Du 29 mai au 2 juin 2023 l’UNESCO accueille la deuxième session du Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique marine, une collaboration majeure entre le PNUE et la France. Découvrez dès maintenant les initiatives de premier plan mises en œuvre par l’UNESCO pour combattre la pollution plastique dans les océans et les cours d’eau.

Les déchets plastiques qui se déversent continuellement dans nos écosystèmes aquatiques constituent une véritable crise environnementale. Cependant, ne baissons pas les bras, car il est temps d’agir collectivement pour lutter contre la pollution plastique marine, inverser cette tendance et protéger nos précieuses ressources marines.

Européens, divisez par 2 votre consommation plastique

Selon une étude de la Fondation de la Mer, qui s’appuie sur les données de l’OCDE*, les Européens consomment en moyenne 110 kg de plastique vierge par an, soit près du double de la moyenne mondiale par habitant (environ 60 kg). Cependant, il est possible de réduire cette consommation de moitié en fixant des objectifs de réduction de l’utilisation de plastique vierge dans les secteurs les plus consommateurs. Cela pourrait être réalisé grâce à une réduction de la production, notamment pour les emballages, ainsi qu’à une augmentation de l’utilisation de plastiques recyclés ou réutilisés.

En mettant en place une réglementation environnementale ambitieuse et en respectant scrupuleusement les engagements pris par les États et les industriels dans les années à venir, il serait envisageable de limiter la consommation à 62 kg de plastique vierge par Européen et par an.

L’impact destructeur de la pollution plastique marine est indéniable. Les océans et les cours d’eau, qui abritent une biodiversité incroyable, sont désormais envahis par des tonnes de déchets plastiques. Les tortues de mer, les oiseaux marins, les poissons et de nombreuses autres espèces marines sont victimes de l’ingestion de plastique ou se retrouvent piégées dans des filets abandonnés.

Selon l’OCDE, d’ici à 2060, l’utilisation des produits plastiques pourrait tripler, ce qui entraînerait une augmentation de la quantité de déchets déversés dans les milieux naturels, passant de près de 80 à plus de 150 millions de tonnes par an**.

Actuellement, seulement 9 % des plastiques sont recyclés et, sans mesures fortes, ce chiffre ne passerait qu’à 19 % dans le monde d’ici à 2060.

À cette même échéance, 80 % des déchets des pays de l’OCDE et 61 % des déchets des pays hors OCDE seraient incinérés ou mis en décharge, ce qui aurait un impact significatif sur l’environnement. Les pays de l’OCDE, en tant que grands consommateurs, ont une responsabilité majeure : ils doivent repenser l’utilisation des plastiques afin de réduire drastiquement la quantité produite, promouvoir le développement de produits alternatifs et rendre rentable le recyclage de tous les plastiques.

La destruction des océans et rivières par le plastique

En tant qu’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, l’UNESCO a acquis une expertise multidisciplinaire de premier plan dans le domaine de la pollution plastique. Son engagement se manifeste à travers ses actions essentielles visant à améliorer les connaissances, à encourager la recherche, à développer des solutions novatrices, et à alerter l’ensemble de la communauté mondiale sur les risques liés à la présence de plastiques et de microplastiques dans les écosystèmes marins et d’eau douce, ainsi que pour la biodiversité.

L’UNESCO joue un rôle de premier plan dans la production de travaux de recherche de référence, qui sont parmi les plus exhaustifs dans le domaine de la pollution plastique marine à l’échelle mondiale. Le rapport UNESCO-COI/GESAMP, intitulé « Origines, devenir et effets des plastiques et des microplastiques en milieu marin », reste une ressource largement citée sur le sujet des plastiques marins et est utilisé comme une référence incontournable par de nombreux chercheurs spécialisés.

Les travaux réalisés par les experts du Groupe mixte d’experts chargé d’étudier les aspects scientifiques de la protection de l’environnement marin (GESAMP), placé sous la direction de l’UNESCO-COI, ont également joué un rôle déterminant dans l’adoption de la résolution des Nations Unies en 2022, intitulée « Mettre fin à la pollution plastique : Vers un instrument international juridiquement contraignant« .

Ces contributions essentielles de l’UNESCO ont permis de sensibiliser davantage à la gravité de la pollution plastique et de mobiliser la communauté internationale pour prendre des mesures concrètes. L’organisation continue de travailler en étroite collaboration avec des partenaires mondiaux, des gouvernements et des acteurs locaux pour promouvoir des politiques et des initiatives concrètes visant à réduire la présence de plastiques dans nos écosystèmes aquatiques.

Il est crucial de souligner que la pollution plastique marine ne peut être résolue par des efforts isolés, mais nécessite une action concertée à tous les niveaux. En collaborant avec l’UNESCO et d’autres organisations engagées, nous pouvons renforcer notre impact collectif et construire un avenir où les océans et les cours d’eau sont préservés de la menace grandissante de la pollution plastique. Il est temps de passer à l’action pour inverser cette tendance et offrir à notre planète un environnement marin sain et durable pour les générations futures.

La pollution plastique : un défi mondial

Alors que la population mondiale a augmenté de 2,5 fois depuis les années 1960, la production mondiale de plastique a augmenté de plus de 40 fois ! En l’espace de près de 20 ans, elle est passée de 230 à 460 millions de tonnes***** par an, et selon l’OCDE, elle pourrait atteindre 1,2 milliard de tonnes d’ici à 2060. Une étude publiée en 2021 par le Programme des Nations unies pour l’environnement révèle que les océans contiennent actuellement entre 75 et 199 millions de tonnes de plastique. Une pollution plastique marine inacceptable. En effet, chaque année, un million de tonnes de déchets plastiques y pénètrent via les fleuves et les rivières, soit l’équivalent de quinze tonnes de plastiques déversées chaque minute.

Que faire contre la pollution plastique marine ?

L’UNESCO, en collaboration avec des organisations internationales, des gouvernements et des acteurs locaux, a lancé des initiatives vitales pour lutter contre la pollution plastique dans les océans et les cours d’eau.

La première étape pour résoudre ce problème est de réduire notre consommation de plastique. Vous pouvez contribuer en adoptant des gestes simples au quotidien, tels que refuser les sacs en plastique, privilégier les produits réutilisables et recycler correctement. Chaque petit geste compte et peut faire une différence significative.

L’UNESCO promeut également des actions de nettoyage des zones côtières et des rivières. Des campagnes de ramassage des déchets sont organisées régulièrement, impliquant des volontaires passionnés. En rejoignant ces initiatives locales, vous pouvez participer activement à la préservation de nos écosystèmes aquatiques et inspirer d’autres personnes à faire de même.

En outre, la recherche scientifique joue un rôle essentiel dans la lutte contre la pollution plastique. L’UNESCO encourage la collecte de données et la mise en place de programmes de recherche pour évaluer l’ampleur du problème, comprendre les impacts sur la faune et la flore marines, et développer des solutions durables.

Il est crucial de souligner que l’éducation est un levier puissant pour le changement. L’UNESCO met en œuvre des programmes éducatifs visant à sensibiliser les jeunes générations à la protection de l’environnement et à l’importance de réduire la consommation de plastique. En les éduquant dès leur plus jeune âge, nous pouvons façonner une génération consciente et engagée, prête à préserver notre planète pour les années à venir.

Pour en finir avec les microplastiques

La présence de microplastiques dans les écosystèmes aquatiques est un problème préoccupant qui s’étend des rivières aux lacs, des eaux souterraines aux océans, et même jusqu’à l’eau potable et en bouteille, ainsi qu’à la bière. Bien que les informations scientifiques sur l’ampleur, les risques sanitaires et l’impact environnemental de ces petites particules demeurent limitées, l’UNESCO-PHI (Programme hydrologique international de l’UNESCO) a réalisé une évaluation préliminaire des microplastiques en eau douce et a identifié les lacunes en termes de connaissances à combler.

En tant que leader dans la promotion de la recherche et la production de connaissances sur la réduction de la pollution microplastique en eau douce, l’UNESCO-PHI a soutenu un projet de recherche révélateur. Celui-ci a démontré que les poissons et les organismes aquatiques ingérant involontairement des microplastiques au lieu de microorganismes (planctons) subissent une réduction de leur croissance et de leur taux de reproduction.

Ce phénomène a des répercussions sur l’ensemble de la chaîne alimentaire et pourrait entraîner une diminution du nombre et de la taille des poissons destinés à la consommation humaine. De plus, les microplastiques véhiculent d’autres polluants et produits chimiques qui pénètrent dans l’organisme, car leur surface dure adsorbe ces polluants.

Les rivières jouent un rôle majeur dans le transport des microplastiques générés par les activités humaines terrestres vers l’océan. Dans les régions en développement, elles sont responsables de 90 % des microplastiques qui atteignent l’océan. Conscient de cette problématique, l’UNESCO s’engage en tant que partenaire dans un nouveau programme mondial innovant intitulé « Rivières saines, océans sains ». Ce programme vise à produire des connaissances et à proposer des solutions pour lutter contre la pollution plastique, de la source jusqu’à l’océan.

Il est essentiel de combler les lacunes dans notre compréhension des microplastiques en eau douce et de prendre des mesures concrètes pour réduire leur présence dans nos écosystèmes aquatiques. En soutenant la recherche, en promouvant des pratiques durables et en sensibilisant le public, nous pouvons préserver la santé de nos rivières, de nos océans et de notre environnement dans son ensemble. L’UNESCO continuera à jouer un rôle crucial dans cette entreprise, mais nous avons tous un rôle à jouer pour assurer un avenir durable pour nos précieuses ressources en eau.

Des déchets plastiques même dans l’océan Arctique

Les déchets plastiques, transportés par les courants océaniques depuis les zones densément peuplées, ont malheureusement atteint même les régions les plus reculées de l’Arctique. L’océan Arctique est devenu un véritable dépotoir pour les débris plastiques flottants, car il existe peu de voies d’eau non gelées permettant leur évacuation.

Conscient de cette problématique, l’UNESCO-COI (Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO) a fait du plastique dans l’Arctique une priorité absolue. En collaboration avec des scientifiques et des leaders, l’organisation s’est engagée dans le cadre du Congrès international sur les plastiques en région arctique et subarctique. Cette initiative vise à étudier les différentes voies par lesquelles ces déchets plastiques atteignent l’Arctique, à développer des méthodes pour atténuer ce phénomène et à évaluer son impact sur les communautés locales qui dépendent de l’océan pour leur subsistance.

Il est essentiel de comprendre les mécanismes qui favorisent l’accumulation de déchets plastiques dans cette région fragile et unique. Les chercheurs s’efforcent d’identifier les sources principales de pollution, qu’il s’agisse de la navigation commerciale, de l’activité humaine sur les côtes ou de la dispersion des déchets plastiques dans les courants océaniques. Grâce à une meilleure compréhension de ces facteurs, des mesures pourront être prises afin de prévenir et de réduire la présence de plastiques dans l’océan Arctique.

Au-delà des implications environnementales, cette problématique a des conséquences directes sur les communautés locales qui dépendent des ressources marines pour leur subsistance. Les déchets plastiques menacent la biodiversitéarctique, perturbent les écosystèmes et contaminent les espèces marines. Les moyens de subsistance des populations autochtones, basés sur la pêche et la chasse, sont également touchés. Il est donc crucial d’agir rapidement et efficacement pour protéger ces écosystèmes uniques et soutenir les communautés qui en dépendent.

En travaillant en collaboration avec des scientifiques, des gouvernements, des organisations non gouvernementales et des communautés locales, l’UNESCO-COI s’efforce de trouver des solutions durables pour réduire la pollution plastique dans l’océan Arctique. Des mesures telles que l’amélioration de la gestion des déchets, la promotion de l’éducation et de la sensibilisation, ainsi que le développement de technologies de nettoyage adaptées à ces environnements extrêmes, sont essentielles pour préserver la santé de l’Arctique et prévenir les dommages irréparables causés par les déchets plastiques.

En définitive, il est impératif de prendre des mesures audacieuses pour mettre fin à la pollution plastique dans toutes les régions, y compris les plus éloignées et les plus vulnérables de notre planète. La coopération internationale et l’engagement de tous les acteurs concernés sont indispensables.

Des zones de test pour un monde sans plastique

Les 738 réserves de biosphère de l’UNESCO et les 257 sites naturels et mixtes du patrimoine mondial de l’UNESCO sont bien plus que de simples lieux préservés. Ce sont de véritables laboratoires où des millions de personnes vivent au quotidien, expérimentant un mode de vie durable et apprenant à se développer économiquement sans nuire à leur environnement naturel.

Ces sites jouent un rôle essentiel dans la recherche sur la pollution plastique marine et leur réduction, ainsi que dans le nettoyage des débris marins existants. Ils ouvrent ainsi la voie à un nouveau modèle de coexistence harmonieuse entre les êtres humains et leur environnement.

Parmi les initiatives remarquables, on compte :

  • L’initiative « Zéro plastique dans les réserves de biosphère » a été lancée avec succès sur l’île de Lanzarote, en Espagne. Cette campagne a permis de réduire considérablement l’utilisation des plastiques.
  • L’archipel de Cu Lao Cham – Hoi An, au Viêt Nam, a entrepris dès 2009 l’élimination des plastiques à usage unique après avoir été reconnu comme réserve de biosphère de l’UNESCO.
  • L’île de Príncipe, à São Tomé-et-Príncipe, a lancé en 2012 la campagne « Pas de plastique : un petit geste à portée de main », seulement deux ans après avoir été désignée réserve de biosphère de l’UNESCO.
  • Les Sundarbans, qui s’étendent sur l’Inde et le Bangladesh, abritent le plus grand delta et la plus grande forêt de mangroves au monde. En mars 2023, le Bangladesh a annoncé l’interdiction des plastiques à usage unique dans sa partie des Sundarbans.
  • Sur l’atoll d’Aldabra, aux Seychelles, une campagne de nettoyage des plages a permis de collecter 25 tonnes de déchets et d’engins de pêche abandonnés, dont 60 000 paires de tongs.

Assurer le suivi des publications scientifiques sur la pollution plastique

En tant qu’agence scientifique principale des Nations Unies, l’UNESCO joue un rôle essentiel dans l’évaluation, la collecte et l’analyse des publications des principales revues universitaires. Ces informations sont ensuite intégrées dans les Rapports de l’UNESCO sur la science, ce qui permet de mesurer les progrès réalisés dans la recherche sur la pollution plastique.

Au cours de la dernière décennie (2011-2019), la recherche scientifique sur les alternatives écologiques au plastique a plus que doublé à l’échelle mondiale. Les économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ont contribué de manière significative à cette augmentation, passant de 7,2 % à 18,2 %. Les scientifiques indonésiens ont été particulièrement actifs, publiant cinq fois plus de travaux que la moyenne mondiale au cours de cette période.

En ce qui concerne les recherches sur les plastiques flottant à la surface des océans, le niveau mondial de publications a été multiplié par 20 en 10 ans. Selon le suivi des publications scientifiques effectué par l’UNESCO, la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni se démarquent en tant que leaders en matière de nombre total d’articles publiés sur la pollution plastique. Ces pays ont contribué de manière significative à la recherche et à la sensibilisation dans ce domaine.

Parallèlement, plusieurs pays en développement, tels que le Brésil et l’Indonésie, ont également accru leur production scientifique sur la pollution plastique. Ces pays émergents s’investissent de plus en plus dans la recherche pour comprendre et trouver des solutions aux défis posés par la pollution plastique.

Il convient de noter que bien que des progrès significatifs aient été réalisés dans la recherche sur la pollution plastique marine, les efforts liés à la pollution microplastique en eau douce sont encore limités. Cette problématique émergente nécessite une attention accrue et une recherche approfondie pour mieux comprendre son impact et développer des stratégies efficaces de prévention et de réduction.

En somme, le suivi des publications scientifiques met en évidence à la fois les avancées réalisées dans la recherche sur la pollution plastique, ainsi que les lacunes persistantes dans notre compréhension de la pollution microplastique en eau douce. Il est essentiel de continuer à soutenir et à promouvoir la recherche scientifique dans ces domaines afin de développer des solutions durables pour préserver notre environnement et notre santé.

 

Sources :

*Données de l’OCDE publiées en 2022 dans son rapport « Global Plastics Outlook : Policy Scenarios to 2060 ». Méthodologie détaillée et projections de la Fondation de la Mer présentées dans son Rapport de la Fondation de la Mer sur la pollution plastique p. 29 et 30.

**Étude de l’IUCN, 2017.

***Préconisations consultables dans leur intégralité dans le Rapport de la Fondation de la Mer sur la pollution plastique : « Vers la fin de la pollution par les plastiques dans l’océan ? ».

****Enquête menée sur internet en avril 2023 auprès des 285 acteurs engagés sur la plateforme collaborative Un geste pour la mer / Fondation de la Mer, avec 90 réponses exploitables.

*****Atlas du plastique, 2020.

Unesco

 

Sophie Madoun