Le piratage de l’Éducation nationale pourrait concerner 1,22 million d’élèves. Découvrez les données visées et les réflexes à adopter.
Un pirate affirme avoir dérobé 43 Go de données appartenant à l’Éducation nationale : identités, dates de naissance, adresses, parcours scolaires, absences, résultats, affectations… Au total, 1,22 million d’élèves, 4,35 millions d’identifiants de personnels et 602 000 comptes académiques pourraient être concernés. Mais attention : ces chiffres, particulièrement inquiétants parce qu’ils impliquent des mineurs et leurs familles, restent à ce stade ceux avancés par le cybercriminel.
Que sait-on réellement de cette fuite ? Les données scolaires de votre enfant ont-elles pu être volées ? Et surtout, quelles précautions prendre dès maintenant ?
Mise à jour du 18 août 2026 : le ministère de l’Éducation nationale avait confirmé fin juillet une intrusion concernant les données de personnels. Il n’a pas encore confirmé le nouveau périmètre revendiqué par ZeroBytes, notamment le chiffre de 1,22 million d’élèves. Aucune fuite de données bancaires n’est établie à ce stade.
Piratage de l’Éducation nationale : ce qu’il faut retenir
Le pirate utilisant le pseudonyme ZeroBytes affirme avoir récupéré :
- environ 43 Go de données ;
- près de 2 500 fichiers ;
- 346 millions de lignes brutes ;
- des informations remontant parfois aux années 2002-2005 ;
- des données actualisées jusqu’en juillet 2026 ;
- environ 1,22 million d’élèves distincts ;
- 4,35 millions d’identifiants ou matricules de personnels ;
- 602 000 comptes académiques de Créteil et Versailles.
Ces chiffres ne sont pas encore confirmés dans leur totalité par le ministère. La plateforme spécialisée FrenchBreaches classe toutefois cette revendication comme « crédible ».
Non, 346 millions de personnes n’ont pas été piratées
Le chiffre de 346 millions correspond à des lignes informatiques brutes, et non à autant de victimes.
Un même élève peut apparaître plusieurs fois au fil de sa scolarité : inscription, changement d’établissement, absence, évaluation, orientation ou activité périscolaire. Il en va de même pour un enseignant ayant occupé différents postes ou participé à plusieurs formations.
Les 4,35 millions de matricules de personnels ne signifient donc pas non plus que 4,35 millions d’agents différents sont touchés. Le fichier pourrait contenir des doublons, des identifiants anciens ainsi que des données concernant des agents aujourd’hui retraités.
Quelles données sur les élèves et leurs parents auraient été volées ?
D’après les éléments publiés par ZeroBytes, plusieurs systèmes de l’Éducation nationale auraient été consultés, notamment des bases utilisées pour gérer les élèves du premier et du second degré.
Les fichiers pourraient contenir :
- les nom et prénom de l’élève ;
- sa date et son lieu de naissance ;
- son adresse ;
- ses identifiants scolaires ;
- son établissement et sa classe ;
- son historique d’inscription ;
- ses changements d’établissement ;
- ses absences ;
- ses résultats, évaluations et compétences ;
- des informations sur son orientation ;
- certains éléments de suivi scolaire ou de décrochage ;
- des convocations ou données disciplinaires ;
- des informations sur la restauration, la garderie ou les transports scolaires ;
- les coordonnées de ses parents ou responsables légaux.
L’académie de Créteil semble particulièrement présente dans les fichiers revendiqués. Mais certaines données proviendraient de systèmes nationaux : il serait donc prématuré d’affirmer que seuls les élèves de Créteil sont concernés.
Enseignants et personnels : les 33 académies pourraient être touchées
Des extractions d’I-Prof, le service de gestion de carrière des personnels de l’Éducation nationale, couvriraient les 33 académies françaises.
Elles pourraient comprendre :
- l’identité et la date de naissance ;
- les coordonnées personnelles ou professionnelles ;
- les identifiants administratifs ;
- le corps et le grade ;
- les fonctions et affectations ;
- la situation contractuelle ;
- les diplômes et qualifications ;
- les formations suivies ;
- l’historique professionnel.
Environ 399 000 comptes de l’académie de Créteil et 203 000 comptes de l’académie de Versailles figureraient également dans des annuaires informatiques dérobés.
Le pirate affirme que des empreintes cryptographiques de mots de passe seraient présentes. Il ne s’agit pas nécessairement de mots de passe lisibles en clair, mais certains peuvent être retrouvés s’ils sont trop faibles ou réutilisés sur plusieurs services.
Ce que le ministère avait déjà confirmé le 31 juillet
Cette revendication intervient après une intrusion officiellement reconnue par le ministère de l’Éducation nationale.
Dans un communiqué publié le 31 juillet 2026, le ministère indiquait qu’un compte professionnel avait été usurpé dans la nuit du 25 juillet. L’accès frauduleux avait touché un système consacré à la formation des personnels.
Le ministère confirmait alors que des données concernant des agents ayant travaillé en académie depuis 2001 avaient pu être exfiltrées :
- identité ;
- statut et fonctions ;
- adresse postale ;
- numéro de téléphone ;
- et, pour certains agents, numéro de Sécurité sociale.
Il précisait cependant que ce système particulier ne contenait ni données bancaires, ni mots de passe, ni informations relatives aux élèves.
La nouvelle revendication de ZeroBytes décrit un périmètre beaucoup plus large. À l’heure où nous publions, le ministère n’a pas confirmé que l’ensemble des fichiers revendiqués provenait bien de cette intrusion, ni que 1,22 million d’élèves étaient effectivement concernés.
Piratage de l’Éducation nationale : comment savoir si votre enfant est concerné ?
Il n’existe actuellement aucun outil officiel permettant de saisir le nom de son enfant pour vérifier s’il figure dans les fichiers.
Méfiez-vous des sites ou des messages qui prétendraient réaliser cette vérification en demandant une date de naissance, une adresse, un mot de passe ou une copie de pièce d’identité. Cela pourrait constituer une nouvelle tentative de récupération de données.
Les personnes officiellement identifiées comme victimes devraient être informées par le ministère ou leur académie. Mais cette notification peut prendre du temps, car les fichiers doivent d’abord être authentifiés et les doublons supprimés.
Est-ce la troisième cyberattaque contre l’Éducation nationale en 2026 ?
L’Éducation nationale a déjà connu plusieurs incidents majeurs en 2026. En mars, une fuite avait concerné environ 243 000 agents. En avril, le ministère avait confirmé l’exfiltration de données d’élèves provenant d’un service associé à ÉduConnect. L’intrusion reconnue le 31 juillet constitue un nouvel incident, mais la revendication actuelle de ZeroBytes pourrait correspondre à son véritable périmètre plutôt qu’à une attaque supplémentaire.
Que faire après le piratage de l’Éducation nationale ?
1. Changez les mots de passe scolaires
Modifiez le mot de passe des comptes académiques, d’ÉduConnect et des autres services scolaires concernés. Si le même mot de passe est utilisé ailleurs, changez-le également sur ces comptes.
Chaque service doit avoir un mot de passe différent.
2. Activez la double authentification
Lorsqu’elle est proposée, activez la double authentification. Elle peut empêcher la connexion d’un pirate même si celui-ci connaît le mot de passe.
3. Attention aux faux messages de rentrée
Les données scolaires peuvent servir à fabriquer des escroqueries particulièrement crédibles :
- demande de paiement pour la cantine ;
- fausse bourse scolaire ;
- renouvellement d’un compte ÉduConnect ;
- prétendue modification d’affectation ;
- remboursement de fournitures ;
- faux message du rectorat ou de l’établissement ;
- demande urgente de coordonnées bancaires.
Ne cliquez pas sur le lien reçu. Ouvrez vous-même le site officiel de l’académie, de l’établissement ou d’ÉduConnect.
4. Prévenez votre enfant sans l’inquiéter
Expliquez-lui simplement de ne jamais communiquer son mot de passe, un code reçu par SMS ou des informations personnelles, même si le message semble provenir de son collège, de son lycée ou d’un enseignant.
5. Vérifiez les connexions aux comptes
Contrôlez les appareils connectés, les paramètres de récupération du compte et, pour les messageries, l’existence éventuelle de règles de transfert inconnues.
6. Conservez les messages suspects
Gardez les courriels, SMS, captures d’écran et numéros de téléphone utilisés. Ils pourront servir en cas de signalement ou de plainte.
7. Utilisez uniquement les services officiels
La plateforme gouvernementale Cybermalveillance.gouv.fr accompagne gratuitement les victimes. En cas d’utilisation frauduleuse de votre identité, vous pouvez également suivre les démarches détaillées par Service-Public.fr.
Faut-il changer de carte bancaire ?
Non, pas sur la seule base de cette revendication. Aucune fuite de numéro de carte bancaire n’est actuellement établie dans les fichiers décrits.
Le principal danger réside plutôt dans le phishing ciblé, l’usurpation d’identité et la prise de contrôle de comptes. Il faut donc surveiller les sollicitations inhabituelles, mais il n’est pas nécessaire de faire opposition à sa carte sans opération suspecte ou élément supplémentaire.
Pourquoi les données concernant des mineurs sont-elles si sensibles ?
Une adresse, une date de naissance et le nom d’un établissement peuvent sembler anodins lorsqu’ils sont isolés. Mais leur croisement avec le parcours scolaire, les absences, l’identité des parents et leurs coordonnées permet de créer des messages extrêmement convaincants.
Un escroc pourrait, par exemple, connaître le nom de l’enfant, son école et celui de son responsable légal avant de réclamer un paiement ou un code de connexion. La présence potentielle de données conservées pendant plus de vingt ans augmente également le risque de recoupement avec d’autres fuites.
Une nouvelle cyberattaque ou le véritable bilan de celle de juillet ?
Pour l’instant, impossible de l’affirmer.
Le ministère indiquait avoir détecté l’accès frauduleux dès le lendemain de l’intrusion du 25 juillet. ZeroBytes soutient, de son côté, avoir conservé un accès et exfiltré des données pendant plusieurs jours.
Il peut s’agir du véritable périmètre de l’incident déjà reconnu, de plusieurs systèmes atteints à partir du même accès ou d’ensembles provenant d’autres intrusions. Seule l’enquête technique permettra de le déterminer.
Une chose est certaine : derrière les chiffres vertigineux, le risque le plus immédiat pour les familles et les personnels est désormais celui de messages frauduleux suffisamment personnalisés pour paraître authentiques.
FAQ sur le piratge de l’éducation nationnale
Les 1,22 million d’élèves concernés sont-ils tous mineurs ?
Le pirate affirme que de nombreux mineurs figurent dans les fichiers, notamment des élèves du primaire. Mais certaines archives remontant à 2005 peuvent concerner des personnes aujourd’hui adultes.
Les notes et les absences ont-elles réellement fuité ?
Elles figurent parmi les catégories de données revendiquées. Leur présence dans l’ensemble des 43 Go n’a pas encore été confirmée officiellement.
Les mots de passe sont-ils accessibles aux pirates ?
Des empreintes cryptographiques de mots de passe seraient présentes. Elles ne sont pas directement lisibles, mais des mots de passe faibles peuvent parfois être retrouvés. Leur changement reste donc une précaution raisonnable.
Les parents seront-ils prévenus ?
Le ministère avait annoncé une information individuelle des agents concernés par l’incident rec