Les incendies en Gironde dégradent l’air bien au-delà des flammes. Quels risques représentent les fumées pour la santé et comment se protéger ?

Les incendies en Gironde et dans les Landes ont déjà ravagé des milliers d’hectares, détruit des habitations et provoqué des évacuations massives. Mais le danger ne s’arrête pas aux communes directement menacées par les flammes. Poussées par les vents, les fumées peuvent dégrader brutalement la qualité de l’air et parcourir des centaines de kilomètres.

Ce vendredi 24 juillet 2026, un épisode de pollution aux particules PM10 est en cours en Gironde et dans les Landes. Yeux qui piquent, gorge irritée, toux, maux de tête, crise d’asthme : faut-il s’inquiéter lorsque l’odeur de brûlé arrive jusque chez soi ? Et surtout, comment se protéger sans s’enfermer dans un logement surchauffé ?

Une nouvelle expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) permet aujourd’hui de mieux mesurer les conséquences des fumées des incendies de forêt sur nos poumons, notre cœur et plus largement notre santé.

Incendies en Gironde : une situation hors norme

L’incendie déclaré le 22 juillet à Saumos s’est rapidement propagé vers Le Porge et Lège-Cap-Ferret. Selon le bilan communiqué vendredi matin par le ministre de l’Intérieur, plus de 10 000 hectares ont été parcourus par les flammes, environ 40 000 personnes ont été évacuées et 1 000 pompiers sont mobilisés. Près de 80 maisons ont été touchées, dont une cinquantaine détruites.

Plus au sud, l’incendie de Biscarrosse, dans les Landes, a parcouru environ 2 500 hectares et provoqué l’évacuation de plus de 23 000 personnes. Ces chiffres sont susceptibles d’évoluer tant que les deux incendies ne sont pas maîtrisés.

Les fumées issues de ces feux entraînent désormais une dégradation importante de la qualité de l’air. Atmo Nouvelle-Aquitaine signale des concentrations élevées en particules PM10 dans les deux départements.

Au moment de ce point de situation, les vents dirigeaient principalement les panaches vers le littoral. Mais leur orientation peut changer rapidement et déplacer les fumées vers Bordeaux ou l’intérieur de la Gironde.

Ce qu’il faut retenir sur les fumées d’incendie

  • Les fumées peuvent dégrader l’air à plusieurs centaines de kilomètres du brasier.
  • Les particules fines PM2,5 constituent le principal danger respiratoire.
  • Fermer les fenêtres, réduire les déplacements et éviter le sport extérieur limitent l’exposition.
  • Un masque FFP2 ou FFP3 filtre une partie des particules, contrairement au masque chirurgical.
  • Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, asthmatiques ou souffrant d’une maladie cardiaque sont particulièrement sensibles.
  • L’odeur de brûlé ne permet pas, à elle seule, de connaître le niveau de pollution.

Les fumées d’incendie sont-elles dangereuses pour la santé ?

Oui, car un panache d’incendie ne contient pas uniquement de la fumée de bois. Il transporte un mélange complexe de gaz, de suies et de particules dont la composition dépend de la végétation brûlée, de l’intensité du feu, de la température et des matériaux atteints.

On peut notamment y retrouver :

  • des particules PM10 et PM2,5 ;
  • du monoxyde de carbone ;
  • des oxydes d’azote ;
  • des composés organiques volatils (COV) ;
  • des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;
  • du benzène ;
  • du formaldéhyde ;
  • différents métaux.

Lorsque le feu atteint des maisons, des voitures, des appareils électriques, du mobilier, des peintures ou des matières plastiques, les fumées peuvent contenir d’autres produits toxiques issus de leur combustion.

Selon Atmo Nouvelle-Aquitaine, ces polluants peuvent être transportés sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres.

Pourquoi les particules PM2,5 inquiètent-elles autant ?

Les PM2,5 sont des particules dont le diamètre ne dépasse pas 2,5 micromètres. Elles sont beaucoup plus petites que l’épaisseur d’un cheveu et suffisamment fines pour pénétrer profondément dans les poumons.

Les plus petites peuvent franchir la barrière pulmonaire, atteindre la circulation sanguine et provoquer une réaction inflammatoire dans différentes parties de l’organisme.

Dans sa nouvelle expertise consacrée à la pollution liée aux incendies de végétation, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) constate une augmentation de la morbidité et de la mortalité liées aux maladies respiratoires et cardiovasculaires lors des expositions importantes.

Les particules fines représentent également l’un des principaux dangers de la pollution atmosphérique quotidienne, comme l’explique notre article sur les effets de la pollution de l’air sur la santé.

Quels symptômes les fumées peuvent-elles provoquer ?

Une exposition relativement courte peut entraîner :

  • des yeux rouges, irrités ou larmoyants ;
  • une irritation du nez et de la gorge ;
  • une toux sèche ;
  • une respiration sifflante ;
  • des maux de tête ;
  • des nausées ;
  • une fatigue inhabituelle ;
  • une sensation d’oppression ;
  • un essoufflement.

Ces manifestations diminuent généralement lorsque l’exposition cesse. Mais chez les personnes fragiles ou fortement exposées, les fumées peuvent déclencher une crise d’asthme, aggraver une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou provoquer une décompensation cardiovasculaire.

Les passages aux urgences et les hospitalisations pour asthme et autres maladies respiratoires augmentent régulièrement lors des épisodes intenses de fumée.

Une difficulté importante à respirer, une douleur dans la poitrine, un malaise ou une confusion nécessitent d’appeler le 15 ou le 112.

Qui doit être particulièrement vigilant ?

Les fumées d’incendie peuvent incommoder tout le monde, mais certaines personnes sont plus vulnérables :

  • les nourrissons et les jeunes enfants ;
  • les femmes enceintes ;
  • les personnes âgées ;
  • les personnes asthmatiques ;
  • les personnes atteintes d’une maladie pulmonaire ;
  • les personnes souffrant d’une maladie cardiovasculaire ;
  • les personnes immunodéprimées ;
  • les travailleurs exerçant à l’extérieur ;
  • les sportifs ;
  • les pompiers et professionnels directement exposés.

Les enfants respirent proportionnellement davantage d’air que les adultes et leurs poumons sont encore en développement. Les personnes enceintes doivent également limiter leur exposition aux fortes concentrations de particules.

Les fumées des incendies en Gironde peuvent-elles atteindre Bordeaux ou Paris ?

Oui. La distance ne suffit pas à écarter le danger : tout dépend de la hauteur du panache, de l’intensité du feu, de la température et de la direction des vents.

En juillet 2022, les fumées des incendies de Gironde avaient traversé une partie de la France et provoqué une augmentation des particules jusque dans la région parisienne.

En 2026, Atmo Nouvelle-Aquitaine surveille de nouveau une possible rotation des vents susceptible de pousser les panaches vers Bordeaux et l’intérieur des terres.

La pollution peut être présente même si le ciel ne devient pas complètement gris. À l’inverse, une légère odeur de brûlé ne signifie pas nécessairement que les seuils réglementaires sont dépassés. Seules les mesures de qualité de l’air permettent d’évaluer réellement la situation.

Comment se protéger des fumées des feux de forêt ?

Fermer les fenêtres pendant le passage du panache

Si l’air sent fortement la fumée, si des cendres tombent ou si une alerte pollution est déclenchée, fermez portes et fenêtres. Aérez lorsque le panache se sera éloigné et que la qualité de l’air extérieur se sera améliorée.

En période de forte chaleur, cette recommandation peut devenir difficile à appliquer. Si le logement surchauffe alors que l’air extérieur reste très pollué, essayez de rejoindre un endroit plus frais dont l’air est filtré : bibliothèque, cinéma, centre commercial ou autre lieu climatisé.

Retrouvez également nos conseils pour protéger son logement et sa santé pendant les fortes chaleurs.

Faut-il couper la ventilation mécanique contrôlée ?

Lorsque des fumées denses pénètrent dans le logement par les aérations, les autorités sanitaires recommandent de boucher provisoirement les entrées d’air avec des linges humides et d’arrêter momentanément la ventilation mécanique contrôlée (VMC).

Il faut remettre la ventilation en fonctionnement et aérer dès que l’épisode est terminé afin de ne pas accumuler les polluants provenant de l’intérieur du logement.

Éviter le sport et les efforts physiques à l’extérieur

Courir, faire du vélo ou pratiquer une activité physique intense augmente la fréquence respiratoire et la quantité d’air inhalée. On absorbe alors davantage de particules fines.

Pendant le passage du panache, reportez votre séance ou entraînez-vous dans un espace intérieur correctement filtré. Les enfants ne doivent pas pratiquer d’activité sportive prolongée en plein air lorsque la qualité de l’air est fortement dégradée.

Porter un masque FFP2 ou FFP3

Un masque FFP2 ou FFP3, bien ajusté autour du nez et de la bouche, réduit l’inhalation de particules. En revanche, il ne filtre pas l’ensemble des gaz présents dans les fumées, notamment le monoxyde de carbone et certains composés organiques volatils.

Un masque chirurgical ou un simple tissu protège beaucoup moins contre les particules fines. Le linge humide conseillé par les autorités constitue surtout un geste d’urgence lorsqu’un feu approche directement d’une habitation. Il ne remplace pas un masque filtrant lors d’un épisode prolongé de pollution.

Placer la voiture en mode recyclage de l’air

Si vous devez vous déplacer dans une zone enfumée, gardez les vitres fermées et activez temporairement le recyclage de l’air de l’habitacle.

N’essayez jamais de traverser une route exposée aux flammes ou à une fumée très dense. Une voiture ne constitue pas un abri sûr face à un incendie de forêt.

Utiliser un purificateur d’air avec filtre HEPA

Un purificateur muni d’un véritable filtre HEPA peut diminuer la quantité de particules présentes dans une pièce fermée. Il doit être suffisamment puissant pour la superficie de la pièce.

Pendant un épisode intense, le filtre peut se saturer rapidement. Vérifiez son état et remplacez-le si nécessaire. Évitez les appareils qui produisent de l’ozone, car ce gaz est lui-même irritant pour les voies respiratoires.

Suivre la qualité de l’air en temps réel

Consultez l’indice de votre commune sur Atmo France ou sur le site de l’association agréée de surveillance de la qualité de l’air de votre région.

En cas d’incendie important, suivez en priorité les informations de la préfecture, de la mairie, des pompiers et de l’Agence régionale de santé (ARS).

Faut-il évacuer dès que l’on aperçoit de la fumée ?

Il ne faut pas évacuer de sa propre initiative si les voies de circulation risquent d’être coupées ou saturées. Les autorités organisent les départs en fonction de la progression du feu, des routes accessibles et de la direction des vents.

Si une évacuation est ordonnée, partez sans attendre avec :

  • vos papiers d’identité ;
  • vos médicaments et vos ordonnances ;
  • de l’eau ;
  • un téléphone et son chargeur ;
  • quelques vêtements ;
  • les affaires indispensables des enfants ;
  • le nécessaire pour les animaux.

Le ministère de la Transition écologique rappelle qu’en cas de départ de feu, il faut appeler le 18 ou le 112 et donner une localisation aussi précise que possible.

Les chiens et les chats souffrent-ils également des fumées ?

Oui. Les animaux respirent les mêmes particules que nous. Pendant un épisode enfumé, faites-les entrer, gardez les fenêtres fermées et limitez les sorties au strict nécessaire.

Évitez les jeux, les courses et les longues promenades. Une toux persistante, une respiration rapide, un abattement ou une difficulté respiratoire justifient de contacter un vétérinaire.

Lors d’une évacuation, n’abandonnez jamais un animal dans le logement en pensant revenir quelques heures plus tard. La progression d’un incendie reste imprévisible.

Que faire en rentrant dans un logement exposé aux cendres ?

Attendez l’autorisation des autorités avant de regagner votre domicile.

À votre retour :

  • aérez lorsque l’air extérieur est redevenu correct ;
  • portez un masque FFP2 ou FFP3 pendant le nettoyage ;
  • humidifiez les surfaces pour ne pas remettre les particules en suspension ;
  • ne balayez pas les cendres à sec ;
  • n’utilisez pas de souffleur ;
  • lavez les vêtements, les draps et les textiles exposés ;
  • nettoyez ou remplacez les filtres de ventilation et du purificateur ;
  • lavez soigneusement les fruits et légumes du jardin ;
  • suivez les recommandations locales concernant l’eau potable.

Si des maisons, des véhicules, des installations électriques ou des produits chimiques ont brûlé à proximité, les cendres peuvent contenir d’autres contaminants que ceux provenant de la végétation.

Quelle est la cause de l’incendie de Saumos en Gironde ?

La piste accidentelle est actuellement privilégiée. Un chantier de débroussaillage réalisé à proximité d’une ligne électrique pour le compte d’Enedis pourrait être à l’origine du départ de feu.

Enedis a confirmé qu’une entreprise prestataire intervenait sur place le 22 juillet, mais l’origine exacte de l’incendie n’est pas encore officiellement établie. Une enquête a été ouverte pour déterminer précisément les circonstances du départ de feu.

Plus généralement, selon Service-Public, neuf feux de forêt sur dix sont d’origine humaine, volontaire ou accidentelle : mégot, barbecue, travaux produisant des étincelles, activité agricole, véhicule ou incendie de poubelle.

Pourquoi les feux de forêt deviennent-ils plus violents ?

La chaleur, la sécheresse, le vent et une végétation desséchée forment un mélange extrêmement favorable à la propagation des flammes.

Le changement climatique allonge progressivement la saison des incendies et expose des régions autrefois moins touchées. Des arbres fragilisés ou morts à cause de la sécheresse deviennent un combustible particulièrement inflammable.

Avant toute activité à proximité d’un massif, consultez la Météo des forêts et respectez les interdictions locales d’accès, de travaux ou de barbecue.

FAQ sur les incendies en Gironde et leurs fumées

Les fumées d’incendie sont-elles toxiques ?

Elles contiennent des particules fines et différents gaz susceptibles d’irriter les yeux, la gorge et les voies respiratoires. Leur composition devient encore plus complexe lorsque des maisons, des voitures ou des matières plastiques brûlent.

Un masque FFP2 protège-t-il des fumées ?

Il diminue l’inhalation des particules s’il est bien ajusté. Il ne protège cependant pas contre tous les gaz et ne permet pas de rester volontairement dans une zone fortement enfumée.

Faut-il fermer ses fenêtres loin de l’incendie ?

Oui, si le panache atteint votre secteur, si des cendres tombent ou si une alerte pollution est déclenchée. La distance seule ne permet pas de connaître l’exposition.

Peut-on utiliser la climatisation ?

Oui, si elle fonctionne en recyclage de l’air intérieur et n’aspire pas l’air enfumé de l’extérieur. Fermez l’arrivée d’air extérieur lorsque l’appareil le permet et vérifiez régulièrement les filtres.

Peut-on faire du sport quand le ciel est enfumé ?

Mieux vaut reporter les efforts intenses. L’activité physique augmente la quantité d’air et de particules inhalées.

Une odeur de brûlé signifie-t-elle que l’air est dangereux ?

Elle indique que des composés issus de l’incendie atteignent votre secteur, mais elle ne permet pas de mesurer leur concentration. Consultez l’indice Atmo et les alertes locales.

Les fumées de Gironde peuvent-elles atteindre Paris ?

Oui, si les vents et les conditions atmosphériques transportent le panache vers le nord. Ce phénomène s’était déjà produit pendant les incendies de Gironde de 2022.

Où suivre les incendies en Gironde ?

Consultez les communiqués de la préfecture de la Gironde, Atmo Nouvelle-Aquitaine, Météo-France, les services d’incendie et de secours et les informations des communes concernées.

 

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