Contre le ronflement, on essaie de dormir sur le côté et le conjoint s’équipe de bouchons d’oreilles. On pense rarement au dentiste. Une gouttière portée la nuit, l’orthèse d’avancée mandibulaire, figure pourtant parmi les traitements reconnus de l’apnée du sommeil. Encore faut-il savoir à qui elle s’adresse, et pourquoi elle ne s’achète pas comme un oreiller.

Une gouttière qui avance la mâchoire

L’orthèse d’avancée mandibulaire, ou OAM, se compose de deux gouttières fabriquées sur mesure, une pour chaque arcade dentaire. Reliées entre elles, elles maintiennent la mâchoire inférieure en avant pendant le sommeil. La langue suit le mouvement et l’air passe plus librement dans le pharynx, ce conduit dont les parois relâchées vibrent quand on ronfle.

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), sa prescription repose sur un duo, le médecin du sommeil d’un côté, un praticien qui connaît à la fois le sommeil et la mâchoire de l’autre. En Suisse romande, par exemple, le Dr Olivier Marmy, spécialiste en médecine dentaire reconstructive formé au CHUV, a fondé le centre dentaire Adent de Lausanne-Gare et s’est aussi spécialisé dans ces orthèses.

Simple ronflement ou apnées du sommeil ?

La plupart des gens qui ronflent n’ont aucun problème de santé, rappelle la Ligue pulmonaire suisse. Pour la HAS, le ronflement reste l’un des deux grands symptômes du syndrome d’apnées obstructives du sommeil, avec la somnolence dans la journée. Ronfler fort et irrégulièrement, puis traîner sa fatigue jusqu’au soir, justifie donc une consultation.

Pour trancher, le médecin prescrit un enregistrement du sommeil. La polygraphie ventilatoire suit la respiration pendant au moins six heures, la polysomnographie y ajoute l’activité du cerveau. On en tire l’indice d’apnées-hypopnées (IAH), le nombre d’arrêts ou de baisses de la respiration par heure de sommeil.

Ce qui la distingue de la PPC

Face aux apnées obstructives, l’orthèse a un concurrent bien installé, la pression positive continue (PPC), un masque relié à une machine qui envoie de l’air sous pression.

Critère Orthèse d’avancée mandibulaire Pression positive continue
Place selon la HAS Traitement alternatif. En premier si l’IAH est entre 15 et 30 sans signe de gravité, sinon en cas de refus ou d’intolérance de la PPC Traitement de référence. En premier si l’IAH dépasse 30, ou s’il est entre 15 et 30 avec un signe de gravité
Mise en place Empreintes et réglages chez un dentiste spécialisé Appareil installé à domicile par un prestataire
Électricité Inutile, d’où son intérêt pour une nuit en refuge ou lors d’une panne de courant Indispensable
Point faible Effets sur les dents et la mâchoire Contrainte du masque, une personne sur deux l’abandonne au bout de trois ans

Les signes de gravité retenus sont un sommeil très haché, avec au moins dix micro-éveils par heure, ou une maladie cardiovasculaire grave. Sur le terrain, l’orthèse reste rare. En France, en 2023, environ 24 000 patients étaient traités par OAM, contre 1,8 million par PPC, d’après les données de remboursement citées par la HAS. Pour la Ligue pulmonaire, l’orthèse réduit aussi le ronflement.

Comment elle se prescrit et se fabrique

En France, les étapes s’enchaînent dans cet ordre :

  1. un enregistrement du sommeil confirme les apnées et mesure leur sévérité ;
  2. un médecin spécialiste du sommeil prescrit l’orthèse ;
  3. un dentiste spécialisé vérifie les dents, les gencives et les articulations de la mâchoire, et renvoie le patient vers son médecin en cas de contre-indication définitive ;
  4. il prend les empreintes, à partir desquelles l’orthèse est fabriquée sur mesure ;
  5. il augmente l’avancée de la mâchoire par paliers, ce qui demande en général plusieurs semaines à quelques mois selon l’Inserm ;
  6. dans les trois mois au plus, un nouvel enregistrement du sommeil contrôle l’efficacité.

Les effets indésirables à surveiller

Dans le suivi d’une orthèse analysé par la HAS, les patients rapportaient notamment :

  • des maux de tête ;
  • des douleurs dentaires et une gêne à la mastication ;
  • une modification des contacts entre les dents ;
  • une bouche sèche ou, à l’inverse, une salivation excessive ;
  • des douleurs dans les muscles de la mâchoire au réveil.

À long terme, les dents peuvent se déplacer, d’où des contrôles dentaires réguliers, indispensables selon la Ligue pulmonaire. En France, ils sont prévus tous les six mois.

Ce que rembourse l’Assurance maladie

En France, l’orthèse est remboursée quand les apnées sont confirmées, dans les situations du tableau, avec au moins trois symptômes comme une somnolence dans la journée ou des ronflements sévères et quotidiens. Le médecin remplit une demande d’entente préalable à la première prescription et à chaque renouvellement, et ce remboursement ne se cumule pas avec celui d’une PPC. Un ronflement sans apnées n’y donne pas droit.

Pourquoi elle ne se commande pas en ligne

Des gouttières anti-ronflement se vendent en pharmacie et sur internet. Achetée ainsi, sans consultation, une gouttière saute toutes les étapes décrites plus haut. Personne ne vérifie si le ronflement cache des apnées, ni si les dents et les gencives sont assez saines pour la porter, une condition posée par la Ligue pulmonaire. Son effet sur la respiration n’est pas mesuré non plus. Un conjoint qui dort mieux ne remplace pas un enregistrement du sommeil.

Pour un « simple » ronflement, la Ligue pulmonaire conseille de commencer par le médecin de famille, qui verra s’il faut chercher des apnées. L’orthèse vient ensuite, si elle a sa place.