Selon la Drees, 3,4 millions de foyers éligibles à la prime d’activité ne la percevaient pas fin 2021. Cette aide destinée aux travailleurs modestes dépasse aujourd’hui 638 € de montant forfaitaire pour une personne seule.
C’est une aide pensée pour soutenir le pouvoir d’achat des personnes qui travaillent avec des revenus modestes. Pourtant, des millions de foyers passent encore à côté. Selon une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), près d’un foyer éligible sur deux ne percevait pas la prime d’activité fin 2021.
Le chiffre est impressionnant : 3,4 millions de foyers éligibles à cette aide ne la touchaient pas au quatrième trimestre 2021.
Et cette aide existe toujours. Au 1er avril 2026, le montant forfaitaire de base de la prime d’activité atteint 638,28 euros pour une personne seule. Attention toutefois : cela ne veut pas dire que chaque bénéficiaire touche automatiquement 638,28 euros. Le montant réellement versé dépend des revenus, de la composition du foyer, des autres ressources et des éventuelles bonifications.
Mais une chose est sûre : beaucoup de personnes peuvent être concernées sans le savoir.
Une aide de plus de 638 € pour les travailleurs modestes
La prime d’activité est souvent mal comprise. Beaucoup de personnes pensent qu’elle ne les concerne pas parce qu’elles travaillent déjà, parce qu’elles ne sont pas au chômage, parce qu’elles ne se considèrent pas comme “allocataires” ou parce qu’elles n’ont jamais demandé d’aide.
C’est précisément l’un des pièges.
La prime d’activité est un complément de revenu destiné aux personnes qui exercent une activité professionnelle et dont les revenus restent modestes. Elle peut concerner des salariés, des travailleurs indépendants, des personnes à temps partiel, des intérimaires, des apprentis ou certains étudiants salariés sous conditions.
Elle peut aussi concerner des personnes qui ont déjà fait une simulation par le passé et qui n’étaient pas éligibles à ce moment-là. Les droits peuvent changer avec les revenus, la situation familiale ou la composition du foyer.
Autrement dit : il ne faut pas se dire trop vite “ce n’est pas pour moi”.
3,4 millions de foyers y avaient droit sans la toucher
Au quatrième trimestre 2021, la Drees estime que 6,6 millions de foyers sociaux vivant en logement ordinaire en France métropolitaine étaient éligibles à la prime d’activité.
Parmi eux, 3,2 millions de foyers la percevaient effectivement.
Mais 3,4 millions de foyers étaient éligibles sans en bénéficier.
Le taux de non-recours à la prime d’activité atteignait donc 52 % selon l’estimation principale.
La Drees propose aussi une estimation alternative. Pourquoi ? Parce que la simulation utilisée dans l’étude identifie 470 000 foyers qui ne seraient pas éligibles selon le modèle, mais qui percevaient pourtant la prime d’activité. En supposant que ces foyers ont été classés à tort comme non éligibles, le nombre total de foyers éligibles grimpe à 7,1 millions.
Avec cette autre méthode, le taux de non-recours descend à 48 %.
La conclusion reste donc la même : fin 2021, le non-recours à la prime d’activité était compris entre 48 % et 52 %.
En clair : environ un foyer éligible sur deux ne touchait pas cette aide.
Plus de 638 € en 2026 : ce que signifie vraiment ce montant
Depuis le 1er avril 2026, le montant forfaitaire de la prime d’activité est de 638,28 euros pour une personne seule.
Mais il faut bien comprendre ce chiffre.
Le montant forfaitaire sert de base au calcul. Le montant réellement versé dépend ensuite de plusieurs éléments : les revenus professionnels, les autres ressources du foyer, la situation conjugale, les enfants à charge, les aides au logement et les éventuelles bonifications individuelles.
Une personne seule, un couple, un parent isolé, une famille avec enfants, un salarié à temps partiel ou un travailleur indépendant n’auront donc pas forcément le même montant.
C’est pour cela qu’il ne faut pas raisonner uniquement à partir d’un salaire ou d’une impression personnelle. La seule façon de savoir si l’on a droit à cette aide est de faire une simulation officielle auprès de la CAF (Caisse d’allocations familiales) ou de la MSA (Mutualité sociale agricole) selon sa situation.
Comment la Drees a calculé le non-recours à la prime d’activité
Pour mesurer ce non-recours, la Drees n’a pas seulement comparé des déclarations. Elle a utilisé une méthode statistique complexe, fondée sur l’appariement de plusieurs sources de données.
L’étude exploite l’ERFS (Enquête sur les revenus fiscaux et sociaux) de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) pour l’année 2021, avec les données du DRM (Dispositif de ressources mensuelles).
Le DRM rassemble chaque mois, au niveau individuel, les salaires versés par les employeurs ainsi que la plupart des prestations sociales.
Pourquoi est-ce important ? Parce que la prime d’activité dépend des ressources du foyer. Pour savoir qui y a droit, il faut donc connaître les revenus avec suffisamment de précision.
La Drees a ensuite simulé les droits à la prime d’activité au dernier trimestre 2021, puis comparé ces droits estimés avec les montants réellement perçus.
C’est ainsi qu’elle distingue les foyers recourants, qui perçoivent l’aide, et les foyers non-recourants, qui y sont éligibles mais ne la touchent pas.
Non-recours à la prime d’activité, pourquoi autant de foyers passent à côté de cette aide ?
Le non-recours ne signifie pas forcément que les personnes refusent volontairement l’aide. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer.
D’abord, beaucoup de personnes ne savent pas qu’elles peuvent y avoir droit. La prime d’activité concerne des personnes qui travaillent, et pas seulement des personnes sans emploi. Or certains actifs pensent à tort que les aides sociales ne les concernent pas.
Ensuite, les droits peuvent être difficiles à anticiper. La prime dépend des revenus, de la composition du foyer et de la situation familiale. Une variation de salaire, une période d’intérim, une baisse d’activité indépendante, une reprise d’emploi ou un changement familial peuvent modifier l’éligibilité.
Enfin, certains foyers peuvent renoncer parce que le montant estimé leur paraît faible, ou parce qu’ils ont déjà fait une démarche qui n’a pas abouti.
Mais un refus à un moment donné ne signifie pas que vous ne serez jamais éligible.
Ne pas demander sa prime d’activité : un impact direct sur le pouvoir d’achat
Ce non-recours à la prime d’activité n’est pas une simple anomalie administrative. Il a des conséquences très concrètes sur les revenus des ménages.
Selon la Drees, en l’absence de non-recours à la prime d’activité au dernier trimestre 2021, 500 000 ménages pauvres, comprenant 610 000 foyers sociaux, auraient vu leur niveau de vie augmenter de 130 euros par mois en moyenne.
Pour des ménages modestes, 130 euros par mois peuvent représenter des courses, une facture d’énergie, une partie du loyer, des frais de transport ou des dépenses liées aux enfants.
La Drees estime aussi que 135 000 ménages seraient sortis de la pauvreté monétaire si tous les foyers éligibles avaient effectivement perçu la prime d’activité.
Cela aurait entraîné une baisse de 0,5 point du taux de pauvreté.
Et si l’ensemble des droits à la prime d’activité et au RSA (revenu de solidarité active) avaient été effectivement perçus, le taux de pauvreté aurait diminué de 0,7 point.
Ce chiffre montre que le non-recours aux aides sociales n’est pas seulement un sujet de formulaire. C’est un sujet de pouvoir d’achat, de protection sociale et de lutte contre la pauvreté.
Pour un tiers des foyers ne demandant la prime d’activité, le montant perdu était inférieur à 50 € par mois
La Drees détaille aussi les montants de prime d’activité non perçus.
Parmi les foyers qui ne touchent pas l’aide, 32 % étaient éligibles à un montant inférieur à 50 euros par mois et par unité de consommation.
À titre de comparaison, cette proportion était de 20 % parmi les foyers qui percevaient effectivement la prime d’activité.
Autre chiffre important : 29 % des foyers qui passent à côté de la prime d’activité avaient droit à un montant compris entre 50 et 100 euros par mois, contre 24 % des foyers y ayant droit.
Cela signifie que beaucoup de foyers qui ne demandent pas ou ne perçoivent pas la prime d’activité sont proches du seuil d’éligibilité. Ils peuvent donc ne pas savoir qu’ils ont droit à quelque chose, ou juger que le gain est trop faible par rapport aux démarches.
Mais même une somme de 50 euros par mois représente 600 euros par an. Et pour certains foyers, le montant peut être plus élevé.
Qui passe le plus souvent à côté de la prime d’activité ?
La Drees dresse le profil des foyers éligibles qui ne perçoivent pas la prime d’activité.
Par rapport aux foyers qui touchent déjà l’aide, les foyers non-recourants sont plus souvent des couples : ils représentent 38 % des non-recourants, contre 32 % des recourants.
Ils sont aussi plus souvent composés d’hommes seuls, avec ou sans enfant : 36 % des foyers non-recourants, contre 26 % des foyers recourants.
Autre différence notable : les foyers non-recourants sont plus fréquemment propriétaires de leur logement. C’est le cas de 34 % d’entre eux, contre 20 % des foyers qui perçoivent la prime.
Ils sont aussi plus souvent hébergés par leurs parents : 21 % des foyers non-recourants, contre 13 % des foyers recourants.
Ces profils peuvent expliquer une partie du non-recours. Certains foyers se sentent peut-être moins concernés par une aide sociale parce qu’ils sont propriétaires, hébergés ou dans une situation qui paraît moins précaire.
Pourtant, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas droit à la prime d’activité.
Des foyers qui passent à côté de la prime d’activité un peu moins pauvres mais pas forcément à l’aise
La Drees observe que les les foyers concernés mais non bénéficiaires sont un peu moins pauvres que les foyers qui touchent déjà la prime d’activité.
Avant versement de la prime, 36 % de ceux-ci appartiennent à des ménages situés parmi les 30 % les plus modestes.
Chez les foyers qui perçoivent déjà la prime, cette proportion est beaucoup plus élevée : 60 %.
Les ménages qui n’en bénéficient pas sont aussi moins souvent en situation de pauvreté monétaire : 15 %, contre 19 % pour les foyers y ayant recours.
Mais attention : être un peu moins pauvre statistiquement ne signifie pas être à l’aise financièrement.
Beaucoup de foyers peuvent avoir des revenus modestes, des charges importantes, des enfants à charge, un crédit, un loyer, des frais de transport ou des dépenses contraintes. Le fait de ne pas être parmi les plus pauvres ne veut pas dire que la prime d’activité serait inutile.
Les travailleurs indépendants sont aussi concernés par la prime d’activité
La prime d’activité ne concerne pas uniquement les salariés.
Les travailleurs indépendants peuvent aussi y avoir droit sous conditions. Et justement, la Drees observe qu’ils sont un peu plus présents parmi les foyers ne bénéficiant pas de la prime d’activité.
Fin 2021, 8 % des personnes de référence des ménages qui n’en bénéficient pas étaient en emploi non salarié, contre 6 % parmi les foyers qui percevaient la prime d’activité.
À l’inverse, 74 % des personnes de référence ne demandant pas la prime d’activité étaient salariées, contre 79 % parmi les foyers recevant la prime d’activité.
Lorsque la personne de référence est salariée, elle travaille moins souvent dans la fonction publique parmi les les foyers qui ne demandent pas l’aide : 14 %, contre 18 % pour les foyers qui perçoivent la prime.
Ces chiffres montrent que certains profils professionnels peuvent moins facilement repérer leurs droits. C’est particulièrement vrai pour les indépendants, dont les revenus peuvent varier d’un mois à l’autre.
Une éligibilité à la prime d’activité souvent récente ou temporaire
Autre information importante : les foyers qui ne font pas valoir leurs droits sont plus souvent dans une situation d’éligibilité ponctuelle ou récente.
Selon la Drees, 24 % des foyers n’en bénéficiant pas n’étaient pas éligibles à la prime d’activité avant le quatrième trimestre 2021.
Chez les foyers qui percevaient déjà la prime, cette proportion n’était que de 8 %.
De même, 30 % des foyers non bénéficiaires n’étaient plus éligibles au premier trimestre 2022, contre 14 % des foyers bénéficiant de la prime d’activité.
En clair : certains foyers peuvent avoir droit à la prime d’activité pendant une courte période seulement. S’ils ne font pas de simulation au bon moment, ils peuvent passer totalement à côté.
C’est l’une des clés du problème. La prime d’activité n’est pas toujours un droit stable et visible. Elle peut apparaître, disparaître, puis réapparaître selon les revenus et la situation du foyer.
Qui devrait faire une simulation pour savoir si il a droit à la prime d’acivité ?
Il est conseillé de faire une simulation si vous travaillez avec des revenus modestes, même si vous pensez ne pas être concerné.
Cela peut notamment concerner les personnes à temps partiel, les salariés avec des revenus variables, les intérimaires, les apprentis, les travailleurs indépendants, les micro-entrepreneurs, certains étudiants salariés sous conditions, les personnes en couple avec revenus modestes, les parents isolés, les foyers avec enfants, les personnes hébergées ou encore les propriétaires dont les revenus restent limités.
Il est aussi utile de refaire une simulation si votre situation a changé : baisse de revenus, reprise d’activité, séparation, naissance, changement de temps de travail, début d’activité indépendante ou période d’intérim.
Le bon réflexe est simple : ne pas décider à la place du simulateur.
Pourquoi il ne faut pas se fier à son intuition ?
La leçon de cette étude est simple : il ne faut pas se fier à son intuition.
Vous pouvez travailler et avoir droit à la prime d’activité.
Vous pouvez avoir été refusé une fois et devenir éligible plus tard.
Vous pouvez être indépendant, en intérim, à temps partiel, apprenti, étudiant salarié sous conditions, ou avoir des revenus variables.
Vous pouvez aussi être propriétaire, hébergé par vos parents ou vivre en couple, et malgré tout être concerné.
La seule manière de savoir est de faire une simulation auprès de la CAF (Caisse d’allocations familiales) ou de la MSA (Mutualité sociale agricole), selon votre situation.
Ce réflexe est d’autant plus important si vos revenus changent, si votre foyer évolue, si vous reprenez une activité, si vous perdez des heures de travail ou si votre activité indépendante ralentit.
Ce que montre vraiment cette étude
Cette étude de la Drees rappelle une réalité souvent invisible : une aide peut exister, mais ne pas atteindre toutes les personnes qu’elle est censée soutenir.
Le non-recours à la prime d’activité touche des millions de foyers. Il concerne des personnes qui travaillent, mais qui ne savent pas toujours qu’elles peuvent bénéficier d’un complément de revenu.
Il concerne aussi des situations mouvantes : revenus irréguliers, droits ponctuels, petits montants, changements de trimestre, profils moins identifiés comme précaires.
C’est précisément pour cela qu’il faut vérifier ses droits.
Parce que passer à côté de la prime d’activité, ce n’est pas seulement manquer une aide administrative. Cela peut représenter plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine d’euros par mois pour certains foyers.
Ce qu’il faut retenir
Selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), entre 48 % et 52 % des foyers éligibles à la prime d’activité ne la percevaient pas fin 2021.
Cela représente environ 3,4 millions de foyers éligibles qui ne touchaient pas cette aide au quatrième trimestre 2021.
En 2026, la prime d’activité existe toujours. Son montant forfaitaire atteint 638,28 euros pour une personne seule depuis le 1er avril 2026, avant calcul selon les revenus, la composition du foyer et les autres éléments pris en compte.
Le non-recours concerne plus souvent des couples, des hommes seuls, des foyers propriétaires, des personnes hébergées par leurs parents et des travailleurs aux droits récents ou temporaires.
Pour 32 % des foyers non-recourants, le montant estimé était inférieur à 50 euros par mois et par unité de consommation.
Mais l’enjeu global est majeur : sans non-recours à la prime d’activité, 135 000 ménages seraient sortis de la pauvreté monétaire, selon la Drees.
Le bon réflexe est donc simple : faire une simulation de prime d’activité auprès de la CAF (Caisse d’allocations familiales) ou de la MSA (Mutualité sociale agricole), surtout si vos revenus ou votre situation ont changé.
Sources : Drees, étude sur le non-recours à la prime d’activité au quatrième trimestre 2021 ; CAF, barème de la prime d’activité au 1er avril 2026.