Porteuse de grands espoirs pour les patients, la recherche en thérapie génique illustre bien le temps nécessaire à la validation d’une nouvelle étude clinique. Il a fallu 20 ans de travaux pour obtenir des résultats cliniques dans certaines maladies qui ont transformé la vie des patients. Aujourd’hui, grâce à de nouvelles recherches et méthodologies de pointe, la stratégie évolue, le gène pourrait ne plus être remplacé mais corrigé, tout comme la thérapie génique s’adresserait à un bien plus grand nombre d’organes et de maladies. Les équipes d’Imagine et du campus Necker-Enfants malades travaillent sur ces approches qui préfigurent la médecine de demain.

Remplacer la version mutante (« malade ») d’un gène par sa version standard, éliminer l’anomalie génétique grâce à des ciseaux moléculaires, la thérapie génique passionne les chercheurs tout comme le grand public. L’institut Imagine accueille des équipes de recherche à la pointe de cette approche thérapeutique, et certains de ses chercheurs ont été les tout premiers au monde à mener des essais cliniques et ont démontré le succès de cette approche pour certaines maladies. C’est le cas des Prs Alain Fischer, Marina Cavazzana et Salima Hacein-Bey-Abina qui ont mené avec succès les premiers essais chez les enfants atteints de déficit immunitaire combiné sévère lié à l’X, les « bébés bulle », dès 1999[i].

Depuis, la thérapie génique n’a cessé de s’améliorer et est désormais déployée pour bien d’autres maladies. A Imagine, institut de référence dans la recherche sur les maladies génétiques, avec les centres de référence et services cliniques de l’Hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, cette approche est ainsi explorée pour traiter des maladies du sang, du système immunitaire, du métabolisme, du cerveau, du système nerveux central, de l’œil et de la peau. Les techniques se sont elles aussi diversifiées, avec des approches ex vivo (modification du gène dans des cellules prélevées au patient, puis réinjectées), in vivo (transport du gène modifié dans les cellules du patient par un vecteur le plus souvent viral, injecté directement), ou encore par l’utilisation de « ciseaux moléculaires », des enzymes qui vont agir sur un fragment extrêmement ciblé d’un gène et cela directement dans les cellules.

Succès de la thérapie génique pour 12 maladies génétiques

Après 50 ans de recherche et 20 ans de développement clinique, un bénéfice indiscutable de la thérapie génique a été démontré pour 12 maladies génétiques. Parmi elles, on retrouve 3 formes très sévères de déficience immunitaire, 2 maladies déclenchées par l’accumulation de substances toxiques dans le cerveau, des maladies de l’hémoglobine (bêta-thalassémie, drépanocytose), des maladies de la coagulation (hémophilie A et B), et une maladie neuro-musculaire (amyotrophie spinale). Certaines leucémies sont aussi aujourd’hui traitées par une approche de thérapie génique dédiée, les CAR T Cells.

Dans la continuité de ces nouvelles techniques, méthodologies et applications, de nouveaux développements et diversifications à d’autres maladies sont encore attendus grâce au DIM Thérapie Génique (Domaine d’Intérêt Majeur) par lequel la Région Ile-de-France finance un programme très ambitieux au bénéfice de travaux précliniques sur la drépanocytose, les maladies métaboliques et les maladies mitochondriales notamment.

« A Imagine, et depuis la création de l’Institut, la thérapie génique est une priorité. Elle est au cœur des travaux de plusieurs de nos laboratoires, seuls ou très souvent avec des partenaires. Mais elle a fait aussi l’objet de la création d’une plateforme de vecteurs viraux. Expertise majeure de nos équipes, reconnue au niveau international, la thérapie génique est un formidable exemple du parcours de la boucle vertueuse d’Imagine qui part du patient pour lui revenir au plus vite », souligne le Professeur Stanislas Lyonnet, directeur de l’Institut Imagine.

Rendre ces traitements accessibles

La thérapie génique est un défi pour les chercheurs mais pas uniquement. Imagine mène un combat pour l’accessibilité aux soins et aux thérapies, géniques et cellulaires, en particulier en allant le plus loin possible dans l’accompagnement de ses équipes au niveau de la valorisation et des questions réglementaires. C’est notamment dans ce cadre, qu’un partenariat a été signé avec l’entreprise Cellectis, société d’édition du génome spécialisée dans les essais en immuno-oncologie et dans les essais de thérapie génique pour les maladies génétiques, qui a intégré la plateforme d’accueil des partenaires industriels « lab-in-labs » d’Imagine. C’est aussi dans cette lignée que Marina Cavazzana et Isabelle André, chercheuses à Imagine, avec Karine Rossignol, ont créé la start-up Smart Immune en 2017 à Imagine, qui a pour vocation de changer le futur de la médecine cellulaire grâce à une nouvelle génération de médecine par cellules T.
C’est dans ce domaine enfin que l’Institut Imagine vient d’obtenir plusieurs succès. Deux études cliniques conduites par les équipes du Pr Marina Cavazzana (AP-HP, Inserm, Université de Paris, Institut Imagine) à l’Hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, en collaboration avec des partenaires académiques et privés, publiées dans Nature Medicine [1, 2] fin janvier, démontrent le succès à long terme de la thérapie génique dans la drépanocytose [3], la bêta-thalassémie et le syndrome de Wiskott-Aldrich [4].
[i] Unité Inserm 768 Développement normal et pathologique du système immunitaire”, Département de Biothérapies et Unité d’Immunologie et d’Hématologie pédiatrique, Hôpital Necker Enfants Malades AP-HP, Université Paris Descartes, Paris
Sources