À 15 ans, 36 % des élèves français ne maîtrisent pas suffisamment les mathématiques et un tiers rencontre de sérieuses difficultés en compréhension de l’écrit. Les nouveaux résultats du classement PISA 2025 sont les plus faibles jamais enregistrés par la France. Plus inquiétant encore : notre école reste profondément inégalitaire et ne parvient désormais même plus à préserver ses meilleurs élèves.

Ce n’est plus une alerte. C’est un naufrage qui se confirme.

Les résultats du classement PISA 2025, publiés ce mardi 8 septembre 2026 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), montrent une nouvelle dégringolade du niveau des élèves français de 15 ans. En mathématiques comme en compréhension de l’écrit, leurs performances n’ont jamais été aussi faibles depuis le lancement de l’enquête en 2000.

Et derrière une France qui reste officiellement proche de la moyenne des pays développés se cache une réalité bien plus inquiétante : plus d’un élève sur trois est désormais en difficulté en mathématiques, près d’un sur trois peine à comprendre un texte et seuls 5 % atteignent les meilleurs niveaux.

Mais le chiffre le plus révoltant est peut-être ailleurs. En France, le milieu social continue de peser beaucoup plus lourdement sur les résultats scolaires que dans la plupart des pays comparables. Autrement dit, malgré toutes les promesses d’égalité des chances, l’école française ne corrige toujours pas les inégalités de naissance.

PISA 2025 en France : les 7 chiffres qui font peur

  • 36 % des élèves sont en difficulté en mathématiques ;
  • seulement 5 % sont très performants ;
  • le score en maths chute de 474 à 458 points depuis 2022 ;
  • la France perd près de 20 points en dix ans, soit environ une année d’apprentissage ;
  • environ un élève sur trois est en difficulté en compréhension de l’écrit ;
  • 100 points séparent les élèves favorisés et défavorisés en sciences ;
  • 45 % des élèves sont scolarisés dans un établissement confronté à un manque d’enseignants.

 

 

 

36 % des élèves français sont en difficulté en mathématiques

En 2025, les élèves français obtiennent un score moyen de 458 points en mathématiques, contre 474 en 2022. La France a donc perdu 16 points en seulement trois ans, alors que la baisse moyenne dans les pays de l’OCDE est de 9 points.

Depuis 2015, le recul approche les 20 points, soit environ l’équivalent d’une année de scolarité perdue.

Mais une moyenne abstraite ne dit pas ce que vivent réellement les élèves. Le chiffre le plus parlant est celui-ci : 36 % des jeunes Français de 15 ans n’atteignent pas le niveau minimal attendu en mathématiques. Ils étaient déjà 29 % en 2022.

En clair, ces adolescents éprouvent des difficultés à reconnaître la manière de représenter mathématiquement une situation simple, à choisir une opération adaptée ou à utiliser leurs connaissances pour résoudre un problème de la vie quotidienne.

Cela ne signifie pas qu’ils sont incapables d’effectuer le moindre calcul. Cela signifie qu’ils ne disposent pas encore des compétences jugées indispensables pour utiliser les mathématiques de manière suffisamment autonome.

Pendant que le nombre d’élèves en difficulté augmente, l’excellence s’effondre. Seuls 5 % des élèves français atteignent les deux niveaux les plus élevés, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE. En 2003, ils étaient encore 15 %.

L’école française ne laisse donc pas seulement davantage d’enfants au bord du chemin : elle produit également de moins en moins d’élèves capables d’affronter des problèmes complexes.

En lecture aussi, la chute devient vertigineuse

Le constat est à peine moins sombre en compréhension de l’écrit. Le score français recule de 18 points depuis 2022 et de plus de 40 points en dix ans.

Environ 33 % des élèves de 15 ans se situent sous le niveau minimal en lecture. Cela ne veut pas dire qu’ils ne savent pas déchiffrer des mots. Ils peuvent lire une phrase ou un texte court, mais rencontrent davantage de difficultés lorsqu’il faut comprendre un document long, croiser plusieurs informations, distinguer un fait d’une opinion ou exercer leur esprit critique.

Or ce sont précisément ces compétences qui permettent ensuite de comprendre une consigne, un contrat, une information de santé, un programme politique ou une actualité diffusée sur les réseaux sociaux.

PISA observe également une augmentation des « lecteurs pressés » : des élèves qui parcourent trop rapidement les documents, pensent avoir compris et se trompent. Leur proportion aurait presque doublé depuis 2018.

Le problème dépasse donc largement les cours de français. Lorsque la compréhension de l’écrit s’effondre, tous les apprentissages sont touchés, des mathématiques à l’histoire en passant par les sciences.

Le scandale français : la réussite dépend toujours énormément de la famille

Voici le cœur du problème français.

En sciences, environ 100 points séparent les élèves les plus favorisés des élèves les plus défavorisés, contre 85 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. La France reste ainsi l’un des pays où l’origine sociale exerce l’influence la plus forte sur les résultats scolaires.

Les différences entre établissements sont également plus importantes : elles représentent 38 % des écarts de performance en France, contre 31 % dans l’OCDE. Ce chiffre révèle une ségrégation scolaire particulièrement forte.

Selon le quartier où il vit, l’établissement qu’il fréquente, la profession de ses parents, les ressources disponibles à la maison et l’aide que sa famille peut lui apporter, un enfant n’a manifestement pas les mêmes chances de réussir.

On nous dira pourtant que les inégalités sociales se sont légèrement réduites depuis 2015. Mais cette apparente bonne nouvelle en cache une très mauvaise : l’écart diminue en partie parce que les résultats des élèves favorisés baissent eux aussi, et non parce que les élèves défavorisés rattrapent réellement leur retard.

L’école française ne devient donc pas forcément plus égalitaire. Elle tire désormais presque tout le monde vers le bas.

Seconde générale et lycée professionnel : deux France qui ne se rencontrent plus

La moyenne nationale masque également une fracture spectaculaire entre les filières.

Les élèves scolarisés en seconde générale et technologique, qui représentent environ 65 % des jeunes Français évalués, obtiennent des résultats comparables à ceux des pays européens les plus performants.

À l’autre extrémité, les élèves de seconde professionnelle, environ 20 % de l’échantillon, affichent des performances proches de celles des systèmes éducatifs les moins bien classés.

Ces résultats ne disent évidemment pas que les élèves des lycées professionnels seraient moins intelligents. Ils montrent que les difficultés scolaires, sociales et parfois familiales se sont souvent accumulées bien avant leur orientation.

À 15 ans, le tri a déjà eu lieu.

D’un côté, les adolescents qui disposent des acquis nécessaires poursuivent généralement en voie générale. De l’autre, ceux qui ont rencontré des difficultés pendant des années se retrouvent davantage orientés vers la voie professionnelle, parfois sans l’avoir véritablement choisie.

Le classement PISA 2025 révèle ainsi une école française à deux vitesses, capable de conduire certains élèves vers l’excellence européenne tout en laissant une partie de la jeunesse très loin derrière.

Manque d’enseignants, classes agitées : peut-on vraiment apprendre correctement ?

Les résultats de PISA ne mesurent pas seulement les connaissances. Ils interrogent également les élèves et les chefs d’établissement sur leurs conditions d’apprentissage.

Et là encore, les chiffres sont préoccupants.

Près d’un élève français sur deux est scolarisé dans un établissement confronté à un manque d’enseignants ou de personnels, selon les réponses recueillies auprès des directions. Un établissement sur cinq souffrirait également d’un manque de matériel pédagogique et un sur quatre d’infrastructures insuffisantes.

Près de la moitié des adolescents déclarent que le bruit et l’agitation perturbent les cours, tandis qu’environ un quart estime ne pas pouvoir travailler correctement en classe.

Seuls 54 % disent que leur professeur s’intéresse à l’apprentissage de chacun, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE.

Faut-il en conclure que les enseignants ne font pas leur travail ? Évidemment non. Ces réponses doivent être replacées dans un système marqué par les classes hétérogènes, les programmes chargés, les absences non remplacées, le manque de personnels spécialisés et une formation parfois insuffisante pour accompagner tous les profils d’élèves.

Un professeur ne peut pas faire du sur-mesure pour trente adolescents lorsqu’il doit simultanément terminer son programme, maintenir le calme, aider ceux qui ne comprennent plus et stimuler ceux qui s’ennuient.

Écrans, attention, textes longs : les adolescents ne travaillent plus de la même manière

L’enquête met également en lumière une transformation profonde du rapport aux apprentissages.

Les adolescents français déclarent passer en moyenne 4,9 heures par jour sur des appareils numériques en semaine, dont environ trois heures pour leurs loisirs. Ils rencontrent aussi davantage de difficultés à maintenir leur concentration, à persévérer face à un exercice compliqué et à organiser leur travail.

Seul environ un élève sur trois estime savoir planifier correctement ses apprentissages.

En lecture, les difficultés progressent particulièrement lorsque les exercices imposent de lire un texte long, de comparer plusieurs sources ou de réfléchir avant de répondre. Ce sont justement les compétences mises à rude épreuve par les vidéos très courtes, les notifications permanentes et le défilement continu des réseaux sociaux.

PISA ne permet toutefois pas d’affirmer que les écrans sont, à eux seuls, responsables de la baisse du niveau scolaire. La relation est plus complexe. Les résultats internationaux suggèrent plutôt qu’un usage numérique modéré et véritablement encadré peut être utile, tandis qu’une utilisation excessive ou source de distraction peut nuire aux apprentissages.

Et l’intelligence artificielle dans tout cela ?

Pour la première fois, PISA a interrogé les adolescents sur leur utilisation des chatbots d’intelligence artificielle pour leur travail scolaire.

En France, 37 % déclarent utiliser une IA pour apprendre au moins une fois par semaine, contre 46 % en moyenne dans l’OCDE. Ils sont 29 % à l’utiliser pour commencer une recherche, 21 % pour résumer un texte et 23 % pour rédiger un travail écrit.

Seulement 15 % affirment ne jamais ou presque jamais recourir à ces outils pour l’école.

L’intelligence artificielle n’est pourtant ni la coupable idéale ni la solution miracle. Utilisée pour éviter de réfléchir, elle peut renforcer les difficultés de compréhension et d’expression. Employée avec méthode, vérification des sources et accompagnement pédagogique, elle peut au contraire aider à expliquer une notion ou à progresser.

Encore faut-il apprendre aux adolescents à s’en servir. Confier une IA à un enfant sans lui apprendre à douter, vérifier et raisonner revient à lui donner une calculatrice avant de lui avoir appris à compter.

Le soutien des parents recule fortement

Autre résultat spectaculaire : les adolescents disent être moins accompagnés à la maison.

En 2022, 74 % affirmaient que leurs parents leur demandaient chaque semaine ce qu’ils avaient fait à l’école. Ils ne sont plus que 63 % en 2025.

La proportion d’élèves discutant régulièrement avec leur famille de leurs difficultés scolaires chute, elle, de 48 % à 34 %.

Ces données déclaratives ne permettent pas d’accuser les parents de se désintéresser de leurs enfants. Entre le travail, les transports, la fatigue, les familles monoparentales, les devoirs parfois difficiles à suivre et les échanges scolaires de plus en plus numérisés, accompagner quotidiennement un adolescent peut devenir un véritable parcours du combattant.

Mais elles rappellent une injustice fondamentale : lorsqu’un système scolaire compte de plus en plus sur l’aide familiale, les enfants dont les parents disposent du temps, des connaissances et de l’argent nécessaires partent avec une avance considérable.

Cours particuliers, livres, sorties culturelles, ordinateur personnel, chambre calme et parents capables d’expliquer une équation ne sont pas accessibles à toutes les familles.

La France n’est pas dernière mais ce n’est pas une consolation

Non, la France n’est pas le plus mauvais élève de PISA. Elle reste globalement proche de la moyenne des 37 pays de l’OCDE ayant participé à cette édition. En mathématiques, elle se situe notamment à un niveau comparable à celui de l’Espagne et de la Croatie.

Mais se rassurer avec cette moyenne serait une erreur. Les résultats reculent également dans de nombreux pays : rester au milieu d’un groupe qui descend ne constitue pas une réussite.

Surtout, les scores français figurent désormais parmi les plus faibles jamais enregistrés depuis le début de PISA. La part des élèves en difficulté augmente tandis que celle des plus performants diminue.

La France ne s’effondre donc pas forcément dans le classement parce que ses voisins chutent également. Mais le niveau réel de ses élèves, lui, continue bien de baisser.

Que prévoit le gouvernement après ce nouveau choc PISA ?

Le ministère de l’Éducation nationale annonce vouloir replacer la France dans le premier tiers des pays de l’OCDE et gagner 20 points d’ici 2029, soit l’équivalent avancé d’environ une année d’apprentissage.

Parmi les mesures présentées figurent notamment :

  • des objectifs d’apprentissage plus précis pour chaque niveau ;
  • des règles de notation plus claires au brevet et au baccalauréat ;
  • une autonomie accrue des équipes au collège ;
  • davantage de formation continue pour les enseignants ;
  • des listes de lectures conseillées aux familles avant chaque période de vacances ;
  • l’expérimentation de manuels labellisés en lecture et en mathématiques au CP et au CE1.

Ces annonces répondent à certains constats de PISA. Mais une liste de livres, un nouveau programme ou une nouvelle réforme ne suffiront pas si les enseignants manquent, si les élèves les plus fragiles ne sont pas accompagnés suffisamment tôt et si les établissements les plus difficiles ne disposent pas de moyens réellement adaptés.

La génération évaluée en 2025 a connu une succession de changements de programmes, de rythmes scolaires, d’annonces et de réformes parfois abandonnées avant même d’avoir pu être évaluées.

Le problème de l’école française n’est peut-être pas seulement qu’elle ne se réforme pas. C’est aussi qu’elle se réforme sans cesse, sans toujours laisser le temps aux mesures de produire leurs effets.

Nos enfants ne sont pas devenus moins intelligents

Il serait trop facile de conclure que les adolescents ne travaillent plus, que les parents ont démissionné ou que les enseignants ne savent plus enseigner.

Le classement PISA 2025 ne mesure pas l’intelligence des enfants. Il évalue leur capacité à mobiliser leurs connaissances en sciences, en lecture et en mathématiques dans des situations proches de la vie réelle.

Les élèves français restent d’ailleurs nombreux à croire en leur capacité de progresser : 81 % pensent que leur intelligence peut se développer, contre 69 % dans l’OCDE.

L’envie et le potentiel sont donc toujours là.

C’est précisément ce qui rend ces résultats si douloureux. Lorsque les enfants pensent pouvoir réussir mais que le système ne parvient plus à transformer cette confiance en apprentissages, ce ne sont pas les élèves qui ont échoué. C’est l’école qui doit d’urgence se remettre en question.

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Sources

 

 

 

Sophie Madoun