Et si vos mains devenaient votre premier réflexe lorsque la chaleur monte, que l’irritabilité déborde ou que le sommeil refuse de venir ? Le Jin Shin Jyutsu, une pratique japonaise douce proche de l’acupression, revient sur le devant de la scène avec un livre entièrement consacré à la périménopause et à la ménopause. Que se passe-t-il réellement dans le corps ? Peut-il agir sur les bouffées de chaleur, le stress, les insomnies ou la prise de poids ? Voici ce qu’il faut comprendre avant de se lancer.

La scène est familière à des millions de femmes : une vague de chaleur surgit sans prévenir, le visage rougit, le cœur accélère, la transpiration apparaît. La nuit suivante, une sueur nocturne interrompt encore le sommeil. Au fil des semaines, la fatigue s’installe, la patience fond et le poids semble se déplacer vers le ventre sans que les habitudes aient forcément changé.

Face à cette cascade de symptômes, une méthode longtemps restée confidentielle intrigue de plus en plus : le Jin Shin Jyutsu, parfois présenté comme une forme d’acupression japonaise sans aiguilles. Son principe paraît presque trop simple : poser doucement les mains sur certaines zones du corps ou tenir successivement ses doigts afin de favoriser le relâchement.

Le sujet arrive au bon moment. Le 24 septembre 2026, la praticienne et formatrice Sophie Brunel publie aux éditions Trédaniel Ma ménopause avec le Jin Shin Jyutsu – 45 rituels d’acupressure pour me soulager. Ce guide de 176 pages, vendu 18 euros, propose des pratiques pas à pas, des raccourcis par les mains et un tableau de solutions classées par symptôme. Une parution qui met en lumière une question très concrète : que peut vraiment apporter le Jin Shin Jyutsu pendant la ménopause ? 

Le Jin Shin Jyutsu, c’est quoi exactement ?

Le Jin Shin Jyutsu est une pratique manuelle japonaise remise en forme au début du XXe siècle par Jiro Murai, puis transmise en Occident par son élève Mary Burmeister dans les années 1950.

La méthode part d’une vision énergétique du corps. Selon ses principes, l’énergie vitale circule à travers différents trajets. Le stress, les émotions, la fatigue ou la maladie créeraient des tensions et des blocages. Pour rétablir une circulation plus harmonieuse, le praticien pose ses mains sur deux zones précises parmi 26 « verrous de sauvegarde de l’énergie ».

Contrairement au massage, il ne pétrit pas les muscles. Contrairement au shiatsu, il n’exerce pas de pression appuyée. Et contrairement à l’acupuncture, il n’utilise aucune aiguille. La personne reste habillée, généralement allongée sur le dos, pendant que les mains sont maintenues plusieurs minutes sur différentes parties du corps. Une séance dure souvent environ une heure, mais la méthode comprend aussi des gestes d’auto-aide réalisables chez soi en quelques minutes.

Il faut néanmoins distinguer deux langages. Les méridiens, les flux énergétiques et les « verrous » appartiennent au modèle traditionnel du Jin Shin Jyutsu. Ce ne sont pas des structures anatomiques visibles comme un nerf, un muscle ou un vaisseau sanguin. La médecine scientifique ne peut donc pas affirmer qu’un point précis « débloque » un organe ou relance la production d’hormones.

Que fait le Jin Shin Jyutsu dans le corps ?

Sur le plan scientifique, le mécanisme propre au Jin Shin Jyutsu n’est pas démontré. En revanche, plusieurs éléments de la pratique peuvent favoriser un état de relaxation : le toucher léger, l’immobilité, la respiration calme, la diminution des stimulations et l’attention portée aux sensations corporelles.

Lorsque nous sommes stressés, le système nerveux sympathique prépare l’organisme à réagir : le rythme cardiaque et la vigilance augmentent, la respiration devient plus rapide et les muscles se tendent.

À l’inverse, une phase de repos peut favoriser la réponse de relaxation : la respiration ralentit, le cœur bat moins vite et la tension musculaire diminue. Le National Center for Complementary and Integrative Health décrit cette réponse comme l’opposé physiologique de la réaction de stress. NCCIH.

Le Jin Shin Jyutsu pourrait donc agir avant tout comme un rituel corps-esprit permettant de sortir momentanément de l’hypervigilance. Le contact des mains devient un point d’ancrage, la respiration ralentit et l’attention cesse de courir d’une pensée à l’autre pour revenir au corps.

Cela ne prouve pas que la méthode « régule les hormones », « détoxifie l’organisme » ou « active le nerf vague » de façon spécifique. Ces effets nécessiteraient des études mesurant directement les hormones, le cortisol, la variabilité cardiaque ou l’activité du système nerveux autonome.

Ménopause : pourquoi le corps semble-t-il soudain se dérégler ?

La ménopause correspond à l’arrêt définitif du fonctionnement cyclique des ovaires. Elle est confirmée après douze mois consécutifs sans règles, hors autre cause. Mais les changements commencent souvent plusieurs années auparavant, pendant la périménopause, lorsque les taux d’œstrogènes et de progestérone deviennent irréguliers puis diminuent.

Ces hormones ne servent pas uniquement à la reproduction. Elles interagissent avec le cerveau, les os, les muscles, la peau, les muqueuses, le système cardiovasculaire et la répartition des graisses.

Voilà pourquoi leur fluctuation peut provoquer des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des troubles du sommeil, de la fatigue, de l’anxiété, de l’irritabilité, des difficultés de concentration, une sécheresse vaginale, des douleurs articulaires ou une modification de la silhouette.

Toutes les femmes ne vivent pas la même ménopause. Certaines ressentent peu de symptômes ; d’autres voient leur vie quotidienne, leur travail et leurs nuits profondément perturbés. Selon l’Assurance maladie, environ sept femmes sur dix connaissent des bouffées de chaleur.

Bouffées de chaleur : peut-on vraiment les calmer avec les mains ?

Une bouffée de chaleur n’est pas une simple impression. Elle implique le système de thermorégulation, c’est-à-dire le dispositif utilisé par le corps pour maintenir sa température.

Au centre de ce système se trouve l’hypothalamus, une région du cerveau qui joue le rôle de thermostat. Avec la baisse des œstrogènes, sa zone de confort thermique devient plus étroite. Une variation minime peut alors être interprétée comme une surchauffe.

Le cerveau ordonne aussitôt aux vaisseaux sanguins de la peau de se dilater et déclenche la transpiration pour évacuer la chaleur. C’est ce qui provoque la montée brûlante vers le thorax, le cou et le visage, parfois accompagnée de rougeurs, de palpitations, puis de frissons.

Le stress et les émotions peuvent favoriser certaines bouffées ou en amplifier le vécu. En aidant à ralentir la respiration et à diminuer la tension intérieure, le Jin Shin Jyutsu pourrait rendre l’épisode moins angoissant ou plus facile à traverser.

Mais aucune preuve clinique solide ne montre actuellement qu’il corrige le dérèglement de l’hypothalamus ou réduit à lui seul le nombre de symptômes vasomoteurs.

Stress, anxiété et irritabilité : là où la méthode paraît la plus cohérente

La ménopause ne transforme pas soudainement une femme en personne « difficile ». L’irritabilité, les sautes d’humeur et l’anxiété peuvent être alimentées par plusieurs phénomènes qui s’additionnent : fluctuations hormonales, nuits hachées, fatigue, charge mentale, inconfort physique et peur de ne plus reconnaître son propre corps.

Le Jin Shin Jyutsu ne peut pas supprimer toutes ces causes. Il peut néanmoins offrir une coupure sensorielle dans la journée. Tenir une zone du corps sans forcer, respirer lentement et rester immobile quelques minutes peut diminuer l’agitation immédiate.

C’est probablement sur le stress de la ménopause et le sentiment d’apaisement que la pratique présente l’hypothèse la plus cohérente. Des travaux exploratoires ont étudié le Jin Shin Jyutsu dans d’autres contextes, notamment sur le stress perçu, la douleur ou les nausées. Ils restent trop limités pour conclure à une efficacité spécifique sur l’irritabilité ou l’anxiété ménopausiques.

Insomnies et sueurs nocturnes : un rituel pour préparer le sommeil

À la ménopause, l’insomnie peut prendre plusieurs formes : difficulté à s’endormir, réveils répétés, réveil trop précoce ou impression de ne jamais récupérer.

Les sueurs nocturnes aggravent le problème en réveillant brutalement le corps. La fatigue du lendemain augmente ensuite la sensibilité au stress et l’irritabilité, créant un cercle vicieux.

Pratiqué au coucher, le Jin Shin Jyutsu peut servir de signal de transition entre l’activité et le sommeil. Les mains restent immobiles, l’expiration s’allonge et l’attention quitte progressivement les écrans et les préoccupations de la journée.

Il ne s’agit pas d’un somnifère naturel. L’intérêt possible réside dans la répétition d’un rituel apaisant qui prépare le cerveau au repos.

Si les réveils sont principalement causés par des bouffées de chaleur sévères, la relaxation seule risque toutefois de ne pas suffire. Lorsque l’insomnie devient chronique, la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie demeure l’approche non médicamenteuse de référence.

Prise de poids : le Jin Shin Jyutsu peut-il faire maigrir ?

La réponse directe est non : aucune donnée solide ne montre que le Jin Shin Jyutsu fait perdre du poids, accélère le métabolisme ou fait fondre la graisse abdominale.

La prise de poids à la ménopause est multifactorielle. La baisse des œstrogènes favorise davantage le stockage des graisses autour de l’abdomen. Dans le même temps, la masse musculaire tend à diminuer avec l’âge.

Or le muscle consomme de l’énergie, y compris au repos. Lorsqu’il diminue, les besoins énergétiques baissent. Le manque de sommeil, le stress, la réduction de l’activité physique et les changements alimentaires peuvent encore accentuer le phénomène.

Le Jin Shin Jyutsu ne peut agir, au mieux, que de manière indirecte. Une femme moins stressée et dormant mieux peut avoir moins envie de grignoter, davantage d’énergie pour bouger et plus de facilité à prendre soin d’elle. Mais cet enchaînement possible ne transforme pas la pratique en méthode minceur.

Le geste le plus simple pour découvrir le Jin Shin Jyutsu

L’un des exercices d’auto-aide les plus accessibles consiste à tenir doucement ses doigts, sans tirer ni comprimer.

  1. Installez-vous confortablement et relâchez les épaules.
  2. Entourez le pouce de votre main gauche avec les doigts de votre main droite.
  3. Gardez une pression douce et effectuez cinq respirations lentes.
  4. Faites la même chose avec l’index, le majeur, l’annulaire et l’auriculaire.
  5. Changez ensuite de main si vous en ressentez l’envie.

Dans la tradition du Jin Shin Jyutsu, chaque doigt est associé à une attitude émotionnelle :

  • le pouce aux préoccupations ;
  • l’index à la peur ;
  • le majeur à la colère ;
  • l’annulaire à la tristesse ;
  • l’auriculaire à l’effort et au besoin de paraître.

Ces associations appartiennent au système symbolique de la méthode. Elles ne constituent pas une cartographie neurologique des émotions.

L’objectif immédiat est plus simple : s’arrêter, respirer et observer si la tension diminue. Le geste ne doit provoquer ni douleur ni engourdissement. Il peut être pratiqué dans le lit, dans les transports, avant une réunion ou au début d’une bouffée de chaleur.

Que dit vraiment la science sur le Jin Shin Jyutsu et la ménopause ?

Les recherches disponibles sur le Jin Shin Jyutsu sont peu nombreuses, souvent exploratoires et consacrées à d’autres situations que la ménopause.

À ce jour, nous n’avons pas identifié d’essai clinique robuste démontrant son efficacité spécifique contre les bouffées de chaleur, les insomnies, l’irritabilité ou la prise de poids ménopausique.

Cela ne signifie pas qu’une femme ne peut ressentir aucun bienfait. Cela signifie que l’on ne sait pas encore séparer avec certitude l’effet propre des points utilisés de celui du repos, du toucher, de la respiration, de l’attention reçue, des attentes et de l’évolution naturelle des symptômes.

Pour le démontrer, il faudrait comparer un groupe pratiquant le véritable protocole à un groupe recevant un toucher neutre de même durée, puis mesurer la fréquence des bouffées, la qualité du sommeil, le niveau de stress et certains paramètres physiologiques.

Une aide complémentaire, jamais un remplacement du suivi médical

Le Jin Shin Jyutsu peut trouver une place dans une routine de bien-être à la ménopause, notamment s’il apporte du calme, aide à se réapproprier son corps ou facilite l’endormissement.

L’Assurance maladie reconnaît que la relaxation, la sophrologie ou le yoga peuvent améliorer le bien-être, tout en rappelant que ces pratiques ne réduisent pas les risques cardiovasculaires ou l’ostéoporose associés à la ménopause.

Lorsque les symptômes altèrent la qualité de vie, il est important d’en parler à un médecin, un gynécologue ou une sage-femme. Le traitement hormonal de la ménopause peut être proposé après une évaluation personnalisée des bénéfices et des risques. D’autres solutions hormonales ou non hormonales existent selon le symptôme, les antécédents et les préférences de chaque femme.

Le meilleur usage du Jin Shin Jyutsu n’est donc pas de lui demander de tout guérir. C’est de l’utiliser comme un outil complémentaire, simple et doux, pour remettre un peu de calme dans un corps qui traverse une profonde transition.

À lire : Ma ménopause avec le Jin Shin Jyutsu de Sophie Brunel

Il y a les livres sur la ménopause qui alignent les symptômes comme un inventaire médical. Et puis il y a ceux que l’on ouvre parce que, précisément, on n’a ni l’énergie ni l’envie de se lancer dans un nouveau parcours du combattant. Ma ménopause avec le Jin Shin Jyutsu appartient clairement à la seconde catégorie.

Bouffées de chaleur, insomnies, douleurs articulaires, prise de poids, fatigue, irritabilité ou montagnes russes émotionnelles : Sophie Brunel part de ce que les femmes vivent vraiment. Son idée est aussi simple qu’attirante : proposer des gestes réalisables en quelques minutes, sans matériel, simplement avec les mains.

Le grand atout du livre est son côté immédiatement pratique. Grâce aux très nombreuses photographies en couleur, les positions ne restent pas de vagues explications théoriques. Elles sont montrées. On comprend où placer ses mains, comment enchaîner les gestes et vers quel protocole se tourner selon ce que l’on ressent.

L’auteure a organisé ses 45 protocoles de Jin Shin Jyutsu autour de six flux énergétiques fondamentaux. Un tableau permet également de chercher directement une réponse par symptôme. C’est précieux les jours où l’on veut seulement savoir quoi faire lorsque la chaleur monte, que le sommeil fuit ou que les émotions débordent.

Diplômée en massage puis en naturopathie, Sophie Brunel se consacre depuis une dizaine d’années à la pratique et à l’enseignement du Jin Shin Jyutsu. En 2024, elle avait déjà contribué à faire connaître cette méthode en France avec Jin Shin Jyutsu, ma santé en 21 rituels d’acupressure. Ce nouvel ouvrage va plus loin en se concentrant entièrement sur les besoins particuliers de la périménopause et de la ménopause.

Notre avis ? Un guide clair, généreux et rassurant, que l’on peut consulter dans l’ordre ou picorer selon les jours. Il ne promet pas une ménopause miraculeusement lisse et ne remplace évidemment pas un suivi médical. Mais il redonne quelque chose de précieux lorsque le corps semble décider de tout : la possibilité d’agir, immédiatement, avec un geste doux et accessible. C’est le genre de livre que l’on laisse sur sa table de chevet plutôt que de ranger sagement dans une bibliothèque.

Ma ménopause avec le Jin Shin Jyutsu – 45 rituels d’acupressure pour me soulager, Sophie Brunel – Éditions Guy Trédaniel, 21,90 euros

 

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