Certaines cellules cancéreuses survivent aux traitements et relancent la maladie. Comprendre comment elles y parviennent est au cœur des travaux d’Alexandre Puissant, lauréat du Prix de cancérologie 2026 de la Fondation Simone et Cino Del Duca. À Saint-Louis, son équipe cherche les points faibles des leucémies aiguës myéloïdes pour développer de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Vous avez sans doute déjà entendu parler d’un cancer qui revient après un traitement. Dans les leucémies aiguës myéloïdes, cette question occupe une place centrale : pourquoi des cellules malades parviennent-elles à survivre, puis à provoquer une rechute ? C’est à ce problème qu’Alexandre Puissant consacre ses recherches.
Le 13 octobre 2026, la Fondation Simone et Cino Del Duca a annoncé lui attribuer son Prix de cancérologie, sur proposition de l’Académie des sciences. Dotée de 15 000 euros, cette distinction récompense ses travaux sur les mécanismes qui permettent à ces cancers du sang de progresser et de résister aux traitements.
Pourquoi certaines cellules leucémiques échappent aux traitements
La leucémie aiguë myéloïde, appelée LAM, est un cancer du sang et de la moelle osseuse. Des cellules sanguines immatures s’y accumulent et perturbent la production normale du sang. La maladie peut évoluer rapidement, ce qui explique le mot « aiguë ».
Les traitements cherchent à éliminer les cellules leucémiques. Mais certaines survivent. Leur persistance peut permettre à la maladie de repartir, même après une réponse initiale au traitement. Pour vous, si vous accompagnez un proche malade, cela aide à comprendre pourquoi la recherche s’intéresse autant aux cellules qui restent qu’à celles qui disparaissent.
La difficulté tient à la capacité d’adaptation des cellules cancéreuses.
À l’Institut de recherche Saint-Louis, Alexandre Puissant et son équipe étudient précisément les mécanismes biologiques impliqués dans cette résistance aux traitements. Le chercheur est directeur de recherche à l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, et dirige une équipe au sein de l’unité U1342, associée à l’Université Paris Cité et à l’hôpital Saint-Louis.
L’énergie des cellules et l’activité des gènes au cœur des recherches
Ses travaux ont notamment mis en évidence le rôle du métabolisme cellulaire. Derrière ce terme, il y a les réactions qui permettent à une cellule de produire de l’énergie et de fabriquer les éléments nécessaires à son fonctionnement. Comprendre ces mécanismes aide à repérer ce qui soutient la survie des cellules tumorales.
L’équipe s’intéresse aussi à la régulation épigénétique : les mécanismes qui modifient l’activité des gènes sans changer la séquence de l’ADN. Vous pouvez les imaginer comme des réglages qui rendent certaines instructions génétiques plus ou moins accessibles. Des dérèglements de ces réglages peuvent contribuer au comportement des cellules cancéreuses.
Et ces recherches examinent comment les cellules tumorales s’adaptent aux traitements. L’objectif est de repérer des vulnérabilités sur lesquelles agir pour développer des approches thérapeutiques ciblées.
Du laboratoire aux patients, un passage décisif
Le laboratoire associe biologie fondamentale et recherche clinique. Cette démarche, appelée recherche translationnelle, vise à rapprocher les découvertes faites au laboratoire des questions rencontrées dans les soins.
Pour cela, les chercheurs mobilisent la génomique fonctionnelle, qui étudie le rôle des gènes, la biologie cellulaire et la pharmacologie, consacrée notamment à l’action des médicaments. Ces approches se complètent pour comprendre la progression des cancers du sang et explorer de nouvelles stratégies de traitement.
Le jury du Prix de cancérologie 2026 souligne :
« Les travaux d’Alexandre Puissant illustrent parfaitement l’excellence de la recherche française en cancérologie. En associant biologie fondamentale, génomique fonctionnelle et recherche translationnelle, ils ouvrent de nouvelles perspectives dans la compréhension et le traitement des leucémies aiguës myéloïdes, avec l’ambition constante d’améliorer la prise en charge des patients. »
Cette ambition mérite d’être expliquée sans raccourci (la précision compte particulièrement quand on parle d’espoir pour les malades). Le prix distingue des travaux de recherche. L’annonce ne présente pas un nouveau médicament déjà disponible et ne donne pas de résultat chiffré permettant d’affirmer une diminution des rechutes chez les patients.
Une récompense remise le 27 octobre 2026
Alexandre Puissant est également double lauréat du Conseil européen de la recherche, connu sous son sigle anglais ERC, pour European Research Council. Cet organisme soutient des projets scientifiques ambitieux en Europe.
Le Prix de cancérologie lui sera remis le 27 octobre 2026, sous la Coupole de l’Institut de France, lors de la première séance de remise des prix de l’Académie des sciences. Ce prix annuel, créé en 1987 selon la Fondation, distingue un chercheur de moins de 45 ans exerçant en France pour ses découvertes sur les mécanismes de la transformation tumorale.
La Fondation a été créée en 1975 par Simone Del Duca pour poursuivre l’engagement philanthropique partagé avec son mari, Cino Del Duca, patron de presse et mécène. Elle est abritée par l’Institut de France depuis 2005.
Pour les patients, la question reste très concrète : comment empêcher les cellules qui ont survécu de relancer la maladie ? C’est sur ces résistances que travaille l’équipe de Saint-Louis, avec l’objectif de proposer de nouvelles façons de les combattre.
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Sources : Fondation Simone et Cino Del Duca – Institut de France, annonce du Prix de cancérologie 2026, 13 octobre 2026 ; Académie des sciences, présentation du prix ; Inserm, leucémie aiguë myéloïde et cellules résistantes, 21 avril 2026 ; Inserm, dossier sur l’épigénétique.