Une couverture vaccinale de seulement 20 % à l’hôpital, des personnes âgées massivement touchées par les formes graves et des épidémies capables de désorganiser les services en quelques semaines : après plusieurs hivers sous tension, la Haute Autorité de santé change de ton. Dans un avis rendu le 20 juillet 2026, elle recommande d’instaurer une vaccination antigrippale annuelle obligatoire pour les professionnels de santé, qu’ils soient salariés ou libéraux, ainsi que pour certains autres professionnels au contact de personnes fragiles. Les Ehpad et les unités de soins de longue durée seraient prioritaires.

En revanche, pas question de contraindre les résidents âgés à se faire vacciner. Pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité, la vaccination contre la grippe resterait recommandée, mais non obligatoire.

Une précision essentielle s’impose : l’avis de la Haute autorité de santé (HAS) ne rend pas, à lui seul, le vaccin immédiatement obligatoire. Il ouvre la voie à sa mise en place. Le périmètre exact, le calendrier, les modalités de contrôle et les éventuelles conséquences d’un refus devront encore être précisés dans un cadre réglementaire adapté.

Concrètement, si vous êtes soignant, rien ne change dès aujourd’hui sur la seule base de cet avis. Mais vous pourriez être concerné par une obligation annuelle lorsque les textes d’application auront été adoptés. Si vous-même ou l’un de vos proches vivez en Ehpad, en revanche, le choix de la vaccination resterait personnel.

Ce que recommande exactement la HAS

La Haute Autorité de santé distingue clairement deux populations.

Pour les personnes âgées de 65 ans et plus hébergées en collectivité, notamment en Ehpad, elle préconise de conserver le système actuel : une vaccination annuelle fortement recommandée, accompagnée de mesures destinées à la rendre facilement accessible.

Pour les professionnels, elle recommande au contraire une obligation annuelle visant :

  • l’ensemble des professionnels de santé, salariés comme libéraux ;
  • les autres professionnels travaillant dans les établissements de santé ou dans les établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, lorsqu’ils sont en contact avec des personnes exposées à une forme sévère de grippe ;
  • les élèves et étudiants des filières médicales et paramédicales, par cohérence avec les règles envisagées pour les professionnels en exercice.

Les personnels administratifs, techniques, hôteliers ou d’entretien ne seraient donc pas automatiquement tous concernés : le critère déterminant serait notamment leur contact avec des patients ou des résidents à risque. Mais le détail opérationnel des métiers et des lieux visés devra être arrêté par les pouvoirs publics.

Pourquoi la HAS durcit-elle sa position maintenant ?

Parce que la grippe n’est pas seulement une mauvaise semaine passée au lit. Chez une personne âgée ou fragilisée par une maladie chronique, elle peut provoquer une pneumonie, aggraver une insuffisance cardiaque ou respiratoire, entraîner une perte d’autonomie et conduire à l’hospitalisation, voire au décès.

Selon les chiffres repris par la HAS, la saison 2023-2024 aurait entraîné environ 53 000 hospitalisations, dont 26 500 chez les 65 ans et plus. L’hiver suivant a été beaucoup plus lourd : environ 92 000 hospitalisations et un excès de mortalité estimé à 17 000 décès en 2024-2025. Neuf décès sur dix concernaient des personnes âgées de 65 ans et plus, principalement des personnes de plus de 75 ans.

Ce bilan a longtemps été imparfaitement mesuré. Avant la pandémie de Covid-19, les tests diagnostiques étaient moins utilisés et certaines conséquences indirectes de la grippe étaient moins bien identifiées. Or l’infection ne touche pas uniquement les voies respiratoires : elle peut aussi déstabiliser une maladie chronique, en particulier cardiovasculaire, et précipiter une hospitalisation.

À cela s’ajoute un effet collectif. L’épidémie se concentre généralement sur dix à douze semaines. Lorsque les patients affluent au même moment et que des soignants tombent eux aussi malades, les établissements peuvent être contraints de déclencher des plans blancs, de réorganiser les équipes ou de déprogrammer certains soins.

À l’hôpital et en Ehpad, une couverture vaccinale jugée beaucoup trop faible

Le constat qui pèse le plus lourd dans l’avis de la HAS tient en deux chiffres : pendant la saison 2024-2025, seuls 20 % des professionnels travaillant en établissement de santé et 21 % de ceux exerçant en Ehpad étaient vaccinés contre la grippe.

Malgré des années de recommandations, des campagnes d’information et différentes mesures d’incitation, ces taux ne progressent pas suffisamment. Ils restent très éloignés des couvertures supérieures à 90 % observées dans certains pays ayant instauré une obligation, notamment en Finlande et aux États-Unis, selon l’analyse de la HAS.

Si vous travaillez auprès de patients fragiles, c’est ce décalage entre l’intensité du risque et la faiblesse de la couverture vaccinale que les autorités veulent désormais corriger.

L’enjeu n’est pas seulement de protéger le professionnel vacciné. Dans un service hospitalier, un cabinet ou un Ehpad, une personne infectée peut transmettre le virus avant même d’avoir pleinement conscience de ses symptômes. Un soignant rencontre en outre plusieurs patients dans la même journée : si le virus circule, la chaîne de transmission peut rapidement s’étendre à des personnes dont l’organisme est moins capable de se défendre.

Pourquoi les Ehpad et les USLD passeraient-ils en premier ?

La HAS recommande un déploiement prioritaire dans les Ehpad et les unités de soins de longue durée, les USLD. Ce choix repose sur une accumulation de vulnérabilités.

Dans ces structures, trois résidents sur quatre ont 75 ans ou plus. Ils vivent en collectivité et ont avec les soignants des contacts étroits, répétés et prolongés. Beaucoup présentent plusieurs maladies chroniques.

Surtout, leur système immunitaire répond moins efficacement avec l’âge : c’est ce que l’on appelle l’immunosénescence. En clair, le vieillissement affaiblit progressivement la capacité de l’organisme à produire une réponse immunitaire puissante après une vaccination ou une infection.

Même vaccinées, les personnes très âgées peuvent donc être moins bien protégées qu’un adulte plus jeune. Selon les saisons, l’écart d’efficacité du vaccin entre les résidents âgés et les soignants pourrait atteindre 20 à 40 points. Vacciner l’entourage professionnel revient alors à ajouter une protection autour de personnes chez qui la réponse au vaccin est plus fragile.

La vaccination déjà élevée des résidents — 82,7 % en 2024-2025 — ne suffit d’ailleurs pas à empêcher les épisodes groupés de grippe en Ehpad. Lorsque le virus entre dans l’établissement, les conséquences sont sans commune mesure : la mortalité associée aux épisodes grippaux atteindrait environ 6 % chez les résidents, contre 0,1 % chez les soignants, d’après les données citées par la HAS.

Les gestes barrières sont également plus difficiles à appliquer en permanence dans un lieu de vie. On ne porte pas un masque pendant un repas, l’isolement peut peser lourdement sur les résidents et les soins de proximité rendent la distance physique impossible.

C’est pourquoi la HAS considère la vaccination des professionnels comme une couche de protection supplémentaire, et non comme une simple démarche individuelle.

Pourquoi ne pas rendre aussi le vaccin obligatoire aux résidents ?

À première vue, la décision peut sembler paradoxale : si les personnes âgées sont les plus exposées, pourquoi ne pas leur imposer la vaccination ?

La HAS avance d’abord un argument pragmatique : la couverture vaccinale contre la grippe atteint déjà 82,7 % chez les résidents de 65 ans et plus vivant en collectivité. Elle dépasse donc le seuil de 75 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le gain attendu d’une contrainte serait moins évident que chez les professionnels, dont la couverture stagne autour de 20 %.

L’institution prend aussi en compte une question éthique majeure. Un Ehpad n’est pas uniquement un établissement de soins : c’est le domicile des personnes qui y vivent. Imposer un acte médical à des résidents dans leur propre lieu de vie soulève des enjeux de consentement, de liberté individuelle et de proportionnalité.

Les experts et les parties prenantes consultés se sont d’ailleurs majoritairement montrés réservés sur cette obligation.

La stratégie retenue consiste donc à maintenir l’incitation, à faciliter la vaccination et à mieux protéger les résidents par l’environnement professionnel qui les entoure.

Le vaccin des soignants peut-il vraiment protéger les patients ?

Aucun vaccin contre la grippe n’empêche toutes les infections. Son efficacité varie d’une saison à l’autre, notamment selon la correspondance entre les souches intégrées au vaccin et les virus réellement en circulation. Cela ne signifie pas pour autant qu’il serait inutile.

La HAS estime que l’augmentation de la couverture vaccinale des professionnels doit réduire leur risque de contracter la grippe et, par conséquent, le risque de transmettre le virus aux personnes soignées ou hébergées.

Des études menées spécifiquement en Ehpad indiquent également que la vaccination des professionnels contribue à diminuer les infections respiratoires et la mortalité chez les résidents.

La vaccination ne dispense toutefois jamais des autres mesures de prévention. Elle doit être combinée à une bonne ventilation des espaces, au lavage des mains, au port du masque lorsqu’il est indiqué, à l’utilisation de mouchoirs jetables et à l’isolement temporaire des personnes malades.

La logique n’est donc pas « le vaccin ou les gestes barrières », mais le vaccin avec les gestes barrières. D’après la HAS, aucune autre mesure prise isolément n’a démontré qu’elle pouvait remplacer la vaccination pour diminuer l’incidence de la grippe en établissement de soins ou en Ehpad.

Quand l’obligation vaccinale pourrait-elle entrer en vigueur ?

La HAS propose d’avancer en deux temps.

Dans les Ehpad et les USLD, le déploiement devrait être prioritaire, compte tenu de la très grande vulnérabilité des résidents et de la faiblesse persistante de la couverture vaccinale du personnel.

Dans les autres établissements de santé, les structures médico-sociales concernées et les lieux d’exercice libéral, l’institution recommande une mise en place progressive pendant deux ans, avec une prolongation possible d’un an.

Cette phase doit permettre d’identifier les professionnels effectivement concernés, de tenir compte du profil des patients accueillis et d’organiser concrètement la vaccination.

Avant toute application, plusieurs conditions restent à remplir :

  • garantir la disponibilité des vaccins ;
  • faciliter la vaccination sur le lieu de travail ;
  • assurer la traçabilité des vaccinations ;
  • mettre en place un système de suivi ;
  • déterminer précisément les professions et les établissements concernés ;
  • adopter les textes réglementaires nécessaires.

La législation française prévoit déjà un cadre pour certaines obligations vaccinales des professionnels de santé. Elle conditionne notamment l’extension de la vaccination obligatoire aux professionnels libéraux à une recommandation préalable de la HAS.

Mais au 20 juillet 2026, l’avis rendu ne permet pas encore d’affirmer que tous les soignants doivent immédiatement présenter une preuve de vaccination.

Que se passera-t-il en cas de refus ?

À ce stade, la réponse précise n’est pas connue.

L’avis de la HAS expose une orientation sanitaire. Il ne détaille pas les sanctions, les éventuelles possibilités d’aménagement, les modalités de contrôle par l’employeur ni toutes les contre-indications médicales qui pourraient être reconnues.

Ces questions devront figurer dans les futurs textes d’application. Toute affirmation selon laquelle un professionnel non vacciné serait dès maintenant suspendu, licencié ou interdit d’exercer serait donc prématurée.

Il faudra également savoir qui sera chargé de vérifier le statut vaccinal, comment les données seront conservées et quelles solutions seront proposées aux professionnels présentant une contre-indication médicale.

Pourquoi la vaccination doit-elle être renouvelée chaque année ?

Contrairement à certains vaccins administrés une fois dans l’enfance ou nécessitant seulement quelques rappels, le vaccin contre la grippe doit être renouvelé chaque année.

La raison est double. D’abord, les virus grippaux évoluent continuellement. Les souches qui circulent un hiver ne sont pas nécessairement identiques à celles de l’hiver précédent. La composition du vaccin doit donc être régulièrement adaptée aux virus que les spécialistes considèrent comme les plus susceptibles de circuler.

Ensuite, la protection immunitaire diminue progressivement au fil des mois. Une vaccination réalisée plusieurs années auparavant ne suffit donc pas à protéger durablement contre les futures épidémies.

L’obligation préconisée par la HAS serait par conséquent saisonnière et devrait être renouvelée avant chaque période de circulation intense de la grippe.

La vaccination obligatoire contre la grippe suffira-t-elle à éviter les épidémies en Ehpad ?

Non. Même avec une couverture vaccinale très élevée chez les professionnels et les résidents, le risque zéro n’existe pas.

Le vaccin ne bloque pas toutes les contaminations, et des visiteurs, des proches ou des intervenants extérieurs peuvent également introduire le virus dans l’établissement. La grippe peut en outre être transmise avant l’apparition des premiers symptômes.

La HAS appelle donc les établissements à renforcer simultanément les autres moyens de prévention : ventilation des chambres et des espaces communs, hygiène des mains, port du masque pendant les périodes à risque, limitation des contacts avec les personnes malades et réaction rapide dès l’apparition de plusieurs cas.

La protection des résidents repose ainsi sur plusieurs barrières successives. Si l’une d’elles ne fonctionne pas totalement, les autres peuvent limiter la propagation du virus.

Vaccin obligatoire contre la grippe : une décision qui déplace le débat

Avec cet avis, la vaccination contre la grippe change de statut dans le débat public. Elle n’est plus seulement présentée comme un moyen individuel d’éviter quelques jours de fièvre : elle devient un enjeu de sécurité des soins et de protection des plus fragiles.

La HAS trace toutefois une ligne nette. La contrainte serait dirigée vers les professionnels, au nom de leur responsabilité au contact des patients, tandis que le choix resterait entre les mains des résidents âgés.

Ce compromis ne mettra pas fin aux discussions sur l’efficacité, l’acceptabilité ou les libertés individuelles. Mais il répond à une réalité difficile à contourner : dans les lieux où vivent et sont soignées les personnes les plus vulnérables, une couverture vaccinale de 20 % chez les professionnels ne suffit plus à contenir un risque qui revient, lui, chaque hiver.

Vaccin contre la grippe obligatoire : ce qu’il faut retenir

La Haute Autorité de santé recommande une vaccination annuelle obligatoire contre la grippe pour l’ensemble des professionnels de santé, salariés ou libéraux.

Certains autres professionnels travaillant au contact de personnes fragiles dans les établissements sanitaires et médico-sociaux seraient également concernés, tout comme les étudiants des filières médicales et paramédicales.

Les Ehpad et les unités de soins de longue durée seraient prioritaires. Dans les autres structures et pour l’exercice libéral, le déploiement serait progressif.

Les personnes âgées vivant en collectivité ne seraient pas soumises à cette obligation : leur vaccination resterait recommandée.

Enfin, l’avis de la HAS ne suffit pas à rendre immédiatement le vaccin obligatoire. Les pouvoirs publics doivent encore préciser les métiers concernés, le calendrier, les contrôles, les exceptions médicales et les conséquences d’un éventuel refus.

FAQ sur l’obligation vaccinale contre la grippe

Le vaccin contre la grippe est-il déjà obligatoire pour tous les soignants ?

Non. Le 20 juillet 2026, la HAS a recommandé la mise en place d’une obligation annuelle, mais cet avis doit encore être traduit dans un cadre réglementaire précisant le calendrier, les professionnels concernés et les modalités d’application.

Quels professionnels seraient concernés par le vaccin obligatoire contre la grippe ?

La HAS vise l’ensemble des professionnels de santé, salariés et libéraux, ainsi que les autres professionnels au contact de personnes à risque dans les établissements de santé et les établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées. Les étudiants des filières médicales et paramédicales seraient également concernés.

Les résidents d’Ehpad devront-ils se faire vacciner ?

Non, selon la recommandation de la HAS. La vaccination des personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité resterait fortement recommandée, mais ne deviendrait pas obligatoire.

Pourquoi les Ehpad seraient-ils prioritaires ?

Leurs résidents sont très âgés, souvent atteints de maladies chroniques et moins bien protégés par leur propre réponse immunitaire. Les contacts rapprochés avec les professionnels y sont nombreux et les épisodes groupés de grippe peuvent avoir des conséquences particulièrement graves.

Le masque et l’hygiène des mains peuvent-ils remplacer la vaccination ?

Non, selon la HAS. Ces mesures contribuent à réduire les transmissions et restent indispensables, mais elles sont complémentaires de la vaccination et ne s’y substituent pas.

Un soignant qui refuse le vaccin sera-t-il suspendu ?

On ne le sait pas encore. Les conséquences d’un refus ne sont pas définies dans l’avis de la HAS. Elles dépendront des futurs textes réglementaires.