Il dort sur le toit de sa niche, laisse les autres s’agiter et défend ses siestes avec un aplomb délicieux. Avec L’éloge de la paresse, Snoopy revient le 4 novembre 2026 chez Hachette Comics dans un recueil de 96 pages. Une nouvelle collection, des textes revus avec Jean-Yves Ferri et un plaisir très actuel : regarder quelqu’un savourer son temps sans chercher à le rentabiliser.

Snoopy a une priorité. Il a peut-être manqué les grandes heures du théâtre, de la radio et de la télévision, mais une occasion lui reste à saisir : « Je refuse de rater l’âge d’or du sommeil ! » Le voilà allongé sur sa niche rouge, parfaitement satisfait de son programme. Quatre cases, une chute et cette petite envie de lui donner raison.

C’est autour de ce talent pour l’inaction que s’organise Snoopy, L’éloge de la paresse, premier tome d’une nouvelle collection thématique consacrée aux Peanuts de Charles M. Schulz. L’album rassemble des gags déjà créés par l’auteur, sélectionnés autour du repos, de la rêverie et du farniente. À l’approche des fêtes, son programme a de quoi séduire ceux qui aimeraient offrir un livre drôle, à partager entre générations, plutôt qu’un énième manuel pour mieux organiser leurs journées.

Snoopy, L’éloge de la paresse : que trouve-t-on dans cette nouvelle BD ?

Des histoires brèves, construites pour amener une réplique ou une surprise visuelle. Ce sont les fameux comic strips : ces petites bandes dessinées que les lecteurs retrouvaient dans les journaux, avec leurs personnages familiers et une situation immédiatement compréhensible. On peut en lire quelques-unes, refermer l’album et reprendre plus tard, sans perdre le fil d’une longue aventure.

Pour cette édition, les gags ont été sélectionnés et retraduits, puis le texte a été relu et révisé en collaboration avec Jean-Yves Ferri. Schulz reste l’auteur de l’œuvre ; Ferri intervient ici sur les textes français. La distinction compte : il s’agit d’une nouvelle manière de retrouver les Peanuts, à travers un choix thématique et un travail éditorial, plutôt que d’une suite dessinée par un autre auteur.

La collection mise sur des couleurs pop et un petit format de 16 × 20,2 cm. Ses 96 pages et son prix de 9,99 € en font une porte d’entrée accessible pour découvrir cet univers sans commencer par une intégrale chronologique.

« Certaines questions ne méritent pas de réponse » : la paresse avec du répondant

La tranquillité de Snoopy supporte mal les tentatives de diversion. Dans l’un des extraits, Frieda lui propose de courir après des lapins. Il reste couché. Elle attend, puis s’éloigne. Le chien conclut intérieurement : « Certaines questions ne méritent pas de réponse. »

Le gag tient dans ce refus de bouger, mais aussi dans la manière dont Schulz le fait durer. Le lecteur attend une réaction ; Snoopy lui offre son immobilité. Son silence devient une réplique, avant même la dernière case. Il a l’assurance de ceux qui ne se sentent pas obligés de justifier chaque minute de leur emploi du temps.

Cette liberté a pourtant ses petits arrangements. Dans un autre extrait, intitulé L’art de déléguer, une balle est lancée. Woodstock s’envole, la rapporte, puis Snoopy la présente dans sa gueule. L’oiseau a fait le déplacement ; le chien termine la démonstration. Difficile d’ériger ce duo en modèle de partage des tâches. C’est précisément ce qui le rend drôle : Snoopy sait préserver son confort avec une mauvaise foi très humaine.

Les extraits laissent ainsi apparaître un personnage plus piquant que son image de peluche. Tendre, certes, mais volontiers impertinent et assez sûr de son importance. Sa paresse a du caractère.

Pourquoi ses siestes nous parlent autant aujourd’hui ?

Finir un travail, répondre à un message, prévoir le lendemain : l’arrêt se trouve facilement repoussé après une dernière chose à faire. Même les loisirs peuvent prendre des airs de programme à accomplir, entre séries à rattraper, sorties à réserver et livres à lire absolument.

Sur son toit rouge, Snoopy échappe à cette comptabilité. Dans le gag sur « l’âge d’or », la plaisanterie vient de son étrange hiérarchie des événements : les grandes heures de la culture peuvent bien être passées, il lui reste le sommeil. On peut y lire une moquerie savoureuse de notre peur de manquer quelque chose. Il choisit ce à quoi il tient, quitte à laisser le reste se dérouler sans lui.

L’éditeur rapproche cette sélection de la slow life, une expression qui désigne le choix de ralentir son rythme de vie. Le rapprochement est parlant. Pour autant, les Peanuts restent une comédie, avec ses contradictions et ses personnages parfois agaçants. Le livre n’a pas à démontrer que ses gags soignent le stress pour trouver sa place dans une soirée trop remplie. Quelques cases suffisent déjà à installer un autre tempo de lecture.

Derrière Snoopy, toute une petite société

Autour du beagle, chacun a sa façon d’habiter le quotidien. Charlie Brown apporte sa gentillesse et ses doutes. Lucy veut avoir raison. Linus réfléchit. Sally, la sœur de Charlie Brown, interroge le monde avec une logique bien à elle. Woodstock accompagne Snoopy dans une amitié où la complicité n’empêche pas les services rendus à sens unique.

Ce groupe fait la richesse des Peanuts. On peut sourire du comportement d’un chien, puis reconnaître une conversation de famille, un rapport de force ou sa propre susceptibilité. Les enfants suivent une situation concrète ; les adultes peuvent s’amuser de ce qui se joue derrière. Cette double lecture explique une bonne part du plaisir à les retrouver ensemble.

La série a débuté le 2 octobre 1950, dans sept journaux américains. En novembre 2026, elle a donc 76 ans : le 75e anniversaire a été célébré en 2025. Schulz a construit près de cinquante années de strips, jusqu’en 2000, soit près de 18 000 bandes. Le petit recueil thématique vient puiser dans cette œuvre immense, dont la précision comique dépasse largement le personnage imprimé sur les vêtements et les objets.

Un cadeau pour qui, à quel prix et à quelle date ?

Pour un lecteur qui connaît surtout le nom ou la silhouette de Snoopy, ce premier tome permet de rencontrer son humour dans les cases. Pour un amateur des Peanuts, l’intérêt repose sur la sélection autour d’un thème et sur les textes français retravaillés. Celui qui cherche l’ensemble des strips dans leur ordre de parution se tournera plutôt vers une intégrale.

Le format se prête à une lecture en famille, sans connaissance préalable de la série. Aucun âge minimum précis n’est indiqué dans les informations consultées ; un jeune lecteur pourra apprécier les situations visuelles, quitte à découvrir plus tard certaines nuances des dialogues.

Snoopy, tome 1 : L’éloge de la paresse, de Charles M. Schulz, paraît le 4 novembre 2026 chez Hachette Comics. Textes revus et édités par Jean-Yves Ferri. 96 pages, 9,99 €

Le tome 2, Au fil des saisons, est annoncé pour le 27 janvier 2027.

On peut le glisser dans un paquet de Noël ou le garder près de soi pour une pause de quelques pages. Avec Snoopy, le risque est surtout de prolonger la pause. Lui n’y verrait probablement aucun inconvénient.

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Sources : Hachette Comics, extraits de l’album communiqués par l’éditeur, Charles M. Schulz Museum.