Selon les projections de l’ANSM, plus de 1200 traitements ou vaccins seront concernés par des situations de pénuries de médicaments sur l’ensemble de l’année 2019. C’est 60% de plus qu’en 2018, et 30 fois plus qu’en 2008[1]. Il faut agir!

Alors que la ministre s’apprête à présenter, ce lundi 8 juillet à 11h, sa feuille de route 2019-2022 pour lutter contre les pénuries, l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé) tire la sonnette d’alarme. L‘agence demande la transparence totale sur les causes de ces ruptures d’approvisionnement (plus de 60% de médicaments et de vaccins en moins que par rapport à 2018 et plus de 12000 traitements concernés dans l’année 2019), un renforcement des sanctions à l’égard des responsables et une politique volontariste de relocalisation de la production des matières premières nécessaires à la fabrication des médicaments.

Danger des pénuries de médicaments, des patients arrêtent leur traitement

« Il n’est pas admissible que des personnes atteintes de cancers, de Parkinson ou d’épilepsie chronique ne puissent trouver en pharmacie les traitements qui leur ont été prescrits » rappelle Gérard Raymond, président de France Assos Santé. « Il faut revoir l’ensemble de la chaine, identifier clairement les causes et mettre tous les acteurs face à leurs responsabilités. Les médicaments ne sont pas des produits de consommation comme les autres, leur production et leur distribution ne sauraient répondre à la seule logique de rentabilité financière. »

Des patients hospitalisés, faute de traitement

En janvier dernier, France Assos Santé publiait avec l’Institut BVA une enquête d’opinion montrant l’ampleur du problème et les conséquences directes sur la santé des personnes qui y sont confrontées : augmentation des symptômes dans 14% des cas, renoncement au traitement et même hospitalisation forcée dans un cas sur vingt[2].

Pour France Assos Santé, industriels et grossistes répartiteurs sont les principaux responsables des pénuries de médicaments :

  • stratégies financières contestables,
  • exportation des stocks vers des pays « qui paient mieux »,
  • désengagement sur certains médicaments, ou trop forte concentration des sites de production font partie des causes identifiées de longue date.

Or cette feuille de route ministérielle, si elle témoigne d’une volonté louable des pouvoirs publics de s’attaquer au problème, ne présente en l’état que très peu de mesures concrètes et dissuasives pour lutter contre ces dérives.

Et les associations de déclarer :

“Nous, représentants des usagers du système de santé, demandons que des mesures fermes et coercitives soient prises pour faire cesser ces pénuries. Un comité de pilotage présidé par la Direction générale de la santé et associant l’ensemble des acteurs concernés est annoncé pour septembre. Nous veillerons à y assurer une participation active, et mettrons tout en œuvre pour que nos demandes soient enfin entendues”.

 

L’ANSM et France Assos Santé demande :

  • La transparence totale sur les causes et sur les plans de gestion de pénuries (PGP) mis en place par les industriels. Ces PGP, pourtant imposés par les pouvoirs publics aux fabricants, ne sont en effet jamais rendus publics,

  • Que l’obligation d’approvisionnement continu et approprié du marché français imposée aux industriels soit assortie de sanctions financières. Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucune pénalité financière n’est aujourd’hui prévue par la loi en cas de manquement à cette obligation,

  • Que les usagers et leurs représentants soient informés et impliqués à chaque étape du processus d’anticipation, d’identification et de contrôle de ces situations de pénuries,

  • Que les dysfonctionnements avérés soient sanctionnés notamment financièrement à la hauteur du préjudice subi par les malades. Et ce, qu’il s’agisse des grossistes répartiteurs ou des industriels.

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(1) 40 médicaments en rupture en 2008 contre plus de 1200 estimés par l’ANSM pour 2019.
(2) Voir enquête BVA pour France Assos Santé publiée en janvier 2019 : https://bit.ly/2RTfvKy