Le moustique tigre, originaire d’Asie du Sud-Est, Aedes albopictus, peut potentiellement propager le virus du chikungunya dans les régions à climat tempéré. Des scientifiques de renom ont démontré que ce moustique est capable de transmettre le virus avec la même efficacité, que la température soit de 20°C ou de 28°C. L’expansion du moustique tigre dans ces zones pourrait donc entraîner une propagation accrue du virus du chikungunya. Voici les risques et les mesures préventives.

Le moustique tigre, originaire d’Asie, s’est rapidement propagé dans les régions tempérées du monde, y compris sur le continent américain, en Asie tempérée et dans près de 28 pays européens, dont la France depuis 2004. En l’espace de quelques décennies, il a conquis environ 80% du territoire français.

Les changements environnementaux et les échanges mondiaux favorisent l’émergence de maladies transmises par les moustiques, même dans des régions éloignées des foyers endémiques. Le virus du chikungunya, apparu en Europe en 2007, a suscité des préoccupations quant à sa propagation dans des zones à climat tempéré.

Dans cette étude menée par des scientifiques de renom de l’Institut Pasteur et de l’Université Paris Cité, le moustique tigre Aedes albopictus a été étudié en termes de transmission du virus du chikungunya à différentes températures. Les chercheurs ont examiné les mécanismes moléculaires adaptatifs du moustique tigre, en se basant sur des échantillons prélevés à Montpellier.

Cette recherche met en évidence l’importance de comprendre comment les moustiques s’adaptent aux variations de température et comment cela peut influencer la transmission des maladies. En comprenant ces mécanismes, nous pourrons mieux prévoir et prévenir la propagation du virus du chikungunya, même dans des régions tempérées.

« Nous avons démontré que la température modifie profondément l’expression des gènes et le microbiome bactérien du moustique. » 

Anna-Bella Failloux, responsable de l’unité Arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur et dernière auteure de l’étude

Les moustiques tigre transmettent le le virus du chikungunya même à 20°

Les scientifiques ont découvert que la température influence non seulement les moustiques infectés par le virus du chikungunya, mais aussi le virus lui-même. À des températures de 20°C ou de 28°C, des profils d’expression génétique différents ont été observés chez les moustiques infectés.

De plus, la composition du microbiome des moustiques infectés varie en fonction de la température. À 28°C, on observe une diminution significative de la bactérie Wolbachia, qui joue un rôle inhibiteur dans la réplication du virus. Parallèlement, on constate une augmentation de la bactérie Serratia, qui favorise l’infection du tube digestif du moustique par le virus, contribuant ainsi à une transmission plus efficace du chikungunya.

L’expansion du moustique tigre dans les régions à climat tempéré et son impact sur la propagation du virus du chikungunya

Ces découvertes soulignent l’importance de la température dans les interactions entre le virus, le moustique et son environnement. Comprendre ces mécanismes moléculaires permet de mieux appréhender les facteurs qui favorisent la transmission du virus du chikungunya et d’envisager des approches de prévention ciblées.

Les conséquences de l’expansion du moustique tigre dans les régions à climat tempéré sur la propagation du virus du chikungunya

« La diversité génétique du virus du chikungunya est, elle aussi, modifiée. Tous ces changements induisent des transformations moléculaires menant à une transmission efficace du pathogène » explique Anna-Bella Failloux.

« Dans cette étude, le moustique Aedes albopictus est capable de transmettre le chikungunya avec la même efficacité à 20°C et à 28°C tout en mettant en jeu des processus moléculaires très distincts. Il s’agit d’un véritable exemple d’ajustement mutuel entre le virus et le vecteur, ici le moustique tigre, en réponse à son environnement. »

« Le chikungunya risque donc de poursuivre son expansion dans les zones où s’implante le moustique tigre. En l’absence de vaccins et de traitements, il pourrait devenir un problème de santé publique dans un plus grand nombre de pays des régions à climat tempéré. » conclue Anna-Bella-Failloux.

À ce jour, tous les cas de chikungunya signalés en France métropolitaine ne sont pas issus d’une transmission enzootique continue. En 2010, il y avait deux personnes ayant voyagé au Rajasthan, qui ont déclenché une chaîne de transmission conduisant aux premiers cas autochtones recensés en France hexagonale. Ces cas importés ont été à l’origine de l’introduction du virus dans la population locale.

Sources :

Climate change and vector-borne diseases: a multi-omics approach of temperature- induced changes in the mosquito, Journal of Travel Medicine, 25 Avril 2023

 

Rachel Bellone 1,2, Pierre Lechat 3, Laurence Mousson 1 , Valentine Gilbart 1 , Géraldine Piorkowski 4 , Chloé Bohers 1 , Andres Merits 5 , Etienne Kornobis 3 , Julie Reveillaud 6 , Christophe Paupy 6 , Marie Vazeille 1 , Jean-Philippe Martinet 1 , Yoann Madec 7 , Xavier De Lamballerie 4 , Catherine Dauga 1 , Anna-Bella Failloux 1 *

 

1 Institut Pasteur, Université Paris Cité, Arboviruses and Insect Vectors Unit, Paris, France. 2 Institut Pasteur, Collège Doctoral, Sorbonne Université, Paris, France.

3 Institut Pasteur, Université Paris Cité, Bioinformatics and Biostatistics Hub, Paris, France. 4 Unité des Virus Emergents (UVE), Aix Marseille Université, Marseille, France.

  • Institute of Technology, University of Tartu, Tartu,
  • UMR MIVEGEC (IRD 224-CNRS 5290-UM), IRD, INRAe, Montpellier,
  • Institut Pasteur, Université Paris Cité, Emerging Diseases Epidemiology Unit, Paris,

* To whom correspondence should be addressed.

Ces résultats ont été publiés dans la revue Journal of Travel Medicine, le 25 avril 2023.

doi.org/10.1093/jtm/taad062