Une-stratégie-pour-stopper-le-cancer-du-sein-santecoolJean-Paul Borg et son équipe labellisée par la Ligue nationale contre le cancer au Centre de recherche en cancérologie de Marseille (CRCM) décrivent dans le journal Developmental Cell une nouvelle stratégie pour stopper la dissémination des cellules cancéreuses, un phénomène à l’origine des métastases redoutées pour leur gravité. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques qui pourraient bénéficier aux patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique.

 

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Malgré un arsenal thérapeutique permettant de guérir près de 90 % des patientes touchées par un cancer du sein, un nombre important de malades (le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme) se trouvent encore en situation d’échec thérapeutique. Les formes mortelles de cancer ont le plus souvent une caractéristique prédominante qui est une capacité à former des métastases à distance du lieu de naissance de la tumeur (par exemple le sein). Ce phénomène explique en grande partie le pronostic sombre de la maladie chez certaines patientes. La recherche de médicaments capables d’enrailler cette dissémination métastatique reste donc une priorité absolue.

En étudiant les anomalies moléculaires de ces cancers agressifs, l’équipe de Jean-Paul Borg et les cliniciens de l’Institut Paoli-Calmettes à Marseille ont identifié une altération qui favorise la mobilité des cellules du cancer du sein et la formation de métastases. Cette anomalie, facile à révéler chez les patientes par un test moléculaire, consiste en une surproduction d’une protéine appelée PRICKLE1 qui dicte l’activation d’une enzyme (AKT) bien connue pour ses multiples effets sur la croissance d’une tumeur et sa dissémination.

Dans l’article publié dans Developmental Cell, Avais Daulat, le chercheur en charge de l’étude, démontre le mécanisme d’action de PRICKLE1 et, surtout, propose deux possibilités de ciblage de cette anomalie dans les cancers, l’une directe (blocage de AKT par des médicaments déjà disponibles), l’autre indirecte par la conception de nouvelles molécules capables de dissocier PRICKLE1 de son partenaire RICTOR.

L’identification de PRICKLE1 comme cible thérapeutique dans les cancers du sein est une première tout comme les stratégies thérapeutiques proposées. Un brevet a d’ailleurs été déposé par l’équipe pour démarrer un programme de développement de médicaments avec des chimistes du CRCM.

Ces résultats ouvrent donc de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les malades atteintes d’un cancer du sein agressif mais ne se limitent pas à cette pathologie. En effet, l’anomalie touchant PRICKLE1 est également diagnostiquée dans d’autres cancers permettant d’espérer également l’utilisation de cette découverte chez plus de malades.

Référence:
PRICKLE1 contributes to cancer cell dissemination through its interaction with mTORC2

Avais M. Daulat, François Bertucci, Stéphane Audebert, Arnauld Sergé, Pascal Finetti, Emmanuelle Josselin, Rémy
Castellano, Daniel Birnbaum, Stéphane Angers, and Jean-Paul Borg Developmental Cell, 2016, doi

Pour plus d’informations : www.institutpaolicalmettes.fr

S.C.