%.

L’évolution de l’épidémie dans les pays européens apporte quelques enseignements. Plusieurs pays ont connu un pic épidémique précoce lié au variant Delta : le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Espagne, et le Portugal. Au Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal, où la proportion de personnes vaccinées parmi les plus de 60 ans est comprise entre 95% et 100%, le nombre d’hospitalisations est stabilisé (Royaume-Uni) ou en baisse (Espagne et Portugal). La situation en Israël est intrigante, avec une augmentation rapide du nombre de cas et d’hospitalisations malgré une couverture vaccinale élevée : ce pourrait être le reflet d’une baisse d’efficacité de la vaccination contre l’infection par le variant Delta avec le temps, Israël étant un des pays ayant vacciné le plus tôt et le plus rapidement. Il faut cependant noter les non-vaccinés représentent une part importante de ces hospitalisations.

En France, la proportion de personnes vaccinées chez les plus de 60 ans est insuffisante, de l’ordre de 85%. Un retentissement sur le système hospitalier est à craindre dans les semaines qui viennent, alors que les taux d’incidence commencent à augmenter dans cette tranche d’âge.

  ENFANTS, ADOLESCENTS ET RENTRÉE SCOLAIRE

Dans ce contexte, il nous parait très important d’être extrêmement vigilant sur l’organisation de la rentrée scolaire, avec pour objectif de maintenir les classes et les écoles ouvertes afin de préserver l’éducation et la santé mentale des enfants. Le Conseil scientifique a pris connaissance des mesures proposées par le Ministère de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports pour l’année scolaire 2021-22 (https://www.education.gouv.fr/annee-scolaire- 2021-2022-protocole-sanitaire-et-mesures-de-fonctionnement-324257), et adhère avec les orientations et les principes proposés. Certains aspects, comme la définition des niveaux vert – jaune – orange – et rouge au niveau territorial restent à préciser.

Le Conseil scientifique regrette cependant l’abandon du dépistage (dépistage généralisé ou mieux dépistage réactif de la classe lors d’un cas détecté) qui pourrait être un complément extrêmement utile au maintien de l’ouverture des classes, notamment dans le primaire. Il a bien noté l’avis du Haut Conseil de Santé publique du 31 juillet 2021. Cependant, dans cette population non-vaccinée, le risque de circulation intense du virus à la rentrée est très élevé, et la règle de fermeture des classes dès le 1er cas pourrait rendre la réouverture du primaire très complexe, notamment en cas de fermeture itérative d’une même classe. Les études de modélisation suggèrent qu’une adhésion de 50% de la population scolaire à un dépistage bi- hebdomadaire permettrait de garder les classes ouvertes si les enfants trouvés infectés sont renvoyés à leur domicile (travaux de l’équipe de Vittoria Colizza). Des expérimentations réalisées dans le primaire en France, notamment en Auvergne Rhône-Alpes, ont montré qu’un taux d’adhésion de 50% sur l’ensemble du 3e trimestre scolaire était possible avec des tests PCR réalisés sur prélèvements salivaires hebdomadaires faits à domicile ou sur site. De même, des pays comme l’Autriche ou le Royaume Uni ont également réussi à maintenir des taux élevés d’adhésion au dépistage systématique en milieu scolaire.

Chez les adolescents, le dépistage pourrait également apporter un bénéfice important pour le contrôle de l’épidémie, ce d’autant qu’il sera pratiqué dans une population partiellement vaccinée (supérieur à 50%) et où les efforts à réaliser pour contrôler la circulation du virus seront de fait moins importants.

Le Conseil scientifique rappelle également l’importance de la transmission par aérosols en lieux clos, et de fait l’importance de l’usage du masque, de l’aération régulière des locaux, de l’usage de capteurs CO2, et de purificateurs d’air.

Le Conseil scientifique insiste également sur les risques associés aux moments partagés sans masque type restauration et sport en intérieur.

Enfin, il nous semble très important d’associer les lieux scolaires aux efforts de vaccination, comme cela est envisagé dès la rentrée, afin de préserver l’équité dans l’accès à la vaccination. La très forte progression de la vaccination des 12-17 ans est un succès qu’il faut encourager. En revanche, les données sur l’efficacité et l’innocuité de la vaccination chez les moins de 12 ans ne seront pas rendues publiques avant novembre ou décembre 2021, retardant d’autant le moment où les vaccins seront disponibles pour cette population.

CONCLUSION

  1. L’enjeu majeur de la rentrée est la poursuite active de la vaccination en « allant vers » les populations « en hésitation vaccinale », en particulier pour les plus de 60 ans, les sujets à risque et les populations économiquement défavorisées.
  2. L’adhésion sociétale au pass sanitaire est un deuxième élément essentiel. La stratégie qui sous-tend le pass sanitaire doit être plus largement expliquée, ses limites discutées, si on veut espérer que les citoyens s’en
  3. Le variant Delta nous a surpris par sa rapidité d’expansion en juillet 2021, mais aussi par une certaine forme de stabilité en métropole depuis fin juillet 2021, malgré des situations départementales hétérogènes. Le retentissement sur le système de soins est élevé, durable, mais contenu, et pourrait le rester jusqu’à début septembre. Le retour des habitants dans les grandes métropoles et la rentrée des classes pourraient néanmoins conduire à une nouvelle période de
  4. La rentrée des classes, fondamentale à maintenir pour les apprentissages et la santé mentale des enfants des enfants, doit être encadrée par une stratégie active de dépistage permettant de limiter au minimum la fermeture des classes.
  5. Un véritable drame sanitaire a lieu actuellement aux Antilles ainsi qu’en Polynésie, en relation avec un niveau très bas de vaccination. Il faut anticiper la vague du variant Delta en Guyane, à la Réunion et à Mayotte, pour limiter son impact sur le système de santé, quitte à reprendre précocémment des mesures de freinage à titre transitoire, compte tenu du niveau bas de
  6. Les nouveaux antiviraux par voie orale à action directe contre le SARS-CoV-2 pourraient être disponibles dès la fin de l’année 2021. La stratégie de traitement précoce de type « Test & Treat » pourra alors être mise en place à côté de la