Les premières mesures dénombrant les spermatozoïdes présents dans l’éjaculat masculin datent des années 40. Depuis, la quantité de gamètes semble décroître inexorablement. Quelle est la validité des études montrant ce déclin de la spermatogénèse ? Quels facteurs pourraient être en cause ? Président d’honneur des JAMS, le Dr Jean-Marc Rigot fera le point lors de ces journées.

Quand la tumeur est limitée à la muqueuse…

La race humaine pourrait-elle s’éteindre faute de savoir encore se reproduire ? Si on regarde les chiffres, nous sommes loin de la côte d’alerte. On trouve en moyenne 150 millions de spermatozoïdes/ml de sperme, or la chute de fertilité s’observe chez les hommes qui n’en produisent que 5 millions/ml. Pour l’OMS, la norme s’établit entre 100 et 336 millions/ml.
Les premières études datent du milieu des années 40 aux États-Unis (McLeod and Gold). Dès 1992, l’équipe danoise de Niels Skakkebaek tire la sonnette d’alarme : la concentration spermatique aurait diminué de 50 % en 50 ans. Depuis de nombreux travaux – notamment ceux d’Auger et Jouannet au Kremlin Bicêtre – ont permis d’établir une décroissance lente et progressive du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes. La baisse serait de l’ordre de 1 à 2 % par an.

Des biais, oui mais…

Depuis d’autres travaux ont donné des résultats discordants. Dix ans après sa première étude, l’équipe de Niels Skakkebaek a ainsi publié en juillet 2012 sur le site du BMJ une analyse troublante : après avoir suivi un échantillon de 4 867 hommes d’âge médian résidant à Copenhague entre 1996 et 2010, le chercheur conclut à une augmentation de la concentration en spermatozoïdes… Pourquoi ces discordances ? Sans doute parce qu’on ne compare pas toujours la même chose. La majorité des études sont rétrospectives, celle-ci est prospective. Un certain nombre de variables comme l’âge des hommes, le fait qu’ils soient donneurs de sperme (et donc déjà parent) ou choisis au hasard, peut également fausser les résultats. « La spermatogénèse varie d’un jour à l’autre, les spermogrammes sont par ailleurs différents en fonction des saisons », note le Dr Jean-Marc Rigot, urologue au CHU de Lille, ancien président du comité d’andrologie de l’AFU et président d’honneur des JAMS.

Ainsi, comment interpréter ces chiffres ?  « La spermatogenèse peut être le reflet de la formation du testicule in utero. Les causes de cette baisse ne sont donc pas seulement le reflet de conditions environnementales le jour J mais également de tout ce qui s’est passé dans la vie fœtale. Ce voyage dans le temps est difficile à appréhender ».

Cryptorchidie, cancer des testicules, des convergences troublantes

Au final peut-on conclure à une baisse réelle de la spermatogénèse et a-t-on des pistes sérieuses pour comprendre cet effondrement ? « Aujourd’hui les principales études sur le sujet sont indiennes ou chinoises, elles portent sur des séries très importantes et rapportent, elles aussi, une baisse de la concentration de spermatozoïdes », note le Dr Rigot.  Le phénomène est donc mondial.

Autre aspect troublant : il existe des variations régionales. Ainsi en France, la région Aquitaine-Languedoc-Roussillon semble plus concernée.  Elle est également plus touchée par d’autres anomalies comme les cryptorchidies (absence de descente des testicules) et les cancers des testicules. L’utilisation de produits phytosanitaires – en particulier dans le secteur de la viticulture – pourrait être en cause. Niels Skakkebaek, qui a observé les mêmes concordances entre la chute de la spermatogenèse et l’augmentation simultanée de cancers du testicule, a émis l’hypothèse que ce serait pendant la vie fœtale, lorsque le testicule se forme, qu’il serait le plus sensible aux phtalates et aux pesticides.

Une étude récente publiée dans le BEH confirme cette corrélation : elle montre à la fois une baisse de 2 % dans la numération depuis les années 1990, et en parallèle une augmentation de 1,5 % par an du cancer du testicule et de 2,5 % par an de la cryptorchidie. On dénombre également plus de cancers du testicule chez les hommes infertiles. Les pubertés précoces sont aussi en augmentation chez les petits garçons. Et c’est à nouveau en Aquitaine qu’on en observe le plus.  Toutes ces données forment un faisceau d’indices – à défaut de preuves – suggérant l’impact d’un certain nombre de perturbateurs endocriniens sur la fonction testiculaire.

« C’est à plus long terme – dans 30 ans ou plus – que nous constaterons les conséquences de ces perturbateurs endocriniens sur nos enfants et petits-enfants. Il y a là un vrai enjeu de santé publique, conclut le Dr Rigot. C’est le message que je souhaite faire passer aux urologues et aux andrologues présents lors des JAMS : nous avons un rôle important de sentinelle à jouer ».

 

La fertilité au-delà du nombre de spermatozoïdes

Si le nombre de spermatozoïdes baisse ce n’est pas la seule raison de la diminution concomitante de la fertilité. Les couples ont beaucoup changé sur le plan sociologique au fil des décennies. L’âge du premier enfant est passé de 27 à 32 ans chez l’homme, tandis qu’il passait d’un peu plus de 23 ans chez la femme, à 30 aujourd’hui.
Le nombre de couples revendiquant un « désir de ne pas avoir d’enfant » est également en croissance (5 à 10 % selon les différents sondages). La race humaine pourrait donc s’éteindre par choix délibéré… bien avant que l’ensemble des hommes ne soit devenu stérile.

 

Les e-Jams : pour faire vivre l’urologie francophone

Pas de frontières pour les JAMS ! C’est le credo que s’est fixé l’AFU et qu’elle met en œuvre grâce à une retransmission en live de son événement. L’Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Liban, partenaires de l’AFU via leurs sociétés savantes, participeront donc en direct aux sessions et pourront intervenir en temps réel.

Cette ouverture à la francophonie relève d’un objectif du Président de l’AFU, le Professeur Thierry Lebret. « L’ouverture vers la francophonie permet d’une part de faire rayonner l’urologie française, mais aussi de partager et construire avec nos homologues francophones », expliquait-il à ce sujet.