CMV et grossesse : ce virus invisible peut-il rendre un bébé sourd ? Découvrez le nouveau protocole de dépistage de la HAS.

 

CMV et grossesse : la Haute Autorité de santé publie, ce 4 août 2026, un nouveau protocole pour protéger les bébés d’un virus extrêmement courant mais presque toujours invisible. Contracté juste avant la conception ou pendant le premier trimestre, le cytomégalovirus (CMV) peut provoquer une perte auditive, des troubles neurologiques ou des troubles du développement chez l’enfant. Dépistage, prises de sang toutes les quatre semaines, valaciclovir, amniocentèse : voici ce qui change pour les femmes enceintes.

 

CMV et grossesse : ce qui change avec la HAS en 2026

Près d’une personne sur deux en France a déjà rencontré le cytomégalovirus, souvent sans le savoir. Chez l’adulte en bonne santé, cette infection est généralement bénigne et ne provoque aucun symptôme, ou seulement des signes peu caractéristiques comme de la fatigue, de la fièvre ou des courbatures.

Mais l’association CMV et grossesse nécessite une attention particulière. Si une femme contracte le virus dans les deux mois précédant la conception ou pendant le premier trimestre, le CMV peut traverser le placenta et infecter le fœtus.

Les conséquences possibles pour l’enfant sont notamment :

  • une perte auditive, touchant une seule oreille ou les deux ;
  • des troubles neurologiques ;
  • des troubles du neurodéveloppement ;
  • des problèmes d’équilibre ;
  • plus rarement, des atteintes fœtales graves.

Selon la HAS, l’infection congénitale à CMV concerne environ 0,4 % des naissances et représente la première cause de handicap congénital d’origine infectieuse.

Il faut néanmoins le rappeler : une infection maternelle ne signifie pas automatiquement que le virus sera transmis au bébé, ni que celui-ci présentera des séquelles.

Un nouveau protocole officiel publié le 4 août 2026

En juin 2025, la HAS s’était déjà prononcée en faveur d’un dépistage systématique du CMV au premier trimestre de la grossesse chez les femmes séronégatives ou dont le statut sérologique était inconnu.

La véritable nouveauté du 4 août 2026 concerne la suite : la HAS définit désormais précisément quand effectuer les prises de sang, comment interpréter les résultats et quelle prise en charge proposer en cas de primo-infection.

« Réduire les risques de transmission au futur bébé. » — Haute Autorité de santé

Ces nouvelles recommandations doivent permettre d’éviter les différences de prise en charge entre les femmes et les territoires.

Qui doit effectuer un dépistage du CMV ?

La sérologie du cytomégalovirus (CMV) est recommandée aux femmes :

  • qui ont un projet de grossesse et ignorent leur statut sérologique ;
  • qui suivent un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ;
  • qui sont enceintes et n’ont jamais été dépistées ;
  • dont une précédente sérologie était négative.

Cette prise de sang recherche deux types d’anticorps dirigés contre le virus : les immunoglobulines G (IgG) et les immunoglobulines M (IgM).

Le dépistage doit idéalement être effectué avant la conception. S’il n’a pas été réalisé auparavant, il doit l’être le plus tôt possible pendant la grossesse et impérativement avant 14 semaines d’aménorrhée (SA).

Une prise de sang toutes les quatre semaines pour certaines femmes

Lorsqu’une première sérologie est négative — IgM négatives et IgG négatives — cela signifie que la femme n’a jamais été infectée par le CMV.

Elle reste donc susceptible de contracter le virus. La HAS recommande alors :

  • une nouvelle sérologie dès le début de la grossesse ;
  • un contrôle toutes les quatre semaines pendant le premier trimestre ;
  • une dernière prise de sang entre 13 SA et 14 SA ;
  • si possible, la réalisation de tous les contrôles dans le même laboratoire.

Attention : ces prises de sang répétées ne concernent pas toutes les femmes enceintes. Elles sont destinées uniquement aux femmes séronégatives, c’est-à-dire n’ayant jamais rencontré le CMV.

Pourquoi le dépistage du CMV s’arrête-t-il après 14 SA ?

Selon la HAS, si aucun dépistage n’a été effectué avant 14 semaines d’aménorrhée, il n’est plus pertinent de le commencer après cette date.

Le risque de séquelles graves pour le bébé est principalement associé à une infection contractée pendant les deux mois précédant la grossesse ou au cours du premier trimestre.

Cela ne signifie pas que la transmission du virus devient impossible après 14 SA. En revanche, la HAS estime que le risque de séquelles lorsque l’infection est contractée au-delà du premier trimestre est quasi nul.

Que signifie une sérologie CMV positive ?

Une sérologie présentant des IgG positives et des IgM négatives indique généralement une infection ancienne. La femme a déjà été exposée au cytomégalovirus.

Dans cette situation, la HAS ne recommande pas de surveillance sérologique supplémentaire pendant la grossesse. Il n’existe actuellement aucun test biologique capable de dépister de manière suffisamment fiable une réinfection ou une réactivation du CMV.

Lorsque les résultats font suspecter une infection récente, des examens complémentaires et parfois une seconde prise de sang sont nécessaires pour dater la primo-infection.

Si une infection récente est confirmée avant la conception, le projet de grossesse doit être reporté de deux mois.

Primo-infection pendant la grossesse : une consultation dédiée rapidement

La découverte d’une primo-infection au CMV dans les deux mois précédant la grossesse ou pendant le premier trimestre doit conduire à l’organisation rapide d’une consultation spécifique.

Cette consultation permet :

  • d’expliquer les risques réels pour le fœtus ;
  • de répondre aux questions de la femme ou du couple ;
  • d’éviter les conclusions alarmistes à partir d’un seul résultat biologique ;
  • de discuter du traitement antiviral ;
  • d’organiser le suivi de la grossesse ;
  • d’orienter la patiente vers une équipe spécialisée.

Le médecin ou la sage-femme assurant le suivi doit se rapprocher d’un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) ou d’une équipe possédant une expertise particulière du CMV pendant la grossesse.

La décision doit être prise avec la femme enceinte après une information complète sur les bénéfices, les risques et les incertitudes de chaque option.

Valaciclovir : un traitement antiviral commencé le plus tôt possible

En cas de primo-infection récente confirmée, la HAS recommande de proposer rapidement un traitement antiviral par valaciclovir.

Ce médicament vise à limiter la transmission du virus de la mère au fœtus et, par conséquent, à réduire le risque de séquelles chez l’enfant.

Son efficacité est meilleure lorsqu’il est commencé précocement pendant le premier trimestre.

Les données actuellement disponibles ne montrent pas de signal indiquant que le valaciclovir provoquerait des malformations fœtales. Une surveillance médicale reste toutefois indispensable, notamment en raison d’un possible risque d’effets indésirables rénaux.

Le valaciclovir ne possède pas encore d’autorisation de mise sur le marché (AMM) spécifique pour cette indication. Un cadre de prescription compassionnelle est en cours de préparation par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

La HAS souhaite également qu’à terme les sage-femmes puissent prescrire ce traitement, afin de raccourcir le délai entre le diagnostic et son commencement. Cette possibilité n’est donc pas encore effective.

Une amniocentèse proposée à partir de 18 semaines d’aménorrhée

Chez les femmes ayant présenté une primo-infection, la HAS recommande de proposer une amniocentèse à partir de 18 SA.

Cet examen consiste à prélever une petite quantité de liquide amniotique afin de rechercher la présence du CMV chez le fœtus.

Avant de prendre sa décision, la future mère doit recevoir une information claire concernant les bénéfices de l’examen, ses limites et les risques associés au prélèvement.

Si l’amniocentèse est négative

Un résultat négatif signifie que le virus n’a pas été retrouvé dans le liquide amniotique.

La HAS recommande alors :

  • d’arrêter le traitement par valaciclovir ;
  • de reprendre un suivi obstétrical classique.

Si l’amniocentèse est positive

Un résultat positif indique que le virus a été transmis au fœtus. Cela ne permet toutefois pas, à lui seul, de connaître la gravité d’une éventuelle atteinte.

La grossesse doit alors faire l’objet d’un suivi spécialisé avec un CPDPN, comprenant notamment une surveillance échographique adaptée.

Comment éviter d’attraper le CMV pendant la grossesse ?

Le CMV se transmet par les liquides biologiques : salive, urine, larmes, sécrétions nasales ou sexuelles.

Les jeunes enfants constituent une source fréquente de contamination, particulièrement lorsqu’ils sont accueillis en crèche ou en collectivité.

La prévention repose sur quelques précautions simples :

  • se laver soigneusement les mains après avoir changé un enfant ou l’avoir aidé aux toilettes ;
  • ne pas partager ses couverts, son verre ou sa bouteille ;
  • ne pas terminer les repas d’un jeune enfant avec sa cuillère ;
  • ne pas partager une brosse à dents ;
  • éviter les baisers sur la bouche ;
  • ne pas mettre à sa bouche une tétine ou un objet couvert de salive ;
  • nettoyer régulièrement les jouets et les surfaces souillées ;
  • utiliser des serviettes de toilette distinctes.

Ces gestes concernent également le co-parent. Ils doivent être particulièrement respectés par les personnes travaillant en crèche, en halte-garderie ou comme assistantes maternelles.

Une infection ancienne ne protège pas totalement d’une nouvelle infection. Les mesures d’hygiène restent donc recommandées à toutes les femmes enceintes, y compris celles ayant déjà des anticorps contre le CMV.

Le dépistage du CMV est-il obligatoire pendant la grossesse ?

Non. La HAS recommande un dépistage systématique chez les femmes séronégatives ou dont le statut est inconnu, mais systématique ne signifie pas obligatoire.

La future mère doit recevoir une information compréhensible sur l’intérêt du test, ses limites et les conséquences possibles de ses résultats. Comme pour tout examen médical, son consentement reste indispensable.

Le dispositif doit par ailleurs être réévalué après trois années de mise en œuvre, car des incertitudes persistent concernant l’efficacité à long terme du dépistage et du traitement.

CMV et grossesse : ce qu’il faut retenir

Le cytomégalovirus pendant la grossesse est un sujet encore largement méconnu, alors que l’infection est extrêmement fréquente et généralement invisible.

Les nouvelles recommandations de la HAS établissent désormais un parcours précis :

  • dépistage avant la grossesse ou avant 14 SA ;
  • sérologie toutes les quatre semaines chez les femmes séronégatives ;
  • prise en charge rapide d’une primo-infection ;
  • traitement précoce par valaciclovir ;
  • amniocentèse proposée à partir de 18 SA ;
  • suivi spécialisé si le fœtus est infecté.

Cette prise en charge ne permet pas de supprimer tous les risques. Elle doit cependant améliorer la détection des infections précoces et réduire le risque de transmission du CMV au futur bébé.

Sophie Madoun

Sources :

Haute Autorité de santé — Dépistage du cytomégalovirus au premier trimestre de la grossesse : prise en charge et suivi, 4 août 2026

Haute Autorité de santé — Recommandation sur le dépistage systématique du CMV, juin 2025