Plus de médecins demain, mais des rendez-vous toujours difficiles aujourd’hui : les nouvelles projections de la Drees, publiées le 6 octobre 2026, éclairent ce décalage. Les effectifs devraient progresser dans les scénarios étudiés, sans que l’on puisse en déduire la fin des déserts médicaux. Nombre de praticiens, place des internes, différences entre spécialités, besoins d’une population vieillissante : voici ce que les chiffres disent vraiment.
Un médecin traitant qui ne prend plus de nouveaux patients. Un rendez-vous chez le dermatologue repoussé de plusieurs mois. Un cabinet trop loin du domicile. Pour les patients confrontés à ces situations, la question n’est pas de savoir combien la France comptera de médecins en 2070. C’est de savoir quand il deviendra plus simple de se faire soigner.
La pénurie de médecins pourrait-elle s’atténuer ? Les nouvelles données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, la Drees, dessinent une hausse des effectifs. Dans son scénario tendanciel, le pays compterait environ 351 300 médecins en activité et étudiants en troisième cycle en 2040, contre 261 800 en 2025.
Mais ce total ne représente ni 351 300 médecins déjà diplômés et installés, ni autant de cabinets ouverts. Et surtout, il ne permet pas de promettre un rendez-vous plus rapide dans chaque commune.
La Drees ne donne pas une date de fin de la pénurie de médecins
Le premier repère tient en une phrase, explicitement formulée par la Drees : « Ces projections ne constituent pas des prévisions ».
Cela signifie que les chiffres décrivent ce qui pourrait se produire si certaines hypothèses se maintenaient. Ils ne racontent pas à l’avance ce qui arrivera nécessairement. Le nombre d’étudiants admis, les arrivées de médecins diplômés à l’étranger et les comportements professionnels peuvent évoluer.
Le modèle ProMédI, pour Projections des effectifs de Médecins, d’Internes et autres étudiants du troisième cycle, simule les trajectoires de 2026 à 2070. Il s’appuie notamment sur les caractéristiques et comportements observés dans le passé récent, en formation et dans la vie active.
La réponse à la question « Quand pourrai-je obtenir un rendez-vous plus facilement ? » est donc précise : ces données permettent d’anticiper une évolution de la démographie médicale, mais elles ne calculent pas les délais de consultation. Elles ne fixent pas non plus une année où les difficultés disparaîtraient partout.
351 300 en 2040 : pourquoi ce chiffre inclut aussi les internes
Le chiffre le plus spectaculaire additionne deux groupes : les médecins en activité dans le champ de l’étude, principalement défini par la Drees comme les moins de 70 ans, et les étudiants en troisième cycle de médecine.
Ces étudiants, dont les internes, participent aux soins au cours de leur formation. Leur contribution est réelle. Mais leur statut, leur encadrement et leur lieu d’exercice ne sont pas ceux d’un médecin ayant terminé sa formation et ouvert un cabinet.
Le fichier détaillé permet de séparer ces catégories. Les valeurs suivantes sont arrondies à la centaine à partir du tableau officiel.
| Année | Médecins en activité dans le champ étudié | Étudiants en troisième cycle | Total des deux groupes |
|---|---|---|---|
| 2025, effectifs observés | 218 300 | 43 400 | 261 800 |
| 2030, scénario tendanciel | 231 700 | 52 300 | 283 900 |
| 2035, scénario tendanciel | 257 300 | 57 700 | 315 000 |
| 2040, scénario tendanciel | 292 100 | 59 200 | 351 300 |
| 2060, scénario tendanciel | 404 800 | 59 400 | 464 200 |
Source : Drees, fichier ProMédI 2026, onglet « Effectif national ». Les arrondis peuvent créer un écart de 100 personnes entre la somme des colonnes et le total.
En 2040, les étudiants représenteraient ainsi près de 17 % de l’ensemble, soit environ une personne sur six. La hausse entre 2025 et 2040 serait d’environ 89 600 médecins et étudiants supplémentaires dans le scénario tendanciel. Pour les seuls médecins en activité, elle serait d’environ 73 800, soit près de 34 %.
Cette distinction change la lecture : annoncer près de 90 000 renforts ne signifie pas que 90 000 praticiens supplémentaires seront déjà installés pour recevoir des patients de façon autonome.
Faut-il attendre 2040 pour voir une amélioration ?
Le tableau ne décrit pas un basculement soudain en 2040. La progression serait graduelle : environ 231 700 médecins en activité en 2030, puis 257 300 en 2035, avant 292 100 en 2040, dans le champ retenu.
Les effets des décisions de formation prennent du temps. Le modèle intègre les interruptions, reports et abandons d’études, ainsi que des durées de formation différentes selon les spécialités. Une place supplémentaire en deuxième année ne se transforme donc pas immédiatement, ni systématiquement, en médecin diplômé.
Dans les variantes du modèle, les changements du nombre d’admis en deuxième année à partir de 2031 commencent à faire diverger les effectifs dès 2037, lorsqu’une première génération concernée entre théoriquement en troisième cycle. La fin de sa formation intervient ensuite. C’est pourquoi les écarts entre scénarios deviennent beaucoup plus importants à long terme.
Généralistes, dermatologues, ophtalmologues : la hausse ne serait pas la même
Une progression du nombre total de médecins ne signifie pas que chaque spécialité bénéficierait du même renfort. Pour un patient, la distinction compte : trouver un médecin traitant et obtenir un rendez-vous chez un spécialiste répondent à des besoins différents.
Voici quelques résultats du scénario tendanciel, en ne comptant cette fois que les médecins en activité, sans ajouter les étudiants en troisième cycle. Les valeurs sont arrondies à la centaine.
| Spécialité | Effectif observé en 2025 | Effectif projeté en 2040 |
|---|---|---|
| Médecine générale | 91 500 | 116 300 |
| Dermatologie | 3 300 | 3 800 |
| Ophtalmologie | 5 200 | 7 200 |
| Pédiatrie | 8 900 | 12 700 |
| Psychiatrie | 13 800 | 17 000 |
| ORL | 2 600 | 2 800 |
Source : Drees, fichier ProMédI 2026, onglet « Effectif par spécialité ». Même champ d’âge ; étudiants exclus de ce tableau.
Ces effectifs nationaux ne disent pas combien de praticiens accepteront de nouveaux patients près de chez vous, ni combien de créneaux seront proposés. Ils montrent néanmoins pourquoi une amélioration globale pourrait être ressentie de manière différente selon la consultation recherchée.
Pourquoi davantage de médecins ne suffit pas à faire disparaître les déserts médicaux ?
Le nombre de professionnels est une partie de l’accès aux soins. Leur répartition géographique en est une autre. Une hausse des effectifs dans une grande agglomération ne donne pas automatiquement un médecin supplémentaire à une commune éloignée.
Les données régionales de la Drees sont proposées selon les anciennes régions administratives. Elles permettent de comparer de grands territoires, mais une moyenne régionale ne décrit pas la situation de chaque quartier, village ou bassin de vie. Il faut donc éviter de transformer une projection régionale en promesse locale.
Le nombre de personnes recensées ne mesure pas non plus, à lui seul, le volume de consultations disponibles. Le temps consacré aux soins, le mode d’exercice, l’organisation du cabinet ou du service, et la possibilité d’accueillir de nouveaux patients interviennent aussi.
Le Conseil national de l’Ordre des médecins signalait déjà, dans son Atlas 2026, que « l’accès aux soins demeure une difficulté pleinement d’actualité », malgré la progression des effectifs. Le constat concerne les soins primaires et l’accès aux spécialistes. Autrement dit, davantage de médecins à l’échelle nationale peut coexister avec des difficultés persistantes sur certains territoires.
La population vieillit : il faut regarder les besoins de soins, pas seulement les habitants
Cent mille habitants jeunes et cent mille habitants plus âgés n’ont pas, en moyenne, les mêmes besoins de consultations et de suivi. Pour tenir compte de cette différence, la Drees calcule une densité médicale standardisée.
Derrière ce terme technique se trouve une idée simple : rapporter le nombre de médecins à une population dont les différentes classes d’âge sont pondérées selon leur consommation de soins médicaux en ville. Cet indicateur tient donc compte du nombre d’habitants et du vieillissement.
Dans le scénario tendanciel, la densité standardisée de l’ensemble médecins et étudiants passerait de 380 en 2025 à 489 en 2040, soit une augmentation proche de 29 %. Pour les médecins en activité seuls, elle passerait de 317 à 406.
Ces progressions sont moins fortes que celles des effectifs bruts. Cela illustre le poids des évolutions démographiques dans le modèle : une partie des renforts répondrait à l’augmentation des besoins. Il ne s’agit toutefois pas d’un calcul de minutes d’attente, de jours avant un rendez-vous ou de consultations garanties.
Les « au moins 30 % de plus » reposent sur une condition importante
Le scénario tendanciel retient 12 200 entrées annuelles en deuxième année de médecine et 2 500 arrivées annuelles de médecins diplômés à l’étranger pendant toute la période.
Deux variantes font évoluer la formation à partir de 2031 : 15 200 entrées annuelles pour l’hypothèse haute, 9 200 pour l’hypothèse basse. Elles conservent toutes deux l’hypothèse de 2 500 arrivées annuelles de diplômés à l’étranger.
Dans ces trois scénarios, le total médecins et étudiants atteindrait entre 340 600 et 362 500 en 2040, soit une hausse comprise entre 30 % et 39 % par rapport à 2025.
Mais une quatrième variante suppose qu’aucun nouveau médecin diplômé à l’étranger n’entrerait en activité en France à partir de 2026. Elle aboutit à environ 316 500 médecins et étudiants en 2040, soit près de 21 % de plus qu’en 2025. La formule « au moins 30 % » ne s’applique donc pas à toutes les hypothèses du fichier.
Cette variante conventionnelle sert à mesurer la contribution du flux de diplômés à l’étranger ; elle n’annonce pas son arrêt. Il faut aussi distinguer le pays du diplôme de la nationalité du médecin : « diplômé à l’étranger » ne veut pas nécessairement dire « de nationalité étrangère ».
À l’horizon 2060, les choix de formation pèseraient beaucoup plus
À long terme, les scénarios s’écartent davantage. Avec les hypothèses tendancielles, le total médecins et étudiants atteindrait environ 464 200 en 2060, soit près de 77 % de plus qu’en 2025.
Dans les variantes portant sur la formation, il serait compris entre 401 800 et 527 700 à cette date, en maintenant les arrivées de diplômés à l’étranger. L’écart atteindrait donc près de 126 000 personnes entre les hypothèses basse et haute.
Ces résultats éclairent des décisions à prendre aujourd’hui pour les décennies suivantes. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de déclarer que la France aura trop ou pas assez de médecins en 2060 : cette appréciation dépend aussi des besoins de santé et de l’organisation des soins.
Pourquoi les chiffres publiés sur les médecins ne sont-ils pas tous identiques ?
En juillet 2026, la Drees recensait 242 200 médecins en activité au 1er janvier 2026. Ce nombre ne contredit pas les 218 300 médecins en activité observés en 2025 dans le fichier de projections.
Les années diffèrent, et les périmètres aussi : le décompte courant de 2026 couvre les médecins en activité ayant au moins une activité en France, tandis que les projections se concentrent sur un champ d’âge et distinguent les étudiants. Avant de comparer deux chiffres, il faut vérifier la date, l’âge retenu, le statut et la source.
Sans médecin traitant aujourd’hui : où chercher de l’aide ?
Les projections ne remplacent pas une solution pour un patient qui cherche actuellement un praticien. L’Assurance maladie indique que des organisations coordonnées territoriales peuvent aider les personnes sans médecin traitant, lorsqu’elles existent près de leur domicile.
Ces structures réunissent des professionnels pour organiser l’accès aux soins et faciliter un suivi. Leurs coordonnées sont consultables sur la page dédiée d’ameli.fr, selon les dispositifs disponibles localement. Cette démarche ne garantit pas un rendez-vous immédiat, mais elle offre une piste au-delà de la recherche individuelle de cabinets.
Le signal démographique est encourageant. Pour les patients, le résultat décisif se mesurera autrement : un médecin qui accepte de les suivre, une consultation accessible près de chez eux et un délai compatible avec leurs besoins.
Sources et méthode
Analyse du fichier DREES_projections_medecins_2026.xlsx, mis à jour le 6 octobre 2026, et du communiqué de la Drees diffusé le même jour. Calculs et arrondis effectués à partir des onglets « Effectif national », « Effectif par spécialité » et « Densité stand. nationale ». Les valeurs à partir de 2026 sont des projections conditionnelles, non des observations.
Le fichier principal retient les médecins en activité de moins de 70 ans et les étudiants en troisième cycle, en France et dans les DROM. Les en-têtes de certains onglets indiquent « 70 ans ou moins » ; nous reprenons ici le champ formulé dans la présentation générale de la Drees. Les sources du modèle comprennent notamment le RPPS, les données de formation et les projections démographiques de l’Insee.
- Drees : projections des effectifs de médecins, version 2026.
- Drees : démographie des médecins au 1er janvier 2026.
- Conseil national de l’Ordre des médecins : Atlas de la démographie médicale 2026.
- Assurance maladie : aide à la recherche d’un médecin traitant.
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Sophie Madoun