Après les sérums, les acides exfoliants et le double nettoyage du visage, l’industrie de la beauté s’attaque à une nouvelle parcelle de peau : notre cuir chevelu. Avec sa gamme Hair Rejuvenic, Carita pousse la “skinification” des cheveux dans sa version la plus luxueuse. Au programme : deux shampoings, de l’or 24 carats issu d’une microalgue, un masque, une huile et une routine complète à 290 euros. Mais que recouvrent réellement ces promesses spectaculaires ?

Votre salle de bains n’en avait peut-être pas encore assez. Après les nettoyants, lotions, essences, sérums et crèmes destinés au visage, voici que les mêmes gestes et les mêmes actifs remontent jusqu’à la racine des cheveux.

Cette tendance porte un nom : la skinification du cuir chevelu. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de laver ses cheveux, mais de traiter le cuir chevelu comme une peau à part entière, avec un diagnostic, une exfoliation, des actifs ciblés et parfois plusieurs étapes de nettoyage.

En 2026, Carita s’engouffre à son tour dans cette tendance avec Hair Rejuvenic, une gamme de quatre produits dont les prix cumulés atteignent très exactement 290 euros.

Quand le soin du visage monte à la tête

Pour Carita, ce retour aux cheveux n’est pas totalement artificiel. Les sœurs Rosy et Maria Carita ont commencé leur histoire dans la coiffure en 1945, avant d’étendre leur activité aux soins de la peau à partir de 1952.

Elles résumaient leur vision par une formule restée célèbre : « Les cheveux sont le point d’exclamation d’une silhouette. »

La nouvelle gamme reprend aujourd’hui cet héritage en appliquant aux cheveux les codes du soin visage haut de gamme : acides exfoliants, actif biotechnologique, masque ciblé, huile de finition et parfum travaillé avec une créatrice de fragrances.

L’objectif affiché n’est plus simplement d’obtenir des cheveux propres, mais un cuir chevelu débarrassé du sébum et des résidus de produits coiffants, des cuticules plus lisses et une fibre capable de mieux réfléchir la lumière.

Car derrière les grands mots de « régénération » et de « détoxification », la promesse recherchée reste très concrète : des cheveux plus brillants, plus souples et moins sujets aux frisottis.

Deux shampoings à la suite : est-ce vraiment nécessaire ?

La gamme comporte non pas un, mais deux shampoings à 60 euros chacun. Carita propose de choisir celui qui correspond à ses besoins ou de les utiliser successivement, selon le principe du double nettoyage déjà populaire pour le visage.

Le premier, appelé Shampooing Éclat Anti-Gravité, cible les cuirs chevelus sujets à l’excès de sébum et les cheveux alourdis par les résidus de produits. Sa formule contient notamment 1,5 % d’acide salicylique et 4 % d’acides alpha-hydroxylés (AHA).

Ces actifs exfoliants sont utilisés pour favoriser l’élimination des cellules mortes et des dépôts accumulés à la surface de la peau. Dans ce shampoing à rincer, ils ont surtout pour fonction de nettoyer plus intensément le cuir chevelu et de redonner du volume aux racines.

Le second, le Shampooing Réparateur Éclat, vise les cheveux secs ou abîmés. Il associe de la glycérine, un polymère destiné à limiter la sécheresse et une technologie de « co-émulsion » censée déposer les ingrédients de manière plus ciblée sur les zones endommagées de la fibre.

Le double shampoing n’est toutefois pas présenté comme une obligation. La marque laisse elle-même la possibilité de n’en utiliser qu’un. Accumuler les étapes n’a donc pas forcément d’intérêt lorsque les cheveux sont peu exposés aux produits coiffants, que le cuir chevelu est déjà confortable ou qu’un seul lavage suffit.

De l’or 24 carats dans les cheveux… mais sous quelle forme ?

L’ingrédient vedette de Hair Rejuvenic porte un nom taillé pour les vitrines des grands magasins : 24K Biotech Gold.

Il est obtenu à partir de Tetraselmis suecica, une microalgue méditerranéenne capable, selon Carita, d’accumuler des particules d’or pur à l’intérieur de ses cellules. Cet actif était déjà utilisé dans les soins du visage de la maison. Il est désormais intégré aux quatre produits capillaires.

La marque lui attribue des propriétés antioxydantes et régénérantes. Appliqué sur le cuir chevelu, il contribuerait à renforcer la barrière cutanée et à améliorer la protection du cheveu dès la racine.

Mais il faut regarder la nature des preuves. Les effets biologiques mis en avant reposent notamment sur des tests in vitro, réalisés sur des kératinocytes et des follicules pileux en laboratoire. Ces résultats peuvent constituer une première indication, mais ils ne prouvent pas à eux seuls que le produit fini produira le même effet sur le cuir chevelu d’une personne dans la vie réelle.

La Commission européenne rappelle d’ailleurs que les résultats d’un test cosmétique ne doivent pas être extrapolés au-delà de ce que la méthode permet réellement de conclure. Les tests in vitro doivent notamment être représentatifs d’un effet réel et, lorsque cela est nécessaire, être confirmés sur l’être humain.

La quantité exacte d’or contenue dans les produits n’est par ailleurs pas précisée dans les informations fournies. Le consommateur achète donc avant tout une formule cosmétique enrichie d’un actif issu d’une microalgue, et non l’équivalent capillaire d’un lingot.

Des chiffres impressionnants… à lire avec précaution

Les performances annoncées ont de quoi faire tourner les têtes. Mais elles mélangent des mesures instrumentales, réalisées avec des appareils dans des conditions définies, et des appréciations exprimées par des utilisatrices.

Produit Principales promesses communiquées par Carita Prix
Shampooing Éclat Anti-Gravité, 250 ml 48 heures de contrôle du sébum, jusqu’à 106 % de volume supplémentaire après séchage et 85 % des testeuses déclarant leurs cheveux plus brillants 60 €
Shampooing Réparateur Éclat, 250 ml 67 % de brillance immédiate supplémentaire, cheveux dix fois plus résistants et réparation présentée comme équivalente à un an de dommages 60 €
Masque Restructurant Light-Fusion, 190 ml 48 % de brillance supplémentaire, 100 heures de discipline et 85,9 % des testeuses jugeant le résultat comparable à un soin professionnel 90 €
Huile Lumino-Protectrice, 50 ml 83 % de brillance immédiate supplémentaire, 99 % de casse en moins, 100 heures de contrôle des frisottis et protection contre la chaleur jusqu’à 230 °C 80 €

Ces chiffres sont attribués par la marque à des tests instrumentaux, cliniques ou réalisés auprès de consommatrices. Cependant, les documents disponibles ne précisent pas systématiquement le nombre de participantes, la durée des essais ni les conditions exactes dans lesquelles chaque résultat a été obtenu.

Une affirmation comme « un an de dommages réparés » est donc très accrocheuse, mais elle ne signifie pas qu’un cheveu retrouve biologiquement son état d’origine. Elle décrit une amélioration cosmétique de sa résistance, de sa surface ou de son apparence dans les conditions du test.

De même, une augmentation de la brillance indique que la fibre réfléchit davantage la lumière. Ce résultat peut être obtenu en lissant les cuticules ou en déposant un film à la surface du cheveu, sans pour autant démontrer une « régénération » profonde.

Une routine maison au même prix qu’un soin de 90 minutes

Gamme Carita Hair Rejuvenic composée de deux shampoings, d’un masque et d’une huile

Deux shampoings, un masque et une huile : la routine Hair Rejuvenic complète est annoncée à 290 euros. © Carita

Additionnez les deux shampoings, le masque et l’huile : la routine Hair Rejuvenic complète coûte 290 euros.

Hasard particulièrement parlant, c’est aussi le prix du nouveau Soin Régénérant Brillance proposé pendant 1 h 30 à la Maison de Beauté Carita, au 11, rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris.

Ce protocole professionnel comprend un diagnostic du cuir chevelu et de la fibre, une exfoliation, plus de vingt gestes de massage, l’application d’une ampoule contenant l’actif à l’or, un passage sous un casque à diodes électroluminescentes (LED), la pose du masque mèche par mèche et un coiffage.

La maison propose également son Head Spa Mythique à 250 euros pour 1 h 20. Ce soin conserve notamment le rituel historique des cent coups de brosse, un massage du décolleté et du cuir chevelu, une exfoliation, un shampoing et un masque.

À ce niveau de prix, on ne paie évidemment pas uniquement les ingrédients. Le parfum « Fleur de cognac », créé avec la parfumeuse Caroline Dumur, les textures, les flacons noirs, l’histoire de la maison et l’expérience sensorielle participent pleinement au positionnement.

Alors, révolution capillaire ou très beau marketing ?

Hair Rejuvenic illustre parfaitement la nouvelle direction prise par la beauté : chaque zone du corps devient le terrain d’une routine toujours plus précise, plus technique et souvent plus coûteuse.

L’idée de s’intéresser au cuir chevelu n’a rien d’absurde. Sébum, cellules mortes, pollution et produits coiffants peuvent s’y accumuler. Choisir son shampoing en fonction de l’état du cuir chevelu plutôt que de se concentrer uniquement sur les longueurs est même assez logique.

En revanche, ni le double nettoyage ni l’accumulation de produits ne sont indispensables à tout le monde. Quant à l’or biotechnologique, son nom fait rêver, mais les éléments communiqués ne permettent pas d’affirmer qu’il serait plus efficace qu’une formule capillaire bien conçue sans particules d’or.

Cette gamme doit donc être regardée pour ce qu’elle est : une proposition de soin capillaire de grand luxe, élaborée pour apporter de la brillance, du plaisir et une expérience proche de celle d’un salon. Pas un traitement médical de la chute des cheveux ni une garantie de transformation durable.

Et c’est peut-être cela, la véritable nouveauté : après avoir appris à consacrer dix minutes à notre visage, l’industrie de la beauté aimerait désormais que nous accordions le même temps — et presque le même budget — à notre cuir chevelu.

Prix et résultats de tests communiqués par Carita en juillet 2026. Les performances peuvent varier selon la nature et l’état des cheveux.

 

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Sophie Madoun