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Tant par son ampleur que par la nature des violences qui la caractérisent, la maltraitance des personnes âgées est souvent difficile à appréhender. Selon les dernières études du Secrétariat d’État aux personnes âgées, 5% des personnes de plus de 65 ans en sont victimes et 15% des plus de 75 ans, soit 600 000 personnes en France. Quelles sont les violences rencontrées? Comment les reconnaître? Que faire? Réponses.

L’évolution de l’intérêt accordé à la maltraitance des personnes âgées présente un certain nombre de traits communs avec ce qu’on peut observer dans le cas de ces autres formes de violence : lenteur de la reconnaissance du phénomène; problèmes de définition. Elle constitue une atteinte aux droits fondamentaux et à la dignité de la personne.

Tous les milieux sociaux sont concernés. La personne maltraitée est le plus souvent une femme, âgée de plus de 75 ans, dépendante, qui présente des troubles psychiques et du comportement ou une dépendance physique. En effet, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées sont particulièrement exposées : elle est retrouvée dans 96 % des cas de maltraitance.

Les violences physiques étaient présentes dans 25 % des cas, psychologiques dans 80 % et financière dans 56 %.

 

Les différents types de violences subies par les personnes âgées

Différents types de violence ont été mis en évidence et peuvent être présentés comme suit en fonction de leurs caractéristiques.

 

Violence physique

Cette catégorie, la plus visible, la plus marquante, mais la moins courante, regroupe l’ensemble des atteintes corporelles. On y retrouve, en autres, :
• les coups,
• les brûlures,
• les chutes provoquées,
• les méthodes de contention, les lanières pour attacher,
• les entraves à la liberté de mouvement,
• la privation de nourriture,
• la privation de soins ou d’hygiène
• les abus sexuels
• …
Ces exemples sont les principaux rencontrés mais d’autres actes peuvent également être considérés comme des actes de violence physique.

Violence psychologique

Essentiellement verbal et parmi les plus courants, ce type d’agression porte principalement sur l’existence même de la personne, sur son aspect ou son état mental. Sont notamment repris parmi ces agressions verbales :
• le chantage,
• l’infantilisation,
• les menaces,
• les brimades,
• les insultes,
• les contraintes,
• l’interdiction,
• l’humiliation,
• le tutoiement
• le refus manifeste de communiquer
• …

Violence financière

Également parmi les plus courantes, il s’agit de tous les actes empêchant la personne de maîtriser ses ressources :
• spoliation d’argent,
• vol d’objets,
• détournement partiel ou total de pension,
• héritage anticipé,
• mise sous tutelle abusive
• …

Violence civique

Cette catégorie concerne la violation des droits élémentaires du citoyen et les abus d’autorité ou de pouvoir.
• placement forcé en institution
• détournement de procuration,
• privation de papiers d’identité,
• le fait de répondre à la place de l’aîné,
• le fait de préférer déclarer quelqu’un incapable de voter plutôt que d’organiser son déplacement jusqu’au bureau de vote,
• restriction ou l’interdiction de visite (à domicile comme en institution)
• …

Violence médicamenteuse

Il peut s’agir d’excès de neuroleptiques, moyen d’obtenir la paix en maison de repos et parfois à domicile, ou à l’inverse, la privation de médicaments prescrits. La polymédication excessive est parfois une forme de maltraitance.

Le plus souvent, ces actes ne sont pas isolés, ils sont associés les uns aux autres et se retrouvent en « cascade », plusieurs types de violence se retrouvant dans une même situation. Fréquemment, ces actes de violence sont répétés à de nombreuses reprises. De plus, les situations d’abus sont régulièrement le fruit d’interactions complexes entre la personne âgée et son entourage et peuvent provoquer la négation progressive de la personnalité de l’aîné.

Une classification internationale à partir des deux mots “abuse and neglect” a été proposée à laquelle se réfèrent la plupart des auteurs.
Elle distingue:
violences physiques (14,3%) : coups, (blessures, ecchymoses), piqûres, brûlures, traces de liens, abus sexuels,
violences psychologiques (27%) : excès de langage, privation d’attention, d’affection,
violences financières (23,45%) : utilisation frauduleuse d’une procuration, vols,
violences civiques (13,7%) : rétention des pièces d’identité, absence d’aide à l’exercice des droits civiques,
violences médicamenteuses (4,65%) : abus de neuroleptiques, ou privation des médicaments indispensables au rétablissement de la santé (meurtre silencieux par omission),
négligences actives : privation de liberté, contention, enfermement,
négligences passives : oubli d’apporter les aides nécessaires, manque de soins d’hygiène, insuffisances alimentaires. (Les négligences s’élèvent à 16,6%)

Prise en charge médico-sociale

 

Il a fallu attendre 1999 pour que les personnes âgées soient incluses parmi les populations vulnérables définies par la circulaire DGAS (Direction générale des Affaires sociales) du 5 mai 1998, devant donner lieu à un signalement.

Pour briser la loi du silence, il existe en France un réseau téléphonique d’écoute, d’accueil pour la prévention de la maltraitance des personnes âgées : ALMA (Allo maltraitance des personnes âgées).

De plus en plus se mettent en place des structures d’accueil de jour ou des structures d’accueil temporaires susceptibles de soulager les familles en particulier pendant les congés annuels. En effet, les familles ont besoin d’aide : la simple prescription de soins infirmiers à domicile peut permettre un retour à une situation normale.

Pour lutter contre la maltraitance des personnes âgées différentes mesures conduisent actuellement:
– les pouvoirs publics à s’y intéresser (ministères, autorités de tutelle…),
– les professionnels à travailler davantage à sa connaissance (thèses, mémoires, recherches diverses, colloques, congrès),
– les personnels soignants, sociaux, etc… à se former davantage (cette formation est une des principales activités d’ALMA),
les universités tant sociales que médicales à l’inscrire dans les programmes de formation (diplômes universitaires, DESS).

Prise en charge judiciaire

Dans le cadre de la lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées, le nouveau code pénal et la loi du 2 janvier 2002 rénovant les institutions sociales et médico-sociales :

a introduit la notion de particulière vulnérabilité due à l’âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique apparente ou connue de l’auteur des violences. La qualité de particulière vulnérabilité de la victime constitue une circonstance aggravante en matière de coups et blessures, de viols et d’agressions sexuelles.

autorise le médecin à introduire la notion de vulnérabilité des personnes âgées, infirmes ou déficientes physiques ou psychiques

impose au médecin ou traitant à quiconque ayant connaissance de mauvais traitements ou privations infligés à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger d’en révéler les faits aux autorités judiciaires, sanitaires ou administratives. L’obligation de dénonciation figure et impose à quiconque d’informer les autorités judiciaires ou administratives.

interdit de délaisser une personne hors d’état de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique.

interdit le fait de soumettre une personne en abusant de sa vulnérabilité ou de sa situation de dépendance à des conditions de travail ou d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine.

Interdit les actes ” contraints ” comme des donations manuscrites.

Que faire en cas d’urgence?

En cas d’urgence une hospitalisation et/ou une sauvegarde de justice peuvent être envisagées. La sauvegarde de justice résulte de la déclaration faite au procureur de la République par le médecin qui constate que la personne à laquelle il donne des soins a besoin d’être protégée. La sauvegarde de justice est une mesure de protection temporaire (deux mois renouvelables trois fois) des personnes dont les facultés mentales sont altérées par une maladie, une infirmité ou un affaiblissement dû à l’âge. S’en suivra une éventuelle mise sous tutelle ou curatelle.

A lire :

Prévenir et lutter contre la maltraitance de personnes âgées, Jean- Jacques Aymot – Dunod, 35 euros

ABC de la Victimologie, Sophie Madoun – Gérard Lopez – Editions Grancher, 15 euros

Prévenir les maltraitances envers les personnes âgées et vulnérables, Collectif – Territorial, 62 euros

Sophie Madoun