Comment-l-iindustrie-pharmaceutique-invente-des-maladies-sanetcoolFaut-il se faire dépister contre le cancer? Quand savoir si notre tension artérielle est bonne? Que penser des nouveaux médicaments prescrits à tout va? Dans son ouvrage La fabrique de malades, le Docteur Sauveur Boukris, nous explique comme l’industrie pharmaceutique invente des maladies. En voici les bonnes feuilles.

 

 

Tumeurs ou cancers?


« Durant des années, le monde médical a insisté sur l’importance de la prévention, du dépistage, de la détection précoce de certaines maladies en répétant ce refrain : plus tôt vous traitez, plus tôt vous guérissez. On aimerait donner raison à ce dogme; malheureusement, la réalité est différente. Le dépistage permet de repérer de nombreuses petites tumeurs, qui n’auraient jamais entraîné d’inconvénients si elles n’avaient pas été diagnostiquées comme « cancers » par une biopsie. La comparaison de populations visées par des campagnes de dépistage et de populations qui ne l’étaient pas a mis en évidence le problème du sur-diagnostic : des tumeurs qui ont été qualifiées de cancéreuses après un examen au microscope n’auraient pas évolué; elles auraient peut être même régressé spontanément. »

Médicament miracle


« Le scénario est souvent identique : à partir d’éléments statistiques, on met en valeur une pathologie (si possible chronique et dont la solution est médicamenteuse), puis on mobilise les leaders d’opinion (chefs de service, experts, etc.) qui évoquent le problème en citant les chiffres, en racontant des histoires de patients et, en dernier lieu, on sort le médicament « miracle » qui va soigner le trouble en question; les médias se mobilisent pour faire de la mousse, des pages de rédactionnel sont publiées et les médecins contribuent à accentuer cette tendance à la surmédicalisation, source de revenus supplémentaires. »

 

 

Une tension variable


« Dans les années 70, le professeur Milliez disait avec bon sens que la tension normale a pour second chiffre la décennie du sujet : 17 à 70 ans ou 18 à 80 ans, etc. Puis, à partir de 1995, les sociétés savantes ont recommandé de traiter lorsque les chiffres étaient supérieurs à 16; en dessous, la surveillance s’imposait et le régime sans sel était recommandé. Au début des années 2000, l’American College of Cardiology conseille de traiter à 14; à chaque point de baisse, ce sont des millions de patients qui sont étiquetés comme hypertendus et qui doivent suivre un traitement à vie. C’est une contrainte pour les malades et une rente pour les firmes pharmaceutiques. Voilà comment le marché mondial de l’hypertension artérielle a été multiplié par dix en trente ans. »

A lire :

La fabrique de malades, Docteur Sauveur Boukris- Éditions du Cherche-Midi

S.C.