Une frénésie autour du régime sans gluten s’est développée ces dernières années et poursuit son essor. De nombreuses personnes sans trouble particulier justifient ce régime en mettant en avant des effets positifs, ce qui n’a pourtant jamais été démontré scientifiquement. Alors, faut-il arrêter de consommer du gluten?

Faut-il arrêter de consommer du gluten? C’est la question que l’on doit se poser avec la vague du gluten free. Car à part pour les malades cœliaques ou les personnes sensibles au gluten, aucune étude scientifique n’a démontré les bienfaits d’une alimentation sans gluten. Il est donc important de faire la différence entre les personnes concernées par un trouble lié au gluten et dont la vie est littéralement transformée et les personnes tout simplement sensibles aux tendances.

Qu’est-ce que le gluten?

Le terme « gluten » tient son origine du mot « glu » qui signifie lien,  ou colle. Le gluten est une protéine que l’on retrouve dans certaines céréales comme   le blé, le seigle, l’orge ou encore l’épeautre. Le gluten se forme au cours de la panification, lors du pétrissage. Il a pour propriété de donner du volume et de l’élasticité aux produits de boulangerie, leur procurant une texture moelleuse.

L’intolérance au gluten compte parmi les intolérances alimentaires les plus répandues au monde et apparaît aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. 1 personne sur 100 peut développer cette maladie en Europe et seulement 10 à 20 % des cas seraient aujourd’hui diagnostiqués en France1.

Il est essentiel de faire la distinction entre 3 troubles liés au gluten :

  • La maladie cœliaque ou intolérance au gluten
  • La sensibilité au gluten non cœliaque
  • L’allergie au blé

Quoi qu’il en soit, il est d’abord nécessaire de consulter un médecin afin de procéder à un dépistage qui confirmera un trouble lié au gluten ou non. Puis un régime strict sans gluten doit être mené de manière régulière, puisqu’à ce jour, le régime sans gluten est le seul traitement existant pour soulager les symptômes associés à un trouble lié au gluten.

Où trouve-t-on le gluten?

En plus de devoir supprimer tous les aliments à base de céréales qui contiennent du gluten, il faut garder en tête que le gluten peut se cacher n’importe où et surtout là où on ne l’attend pas. Faut-il arrêter de consommer du gluten?

Vigilance donc sur les catégories d’aliments suivantes :

les plats préparés surtout ceux contenant de la sauce, les potages industriels ou préparés, les aliments panés ou frits, les chips avec des saveurs ajoutées, le jambon, le chocolat, les glaces, les bonbons et certains alcools et cocktails.

La maladie cœliaque ou l’intolérance au gluten

Désagréments digestifs, fatigue persistante et coups de blues inexpliqués peuvent s’expliquer par une intolérance au gluten, également connue sous le nom de maladie cœliaque. La maladie cœliaque est une maladie chronique de l’intestin qui se manifeste principalement par des symptômes digestifs (diarrhées, douleurs, ballonnements etc.). Elle est l’une des maladies digestives les plus fréquentes. Chez les personnes atteintes de la maladie cœliaque, l’ingestion de gluten entraîne une réaction immunitaire anormale dans l’intestin grêle, qui crée  une  inflammation  et endommage la paroi intestinale. Plus précisément, ce sont les villosités de la paroi intestinale qui sont détruites. Si l’inflammation persiste, l’intestin abîmé devient incapable d’absorber certains nutriments, vitamines et minéraux.

Parfois, l’intolérance au gluten n’induit pas de symptômes spécifiques mais en général on peut observer :

  • Des symptômes gastro-intestinaux : diarrhées, ballonnements, nausées, vomissements, stéatorrhée, météorisme.
  • Des symptômes extra-intestinaux : anémie par carence en fer, vitamine B12 ou vitamine B9, ostéoporose et hypoplasie de l’émail dentaire, hémorragie (carence en vitamine K), troubles neurologiques, atrophie, tétanie, troubles de la fertilité, fausses couches, augmentation des transaminases, dermatite herpétiforme de Dühring.
  • Des symptômes généraux : perte de poids, troubles de la croissance, retard pubertaire, faiblesse, fatigue.

En Europe, jusqu’à 1 % de la population est affecté par la maladie cœliaque. En France, seulement 10 à 20 % des cas seraient diagnostiqués1. La maladie cœliaque peut intervenir à tous les âges et de façon générale, les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes1.

Pour diagnostiquer la maladie cœliaque, le médecin procède tout d’abord à un examen sanguin. Il réalise ensuite une biopsie de l’intestin grêle à l’aide d’un petit tube muni d’une pince et introduit dans l’intestin par les voies naturelles (endoscopie) afin de repérer d’éventuelles lésions.

En cas d’intolérance au gluten, il existe une seule solution : le bannir complètement de son alimentation ! L’intolérance au gluten est permanente. Dès qu’elle est diagnostiquée, il convient de suivre un régime sans gluten.

La sensibilité au gluten  non cœliaque

De nombreuses études ont montré que le gluten pouvait entraîner une inflammation de l’intestin grêle et avoir des répercussions sur l’ensemble du corps. Certaines personnes présentent une sensibilité au gluten, à ne pas confondre avec la maladie cœliaque.

Cette sensibilité  au  gluten  non  cœliaque  se  manifeste par des symptômes non spécifiques intestinaux ou extra- intestinaux. Leur tableau clinique ressemble à celui de la maladie cœliaque ou de l’allergie au blé. On observe :

  • Des troubles gastro-intestinaux : ballonnements, maux de ventre, diarrhées et/ou constipation, douleurs épigastriques, nausées, reflux gastro-œsophagien, stomatite aphteuse, brûlures d‘estomac et/ou vomissements,
  • Des troubles généraux : sentiment de mal-être, fatigue, maux de tête, sentiment d‘oppression, confusion mentale, insensibilité dans les bras et les jambes, fibromyalgie – douleurs musculaires et articulaires, dermatites/éruptions cutanées, anémie.

Il n’existe aucune étude à ce sujet, mais les médecins parlent d’un grand nombre de cas non signalés. Ils estiment même que la sensibilité au gluten est bien plus fréquente que la maladie cœliaque.

Afin d‘établir le diagnostic d’une sensibilité au gluten non cœliaque, il faut dans un premier temps exclure une maladie cœliaque ou une allergie au blé. Dans un deuxième temps, on verra si une alimentation sans gluten apporte une amélioration des symptômes.

Le fait de réduire de manière significative la consommation de gluten apporte une réelle amélioration du terrain biologique et donc de l’état  de  santé  en  général. De cette manière, on peut diminuer les maux de ventre, les ballonnements, les diarrhées ou encore la fatigue.

L’allergie au blé

L‘allergie au blé est une réaction immédiate à médiation  IgE provoquée  par  certaines  composantes  du  blé  ou une réaction retardée à médiation cellulaire. Lorsqu’une personne souffre d’une allergie au blé, son système immunitaire réagit aux protéines que contient le blé mais ne cause pas de dommages permanents aux intestins. Le blé est l’un des allergènes alimentaires les plus communs. Parmi les symptômes de l’allergie au blé on distingue plusieurs affections :

  • Au niveau du visage : gonflements, démangeaisons ou irritations au niveau de la bouche, du nez, des yeux et de  la
  • Au niveau de la peau : eczéma atopique
  • Au niveau des voies respiratoires : crises d’étouffement, asthme et asthme du boulanger.
  • Au niveau du système digestif : spasmes, nausées, vomissements et ballonnements, diarrhées.

Pour diagnostiquer l’allergie au blé, on recommande au patient de noter les troubles ressentis, puis d’effectuer une recherche des IgE et un prick test cutané2. Il faut écarter une maladie cœliaque qui présente cliniquement des symptômes similaires à l’allergie au blé. En cas de résultats négatifs, on envisagera une sensibilité au gluten non cœliaque.

Le régime sans gluten

Le seul traitement efficace de la maladie cœliaque repose sur l’adoption d’un régime sans gluten. Cette mesure reste sans effet secondaire et empêche l’apparition de complications. Ce régime sans gluten peut être ressenti comme une contrainte car il doit être poursuivi à vie et comme on a pu le constater précédemment, le gluten est partout ! C’est donc une vraie chasse au gluten au quotidien !

En cas d’intolérance au gluten, il est fortement conseillé de consulter un diététicien et/ou un nutritionniste, qui informera le patient sur les règles à adopter pour suivre correctement un régime sans gluten.

Pour éviter le gluten, il faut donc apprendre à décrypter les étiquettes alimentaires indiquant sa présence. Depuis 2009, le  règlement  européen  n°  41/2009  fixe  la  composition et l’étiquetage des denrées alimentaires convenant aux intolérants au gluten. Ainsi :

  • La mention sans gluten correspond à un aliment contenant moins de 20 mg de gluten/kg de produit
  • L’indication « très faible teneur en gluten » figure sur des produits fabriqués avec des dérivés de céréales. Leur teneur maximale en gluten se situe entre 21 et 100 mg/kg de produit Néanmoins leur consommation est déconseillée en cas de maladie cœliaque.

Heureusement, il existe de nombreux aliments qui ne contiennent pas de gluten, en commençant par certains féculents. Il est facile de remplacer le blé et ses dérivés par la pomme de terre, la patate douce, mais aussi par d’autres céréales comme le riz, le maïs, le millet ou encore le sarrasin. Riches en amidon, les légumineuses peuvent également être considérées comme des féculents. Parfaites alliées du régime sans gluten, elles apportent protéines végétales, fibres, vitamines et minéraux.

Des pois chiches aux fèves, en passant par le soja et les nombreuses variétés de haricots (blancs, rouges…) et de lentilles (blondes, vertes, corail…), il y en a pour tous les goûts !

Une vie sociale sans gluten

Gérer une vie sociale sans gluten n’est pas de tout repos. Outre le fait d’accepter soi-même et de relever le défi du sans gluten au quotidien (ce n’est pas une mince affaire…), il faut parfois affronter le regard des autres, leurs réactions variables et des sorties au restaurant qui virent parfois au cauchemar…

Les proches peuvent bien réagir à la mise en place d’un régime sans gluten et même être aux petits soins. En dehors du cercle intime, cela peut devenir plus compliqué avec des réactions diverses et variées. Entre ceux qui refusent d’y croire, invoquant un effet de mode, et les comportements dubitatifs mais polis, pas toujours facile d’assumer sa vie sans gluten …

L’adolescence et l’enfance peuvent être des périodes parfois difficiles et délicates car les tentations dans la cour de récréation et à l’heure du goûter sont nombreuses.

Un régime sans gluten peut être compliqué dans les premiers temps mais des solutions et astuces existent pour mener une vie épanouie et gourmande.

La prise en charge par l’assurance maladie des aliments sans gluten

L’Assurance Maladie rembourse à 60 % les aliments diététiques sans gluten pour les patients diagnostiqués pour la maladie cœliaque, confirmée par une biopsie intestinale. Cette prise en charge prend la forme d’un forfait mensuel.

 

Sources :

1 Catassi C., Gatti S., Fasano A. The New Epidemiology of Celiac Disease Journal of Pediatric Gastroenterology & Nutrition, July 2014 Volume 59. Mustalahti et al., The prevalence of celiac disease in Europe: Results of a centralized, international mass screening project. Annals of Medicine 2010 Dec;42(8):587-95.

https://www.anses.fr/fr/content/efficacit%C3%A9-et-innocuit%C3%A9-des-r%C3%A9gimes-sans-gluten-et-sans-cas%C3%A9ine-propos%C3%A9s-%C3%A0-des-enfants-0

2 En complément de l’interrogatoire, les tests cutanés (prick-test) sont à la base de l’enquête allergique. Le plus souvent, ils confirment le diagnostic d’allergies aux pneumallergènes fait par l’interrogatoire. En cas d’allergie aux aliments, les tests cutanés sont souvent complétés par d’autres examens.