Grenadine, menthe, citronnade, fraise, pêche : les sirops industriels séduisent toute la famille. Mais entre sucre, additifs, arômes et colorants, tous ne se valent pas. Voici comment repérer les meilleurs et éviter les pires.

Les sirops industriels ont tout pour sembler innocents. Une bouteille de grenadine dans un placard, un verre de menthe à l’eau bien frais, une citronnade préparée à la va-vite, un diabolo fraise en terrasse, un cocktail sans alcool coloré pour l’apéritif : on est dans le registre du plaisir simple, de l’été, du café du coin, des grandes tablées et des souvenirs d’enfance.

Sauf que les sirops ne sont pas seulement des produits “sympas”. Ce sont aussi des concentrés de sucre, d’arômes, parfois de colorants alimentaires et de codes marketing très puissants. Et depuis l’alerte de Yuka sur le sirop de menthe et le colorant E133, une question revient dans les rayons : faut-il vraiment continuer à acheter les sirops les yeux fermés ?

Pourquoi les sirops industriels font autant parler aujourd’hui ?

L’alerte est partie du sirop de menthe. Selon l’enquête de Yuka, le colorant bleu brillant FCF, aussi appelé E133, serait présent dans 65 % des sirops de menthe commercialisés en France. Cet additif ne sert pas à donner le goût de menthe, ni à mieux conserver le produit. Il sert surtout à lui donner cette couleur verte très vive que les consommateurs associent à la fraîcheur.

Autrement dit, un sirop de menthe peut être vert non pas parce qu’il contient beaucoup de menthe, mais parce qu’on lui a ajouté un colorant.

Et c’est là que le sujet dépasse largement la menthe. Car la même logique existe dans tout l’univers des sirops de supermarché : la grenadine doit être rouge, le citron doit être jaune, la fraise doit être rose ou rouge, la pêche doit être orangée, la violette doit être violette, les fruits rouges doivent claquer dans le verre.

La couleur rassure. Elle donne envie. Elle vend.

Mais elle ne dit pas forcément la vérité du produit.

Grenadine, menthe, citron, fraise : les sirops à regarder en priorité

La grenadine est l’un des parfums les plus emblématiques. On la retrouve dans les cafés, les diabolos, les cocktails sans alcool, les goûters, les buffets d’été. Beaucoup de consommateurs imaginent encore une recette très fruitée, presque artisanale. En réalité, selon les marques, la grenadine peut surtout être composée de sucre, d’eau, d’arômes, d’un peu de jus à base de concentrés et parfois de colorants.

La menthe pose un autre problème : la couleur verte est devenue un réflexe. Pourtant, la menthe infusée ne donne pas naturellement un sirop vert fluo. Yuka rappelle que les industriels utilisent souvent des arômes de menthe, puis ajoutent un colorant pour retrouver le “vert menthe” attendu.

Le citron et la citronnade méritent aussi d’être regardés de près. Le mot citronnade évoque une carafe maison, de l’eau, du citron pressé, quelques glaçons. Mais en rayon, certains produits misent surtout sur le sucre, l’acidité, les arômes et une image très fraîche. Là encore, il faut lire l’étiquette.

La fraise, la pêche, le cassis, la violette, les fruits rouges, les parfums bubble-gum, barbe à papa ou bonbon sont encore plus sensibles au marketing visuel. Plus la couleur paraît artificiellement intense, plus il faut retourner la bouteille.

Teisseire, Monin, Carrefour, Lidl, U, Auchan : quelles marques sont concernées ?

Il ne faut pas condamner une marque entière. Une même marque peut avoir une référence correcte et une autre beaucoup plus discutable. Le bon réflexe consiste donc à regarder produit par produit.

Dans son enquête sur les sirops de menthe, Yuka cite plusieurs références contenant du bleu brillant FCF E133, vendues sous des marques ou enseignes très connues : Teisseire, E.Leclerc, Coopérative U, Auchan, La Maison Guiot, Carrefour, Paquito Intermarché, Plein Sud Lidl, Sirop Sport, Moulin de Valdonne, Eyguebelle et Monin.

Cela ne signifie pas que tous les produits de ces marques sont à éviter. Cela signifie qu’il faut arrêter d’acheter un sirop uniquement parce que la marque est connue, parce que la bouteille est jolie ou parce que le parfum semble familier.

Un sirop de grande marque peut contenir un colorant. Un sirop de distributeur peut en contenir aussi. Et inversement, certaines références plus simples peuvent s’en passer.

Les colorants à repérer sur les bouteilles

Sur une étiquette, les colorants se cachent souvent derrière des codes. Ceux qui doivent faire lever un sourcil sont notamment : E102, E104, E110, E122, E124, E129, E131 et E133.

La Food Standards Agency britannique liste six colorants artificiels associés à une possible augmentation de l’hyperactivité chez certains enfants : E102, E104, E110, E122, E124 et E129. Ces colorants sont concernés par un avertissement sur l’activité et l’attention des enfants.

Le E133, au cœur de l’enquête Yuka sur les sirops de menthe, n’est pas là pour nourrir. Il n’est pas là pour parfumer. Il est là pour rendre le produit plus vert, donc plus vendeur.

Et c’est précisément cela qui pose question : pourquoi garder un additif controversé quand sa fonction est uniquement esthétique ?

Le sucre : l’autre énorme sujet des sirops

Même sans colorant, un sirop reste un produit très sucré. C’est même sa nature : un sirop est un concentré que l’on dilue.

Le piège, c’est qu’une fois mélangé à l’eau, il donne l’impression d’être une boisson légère. Pourtant, verre après verre, la consommation de sucre peut vite grimper.

L’Anses recommande de ne pas dépasser 100 g de sucres totaux par jour pour les adultes, hors lactose et galactose. L’agence donne aussi des repères pour les plus jeunes : 100 g par jour pour les adolescents, 75 g par jour pour les enfants de 8 à 12 ans et 60 g par jour pour les enfants de 4 à 7 ans.

Le problème n’est donc pas le verre de grenadine bu une fois de temps en temps. Le problème, c’est l’habitude : sirop tous les jours, citronnade industrielle tout l’été, diabolos répétés en terrasse, cocktails sans alcool très sucrés, bouteilles “zéro” choisies sans lire les édulcorants.

Le sirop doit rester un plaisir. Pas devenir la manière normale de boire de l’eau.

Et les sirops “zéro” ou “sans sucre”, alors ?

Attention au piège inverse. Un sirop “zéro sucre” n’est pas automatiquement un meilleur sirop.

Il peut contenir moins de sucres, certes, mais aussi des édulcorants, des arômes, des acidifiants, des conservateurs ou des colorants. Pour certaines personnes, cela peut être une option ponctuelle. Mais cela ne transforme pas le sirop en boisson santé.

Le vrai bon réflexe reste le même : lire l’étiquette, diluer fortement, alterner avec de l’eau nature, de l’eau pétillante, des rondelles de citron, de la menthe fraîche, des fruits infusés ou une vraie citronnade maison peu sucrée.

60 Millions de consommateurs : pas de classement sirops mais un vrai signal d’alerte

À ce jour, il ne faut pas faire dire à 60 Millions de consommateurs ce qu’ils n’ont pas publié. Je ne trouve pas de classement récent et public “meilleurs et pires sirops” signé 60 Millions.

En revanche, leur enquête sur les produits industriels destinés aux familles va dans le même sens : selon RTL, qui reprend cette enquête de 60 Millions, l’association a analysé 43 produits et pointé une forte présence de produits ultra-transformés, trop sucrés ou chargés d’additifs, avec un marketing parfois trompeur.

Ce contexte est important. Les sirops ne sont pas isolés. Ils appartiennent à un univers alimentaire où le sucre, la couleur, le goût très marqué et l’image familiale se combinent pour rendre les produits très désirables.

Meilleurs et pires sirops : la grille Santecool pour s’en sortir

Il n’existe pas un seul “meilleur sirop” valable pour tout le monde. Il existe surtout de bonnes et de mauvaises étiquettes.

Voici la grille la plus simple pour choisir au supermarché.

Type de sirop Ce qu’il faut regarder Verdict Santecool
Sirop de menthe très vert Présence possible de E133 ou autre colorant bleu/vert À surveiller de près
Grenadine très rouge Présence possible de E129, arômes, faible teneur en fruit À vérifier avant achat
Sirop de fraise Quantité réelle de fruit, colorants, arômes Variable selon les marques
Sirop de citron / citronnade Sucre, acidifiants, arômes, vraie teneur en citron À lire ligne par ligne
Sirop de pêche / abricot Arômes, couleur orangée, sucre Souvent très marketing
Sirop de violette / bonbon / bubble-gum Couleur vive, arômes, additifs À réserver à l’occasionnel
Sirop zéro sucre Édulcorants, arômes, colorants Pas automatiquement meilleur
Sirop sans colorant Liste courte, couleur moins spectaculaire Souvent meilleur choix
Sirop bio Colorants de synthèse absents, mais sucre toujours présent Intéressant, mais pas à boire sans limite

Les marques à regarder de près dans les rayons

Pour les sirops de menthe, les références citées par Yuka montrent que de grandes marques nationales et marques de distributeurs sont concernées par l’usage du E133. On retrouve notamment des produits vendus sous les noms Teisseire, Monin, Moulin de Valdonne, La Maison Guiot, Eyguebelle, Sirop Sport, Carrefour, E.Leclerc, Auchan, Coopérative U, Paquito Intermarché et Plein Sud Lidl.

Pour les autres parfums, comme grenadine, fraise, citron, pêche, cassis ou violette, il faut vérifier les bouteilles une par une. Les recettes changent selon les gammes, les formats, les pays, les reformulations et les circuits de vente.

Une ancienne vérification de l’UFC-Que Choisir montrait déjà des différences importantes entre références : l’association signalait par exemple qu’un sirop de fraise Teisseire ne contenait pas de colorant, tandis qu’un sirop équivalent chez Monin contenait du E129 rouge allura AC, classé “à éviter” par Que Choisir. Pour un sirop menthe verte Monin, Que Choisir signalait aussi la présence de E102 tartrazine.

Même si les recettes peuvent évoluer, cela montre une chose : le nom de la marque ne suffit jamais. C’est l’étiquette qui tranche.

Comment acheter un sirop sans se faire avoir ?

Avant de mettre une bouteille dans le panier, il faut regarder cinq choses.

D’abord, la liste des ingrédients. Plus elle est courte, mieux c’est. Un sirop lisible n’a pas besoin d’une longue série d’additifs.

Ensuite, les colorants. Si vous voyez E102, E104, E110, E122, E124, E129, E131 ou E133, mieux vaut comparer avec une autre référence.

Puis, la quantité de sucre. Les sirops classiques sont très sucrés. Ce n’est pas une surprise, mais cela doit rester en tête.

Il faut aussi regarder la place des arômes. Un goût très intense ne veut pas forcément dire beaucoup de fruit, de menthe ou de citron.

Enfin, méfiance devant les couleurs trop parfaites. Une menthe transparente, une citronnade moins jaune, une fraise moins rouge ou une grenadine moins spectaculaire peuvent être de meilleurs signes qu’une boisson fluo.

La bonne façon de boire du sirop

Le sirop n’est pas à bannir. Il faut simplement le remettre à sa place.

Un verre de diabolo grenadine en terrasse, une menthe à l’eau après une journée chaude, une citronnade très diluée, un cocktail sans alcool maison : aucun drame. Mais il vaut mieux éviter d’en faire une boisson quotidienne.

Le bon réflexe consiste à diluer davantage que ce que l’on fait spontanément. Le verre n’a pas besoin d’être rouge vif, vert fluo ou jaune intense pour être agréable.

On peut aussi alterner avec de l’eau pétillante, quelques feuilles de menthe fraîche, du citron pressé, des rondelles d’orange, des fruits rouges écrasés ou une vraie infusion froide maison.

Le plaisir reste. Le sucre baisse. Les colorants disparaissent.

Pourquoi cet article concerne aussi les adultes ?

On parle souvent des enfants quand il est question de sirop. Mais les adultes en consomment aussi beaucoup : en diabolo, en cocktail sans alcool, en mocktail, en kir sans alcool, en citronnade, en boisson d’été, en cuisine, en pâtisserie, dans les cafés et dans les bars.

La grenadine n’est pas seulement une boisson d’enfance. La menthe n’est pas seulement un souvenir de vacances. Le citron, la fraise, la pêche ou la violette sont devenus des ingrédients de boissons maison et de recettes apéritives.

C’est précisément pour cela que le sujet est important. Le sirop est partout parce qu’il paraît simple. Mais simple ne veut pas toujours dire transparent.

Le vrai problème : on boit des couleurs avant de boire des goûts

Les sirops industriels ont réussi à installer une équation très efficace dans nos têtes : vert égale menthe, rouge égale grenadine, jaune égale citron, rose égale fraise, orange égale pêche.

Mais une couleur n’est pas une preuve de qualité. Une couleur peut être un décor. Une promesse. Une habitude. Un réflexe marketing.

La meilleure bouteille n’est pas forcément la plus jolie. C’est souvent celle qui a le moins besoin d’en faire trop.

Les sirops industriels ne sont pas des poisons. Mais ce ne sont pas non plus des boissons anodines. Entre sucre, arômes, colorants alimentaires, E133, E129, grenadine, menthe, fraise, citron, citronnade et marketing de l’été, le consommateur doit reprendre la main.

Le bon sirop n’est pas forcément celui qui colore le plus le verre. C’est celui dont l’étiquette se comprend vite, dont la couleur n’a pas besoin d’être artificiellement spectaculaire, et que l’on consomme pour le plaisir, pas par automatisme.

La prochaine fois que vous attrapez une bouteille de grenadine, de menthe ou de citron, retournez-la. En quelques secondes, vous saurez si vous achetez un vrai petit plaisir… ou surtout une belle couleur sucrée.

Question Réponse courte
Quel sirop faut-il surveiller en priorité ? Les sirops très colorés : menthe verte, grenadine rouge intense, fraise, citron, violette, bubble-gum.
Quel colorant pose question dans la menthe ? Le E133, aussi appelé bleu brillant FCF.
Quel colorant surveiller dans certaines grenadines ? Le E129, aussi appelé rouge allura AC.
Un sirop sans sucre est-il meilleur ? Pas forcément : il peut contenir édulcorants, arômes et colorants.
Le meilleur réflexe au supermarché ? Lire l’étiquette et choisir une liste courte, sans colorant controversé.
Faut-il supprimer tous les sirops ? Non. Il faut les garder comme plaisir occasionnel, bien dilué.

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