Edgar Morin est mort à 104 ans. France Télévisions accompagne l’hommage national avec France 5, La Grande Librairie, C politique, En société et un documentaire.

 

Edgar Morin hommage national : la France salue une conscience rare, un homme qui n’a jamais quitté le monde. Mort à 104 ans, le philosophe et sociologue laisse une œuvre immense mais surtout une présence : celle d’un esprit libre, encore relié à notre époque jusqu’au bout.

Jusqu’à la fin, Edgar Morin a regardé le monde, l’a interrogé, aimé, contesté, commenté. Il n’était pas seulement l’un des grands intellectuels français du XXe siècle. Il était encore là, dans notre présent, dans ses guerres, ses crises démocratiques, ses inquiétudes, ses colères, ses espérances, ses réseaux et ses conversations.

Vendredi 29 mai 2026, Edgar Morin est mort à Paris, à l’âge de 104 ans. Avec lui disparaît une figure immense de la pensée française, mais surtout une présence rare : celle d’un homme qui avait traversé le siècle sans jamais s’en retirer.

Son vrai nom était Edgar Nahoum. Né à Paris le 8 juillet 1921, dans une famille juive séfarade venue de Salonique, il avait pris le nom de Morin pendant la Résistance. Ce nom de clandestinité est devenu son nom public, son nom d’auteur, son nom de combat intellectuel.

Aujourd’hui, France Télévisions accompagne l’hommage national à Edgar Morin avec plusieurs rendez-vous sur France 5 et france.tv : les magazines En société et C politique, une émission exceptionnelle de La Grande Librairie, ainsi que le documentaire Edgar Morin, un penseur à Paris.

Hommage national à Edgar Morin : ce qui est prévu aux Invalides

L’émotion suscitée par la disparition d’Edgar Morin dépasse largement le monde intellectuel. Un hommage national doit lui être rendu mercredi aux Invalides, dans la cour du Dôme, à partir de 11 heures.

Cette cérémonie vient saluer une trajectoire exceptionnelle : celle d’un résistant, d’un sociologue, d’un philosophe, d’un écrivain et d’un observateur passionné des bouleversements du monde.

Mais ce qui frappe aujourd’hui dans les nombreux témoignages qui lui sont rendus, c’est que beaucoup ne parlent pas seulement d’un penseur. Ils parlent d’une présence. D’une voix. D’un regard toujours tourné vers l’avenir.

France Télévisions accompagne l’hommage national à Edgar Morin

À l’occasion de cet hommage national, France Télévisions mobilise ses antennes pour permettre au public de retrouver celui qui fut l’un des grands esprits français de notre temps.

Loin d’un simple retour sur archives, la programmation proposée par France 5 et france.tv donne à voir un Edgar Morin profondément vivant : un homme qui n’a jamais cessé de réfléchir aux grands défis contemporains, de dialoguer avec la jeunesse, d’écrire, de publier et de commenter l’actualité.

Jusqu’à ses derniers jours, Edgar Morin restait attentif aux soubresauts du monde. À 104 ans, il continuait à partager ses réflexions, à prendre position sur les grandes questions de société et à échanger avec son époque.

Cette fidélité au présent explique sans doute pourquoi sa disparition touche autant. Edgar Morin n’apparaissait pas comme une figure du passé. Il semblait encore appartenir à notre temps.

En société et C politique : un hommage nationnal en direct sur France 5

Dimanche 31 mai, à partir de 18 h 40 sur France 5, les magazines En société et C politique consacrent une émission spéciale à Edgar Morin.

Émilie Tran Nguyen et Thomas Snégaroff reviennent sur son parcours exceptionnel, son engagement dans la Résistance, son œuvre, son regard sur la société et l’influence qu’il a exercée sur plusieurs générations de lecteurs, d’étudiants et de citoyens.

Cet hommage permet aussi de rappeler qu’Edgar Morin n’était pas seulement un auteur reconnu dans les universités. Il était un intellectuel populaire, capable de rendre accessibles les grandes questions de son temps.

La Grande Librairie : une soirée exceptionnelle consacrée à Edgar Morin

Mercredi 3 juin à 21 h 05, La Grande Librairie bouleverse sa programmation pour rendre hommage à Edgar Morin.

À travers une sélection de ses plus belles interventions auprès de François Busnel et d’Augustin Trapenard, l’émission permet de retrouver sa parole, son humour, sa lucidité et son incroyable curiosité pour le monde.

Au fil des années, Edgar Morin est devenu l’un des invités les plus marquants de l’émission. Il y parlait de littérature, de démocratie, d’écologie, de vieillesse, d’amour, de mort et d’espérance avec une liberté de ton devenue rare.

La soirée proposera également plusieurs séquences particulièrement émouvantes, dont la lecture du poème Liberté de Paul Éluard et la diffusion d’un texte inédit écrit spécialement pour La Grande Librairie.

Edgar Morin, un penseur à Paris : le documentaire à voir

France Télévisions remet également en lumière le documentaire Edgar Morin, un penseur à Paris, réalisé par Momoko Seto en 2019, avec une musique originale de Yann Leguay.

Dans ce film de 40 minutes, Edgar Morin parcourt les quartiers qui ont façonné son existence : Montmartre, Saint-Germain-des-Prés, le Marais ou encore la porte de Versailles.

À travers ces lieux, il raconte sa vie, ses engagements, ses rencontres, ses amours et les grandes étapes de son parcours intellectuel.

Le documentaire offre surtout le portrait d’un homme profondément attaché à Paris, mais dont la réflexion a rayonné bien au-delà des frontières françaises.

Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum

Avant d’être Edgar Morin, il y eut Edgar Nahoum.

Il naît le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive séfarade originaire de Salonique. Son père, Vidal Nahoum, appartient à cette mémoire méditerranéenne et exilée. Sa mère, Luna, meurt alors qu’il est encore enfant.

Cette disparition précoce le marque profondément.

On comprend mieux, à partir de là, pourquoi la mort, la mémoire, la fragilité et l’amour traversent son œuvre. Chez Edgar Morin, la pensée ne vient jamais seulement des livres. Elle vient aussi de la vie. De ce qui manque. De ce qui blesse. De ce qui oblige à comprendre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance. C’est là qu’il adopte le nom de Morin. Ce pseudonyme de clandestinité restera attaché à lui.

Le résistant, le communiste, puis l’homme libre

Edgar Morin entre dans la Résistance contre le nazisme. Après la guerre, il rejoint le Parti communiste français, comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, marqués par l’antifascisme et par l’espoir d’un monde plus juste.

Mais il ne restera pas longtemps prisonnier d’une ligne. En 1951, il est exclu du PCF après avoir critiqué le stalinisme.

Cette rupture est essentielle pour comprendre son parcours. Edgar Morin a cru, puis il a douté. Il s’est engagé, puis il a rompu. Il a gardé le désir de justice, mais il a refusé l’obéissance idéologique.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il reste si précieux aujourd’hui. Il savait que les idées peuvent libérer, mais aussi enfermer.

Edgar Morin, une vie reliée au monde

L’autodidacte entré au CNRS sans thèse

Edgar Morin avait quelque chose de profondément libre jusque dans son parcours académique. Il n’était pas un universitaire classique, ni un penseur fabriqué par une seule école. Titulaire de licences en histoire, géographie et droit, nourri de philosophie, d’économie, de politique, de littérature et de cinéma, il s’est construit comme un autodidacte immense.

En 1950, il entre au CNRS, avec l’appui notamment de Maurice Merleau-Ponty, Vladimir Jankélévitch et Pierre George. Il y mènera une carrière majeure jusqu’à devenir directeur de recherche émérite. Ce détail est essentiel : Edgar Morin a pensé contre les frontières disciplinaires parce que sa propre vie intellectuelle ne tenait dans aucune case.

Chronique d’un été : regarder les Français vivre

En 1961, Edgar Morin signe avec le cinéaste et ethnologue Jean Rouch le film Chronique d’un été, considéré comme une œuvre fondatrice du cinéma-vérité.

Le point de départ est simple et immense : demander à des Parisiens : “Êtes-vous heureux ?” Avec cette question, Edgar Morin quitte les grands discours pour aller vers la vie ordinaire, les visages, les voix, les hésitations, les silences. Le film capte une France en mutation, entre mémoire de la guerre, société de consommation, jeunesse, travail, solitude et désir de vivre autrement.

Ce n’est pas un détail dans son parcours. Edgar Morin a toujours voulu comprendre le réel à hauteur d’homme. Le cinéma lui offrait cela : non pas une théorie plaquée sur le monde, mais une rencontre avec des existences.

Plozévet : comprendre la France qui change

Dans les années 1960, Edgar Morin participe à une grande enquête du CNRS sur la commune bretonne de Plozévet, dans le Finistère. Cette étude collective devait comprendre les transformations d’un village confronté à la modernisation, aux changements sociaux, à la télévision, à l’école, à l’agriculture nouvelle, à la sortie d’un monde ancien.

Edgar Morin en tirera notamment Commune en France : la métamorphose de Plozévet. Cette enquête montre son intérêt pour les mutations concrètes de la société française. Là encore, il ne pense pas depuis une abstraction. Il part d’un lieu, d’habitants, de tensions, d’un territoire, d’une époque.

L’affaire fera aussi polémique localement : certains habitants se sentiront mal compris ou mal décrits. Mais cette controverse dit quelque chose d’important : Edgar Morin travaillait sur une matière vivante, sensible, jamais neutre. La société n’est pas un objet froid. Elle se raconte, se défend, se blesse parfois.

Les stars, les rumeurs et la culture populaire

Edgar Morin n’a jamais méprisé la culture populaire. Au contraire, il l’a prise au sérieux.

Avec Les Stars, publié en 1957, il analyse la célébrité, le cinéma, les mythologies modernes, cette manière qu’ont les sociétés contemporaines de fabriquer des figures d’identification collective. Il comprend très tôt que les stars ne sont pas de simples distractions : elles disent quelque chose de nos rêves, de nos manques, de nos désirs et de notre rapport à l’image.

Avec La Rumeur d’Orléans, en 1969, il étudie la propagation d’une rumeur antisémite autour de prétendues disparitions de jeunes femmes dans des boutiques de vêtements. Là encore, il regarde ce que la société fabrique quand la peur, le fantasme et le préjugé se mettent à circuler.

C’est aussi pour cela qu’Edgar Morin parle encore à notre époque : il avait compris avant beaucoup d’autres la puissance des images, des récits, des emballements collectifs et des imaginaires sociaux.

Mai 68, Arguments, Communications : penser avec son époque

Edgar Morin a toujours pensé au milieu des débats de son temps.

En 1956, il cofonde Arguments, revue intellectuelle marquée par la critique du stalinisme, la réflexion sur le marxisme, la modernité, la culture, la politique et les mutations du monde contemporain.

Il participe aussi à l’aventure de Communications, revue majeure pour penser les médias, la culture de masse, les signes, les imaginaires et les transformations de la société.

En 1968, il cherche à comprendre Mai 68 non comme un simple désordre étudiant, mais comme une rupture profonde dans la société française. Avec Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, il publie Mai 68 : La Brèche, où il analyse ce moment comme une irruption de la jeunesse, du désir, de la critique de l’autorité et de la parole libérée.

Ce regard confirme ce qui traverse toute son œuvre : Edgar Morin ne se contentait pas de juger les événements. Il voulait comprendre ce qu’ils ouvraient, ce qu’ils déplaçaient, ce qu’ils annonçaient.

Terre-Patrie et l’humanisme planétaire

Parmi ses grands livres, Terre-Patrie, écrit avec Anne-Brigitte Kern en 1993, occupe une place essentielle.

Edgar Morin y défend une idée devenue centrale aujourd’hui : l’humanité partage une communauté de destin planétaire. Le climat, les guerres, les migrations, les inégalités, les pandémies, les technologies, la destruction du vivant : tout nous oblige à penser au-delà des frontières.

Mais il ne s’agit pas pour lui d’effacer les cultures ou les nations. Il s’agit d’apprendre à relier nos appartenances. Nous sommes d’un lieu, d’une langue, d’une histoire, mais aussi d’une planète commune.

Cette intuition fait d’Edgar Morin l’un des grands penseurs de l’écologie humaniste et de la responsabilité mondiale.

Edgar Morin, un penseur très aimé en Amérique latine

Si Edgar Morin a parfois été discuté ou mal classé en France, son influence a été immense à l’étranger, notamment en Amérique latine.

Ses idées sur la pensée qui relie, l’éducation, l’humanité, la Terre et la connaissance ont nourri de nombreux chercheurs, enseignants, responsables éducatifs et intellectuels. Il a reçu de nombreux titres de docteur honoris causa dans le monde.

Cette reconnaissance internationale dit quelque chose de son œuvre : Edgar Morin ne pensait pas seulement pour une tradition française. Il parlait à des sociétés confrontées aux crises, aux inégalités, à la modernisation, aux fractures politiques et aux défis éducatifs.

Les filles d’Edgar Morin : une famille d’intellectuelles

La vie d’Edgar Morin fut aussi une vie familiale. De son mariage avec Irène “Violette” Chapellaubeau sont nées deux filles : Irène Nahoum-Léothaud, sociologue, et Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue.

Ce détail compte parce qu’il inscrit Edgar Morin dans une lignée intellectuelle et sensible. La pensée, chez lui, n’était pas séparée de la transmission. Elle passait aussi par la famille, les liens, les générations, les conversations, les fidélités.

Jusqu’au bout, un homme connecté au présent

Edgar Morin n’a jamais été un penseur retiré. Jusqu’à un âge très avancé, il continuait à intervenir dans le débat public, à publier, à commenter l’actualité, à écrire sur les crises du monde et à dialoguer avec son temps.

Il était aussi présent sur les réseaux sociaux, notamment sur X, où ses messages circulaient régulièrement. Cela peut sembler anecdotique, mais cela ne l’est pas : à plus de 100 ans, Edgar Morin ne se contentait pas d’être honoré. Il participait encore.

Il ne voulait pas être un monument. Il voulait rester un vivant parmi les vivants.

Edgar Morin ne pensait pas compliqué : il pensait relié

On a souvent résumé Edgar Morin à la pensée complexe. L’expression est exacte, mais elle peut trahir son intention si on la comprend mal.

Edgar Morin ne voulait pas rendre le monde plus compliqué. Il voulait nous empêcher de le simplifier jusqu’au mensonge.

Pour lui, un événement n’a jamais une seule cause. Une crise sanitaire n’est pas seulement médicale. Elle est aussi sociale, politique, médiatique, psychologique, économique. Une guerre n’est pas seulement militaire. Elle est aussi historique, culturelle, symbolique, géopolitique. Une société ne se comprend pas avec un seul chiffre. Un être humain ne se résume pas à une catégorie.

Ce qu’Edgar Morin nous a appris, c’est à relier.

Relier les savoirs. Relier les générations. Relier l’intime et le collectif. Relier la science et la poésie. Relier la lucidité et l’espérance. Relier la mémoire du passé et l’invention du futur.

C’est pour cela qu’il n’a jamais quitté le monde. Parce qu’il ne l’a jamais regardé en pièces détachées.

La Méthode : le grand chantier d’une vie

L’œuvre majeure d’Edgar Morin reste La Méthode, publiée en six volumes entre 1977 et 2004. C’est une œuvre monumentale, exigeante, mais profondément cohérente avec toute sa vie.

Avec La Méthode, Edgar Morin ne cherche pas seulement à produire une théorie. Il cherche à transformer notre manière de connaître.

Pourquoi l’école, l’université, les médias et les institutions séparent-ils autant les disciplines ? Pourquoi la biologie, la sociologie, la philosophie, l’anthropologie, l’écologie, la politique et la psychologie avancent-elles si souvent chacune dans leur couloir ? Pourquoi croyons-nous mieux comprendre quand nous découpons le réel ?

Edgar Morin défend l’inverse. Il veut une pensée capable de circuler. Une pensée qui ne confonde pas spécialisation et enfermement. Une pensée qui accepte les contradictions, les incertitudes, les interactions, les effets inattendus.

Dans une époque saturée d’informations, son message reste essentiel : savoir beaucoup ne suffit pas. Il faut savoir relier.

Edgar Morin et la vieillesse : monter, ne pas descendre

Edgar Morin refusait l’idée d’une vieillesse réduite au déclin. Il ne voyait pas l’âge comme une lente sortie du monde.

Il avait cette formule magnifique : la vieillesse n’est pas un escalier qu’on descend vers la tombe, c’est une marche qu’on monte.

Cette phrase dit tout de son rapport à la fin de vie. Vieillir, pour lui, ce n’était pas seulement perdre. C’était aussi approfondir. Voir autrement. Transmettre. Habiter plus intensément ce qui reste.

À 104 ans, Edgar Morin n’était pas un vestige. Il était encore un interlocuteur du présent. Il commentait l’actualité, écrivait, intervenait, publiait, réagissait. Sa parole circulait encore sur les réseaux sociaux. Il était dans son temps, parfois inquiet, souvent lucide, jamais retiré.

C’est ce qui rend sa disparition si particulière. Edgar Morin ne semblait pas appartenir seulement au passé. Il appartenait encore à notre présent.

Un homme qui voulait nous apprendre à vivre

Edgar Morin ne voulait pas seulement nous apprendre à penser. Il voulait nous apprendre à vivre.

À vivre avec nos contradictions. À vivre avec l’incertitude. À vivre avec la mort sans cesser d’aimer la vie. À vivre avec les crises sans renoncer à l’espérance. À vivre avec nos erreurs sans nous laisser définir par elles. À vivre avec les autres, dans un monde où tout nous pousse parfois à nous séparer.

Il ne proposait pas une sagesse lisse. Il savait que l’humanité peut être violente, aveugle, destructrice. Il avait vu les totalitarismes. Il avait connu la guerre. Il avait compris les dérives des idéologies.

Mais il refusait le désespoir comme posture finale.

Chez Edgar Morin, l’espérance n’était pas une naïveté. C’était une résistance. Une manière de continuer à chercher des chemins quand tout semble fermé.

Qui Edgar Morin a-t-il côtoyé ?

Edgar Morin a traversé plus d’un siècle de vie intellectuelle et politique. Il a côtoyé des résistants, des écrivains, des cinéastes, des sociologues, des philosophes, des chercheurs, des responsables politiques, des journalistes, des artistes et des anonymes.

Avec le cinéaste et ethnologue Jean Rouch, il signe en 1961 Chronique d’un été, film fondateur du cinéma-vérité. Le film pose une question simple à des Parisiens : “Êtes-vous heureux ?”

Cette question dit beaucoup de lui. Elle est directe, humaine, presque enfantine, mais immense. Elle oblige à sortir des discours abstraits pour revenir à la vie réelle.

Edgar Morin s’est aussi intéressé aux stars, au cinéma, aux rumeurs, aux jeunes, à la culture de masse, aux médias, aux mythologies modernes. Il ne méprisait pas le populaire. Il voulait comprendre ce qui fait vibrer une société.

Les grands livres d’Edgar Morin à connaître

Pour comprendre Edgar Morin, plusieurs livres sont essentiels.

L’Homme et la mort explore le rapport des sociétés humaines à la disparition, aux rites, aux croyances, à la mémoire et à la peur de mourir.

Les Stars analyse la célébrité, le cinéma et les mythologies modernes.

La Rumeur d’Orléans étudie la naissance et la diffusion d’une rumeur antisémite. Le livre montre comment une société peut fabriquer de la peur à partir de fantasmes collectifs.

La Méthode constitue son œuvre majeure sur la connaissance, les liens entre disciplines, l’incertitude et la pensée qui relie.

Terre-Patrie, écrit avec Anne-Brigitte Kern, défend l’idée d’une communauté de destin planétaire.

Introduction à la pensée complexe permet d’entrer plus directement dans l’une de ses grandes intuitions : le monde ne se comprend jamais par morceaux isolés.

Edgar Morin et l’humanisme planétaire

Edgar Morin défendait un humanisme planétaire. L’expression pourrait sembler abstraite, mais elle était très concrète chez lui.

Elle signifiait que l’humanité partage désormais une communauté de destin. Le climat, les guerres, les migrations, les pandémies, les inégalités, les technologies, la destruction du vivant, les crises démocratiques ne s’arrêtent pas aux frontières.

Pour autant, Edgar Morin ne voulait pas effacer les cultures, les peuples, les histoires particulières. Il voulait que nous apprenions à penser ensemble le singulier et le commun.

Être humain, pour lui, c’était appartenir à une famille, à une langue, à une mémoire, à une nation parfois, mais aussi à une aventure plus vaste : celle du vivant, de la Terre, de l’humanité.

Pourquoi Edgar Morin reste si actuel ?

Edgar Morin reste actuel parce que notre époque a exactement besoin de ce qu’il a tenté de transmettre.

Nous vivons dans un monde où tout est lié, mais où le débat public adore séparer. On oppose trop vite. On juge trop vite. On simplifie trop vite. On transforme les crises en slogans, les personnes en camps, les idées en armes.

Edgar Morin nous invite à l’inverse.

Il nous demande de regarder plus large. De ne pas confondre vitesse et compréhension. De ne pas prendre une réaction pour une pensée. De ne pas réduire un être humain à une faute, une identité, une phrase, une appartenance.

Sa pensée n’est pas confortable, parce qu’elle oblige à tenir ensemble des choses contradictoires. Mais elle est profondément humaine, parce qu’elle refuse de mutiler le réel.

Edgar Morin est mort mais sa présence demeure

Edgar Morin est mort à 104 ans. Mais il laisse une œuvre, une voix, une méthode, une manière de traverser le monde.

Il laisse l’exemple d’un homme qui n’a jamais cessé d’apprendre. D’un homme qui n’a jamais transformé son âge en retrait. D’un homme qui a continué à regarder son époque en face, même quand elle devenait dure, confuse, violente ou désespérante.

France Télévisions accompagne l’hommage national à Edgar Morin parce que sa disparition n’est pas seulement celle d’un auteur. C’est celle d’un homme qui avait fait de la pensée une présence au monde.

Edgar Morin n’a jamais quitté le monde.

Et c’est peut-être pour cela qu’il nous manque déjà autant.

L’hommage national à Edgar Morin est à voir en direct ou en replay sur les antennes de France Télévisions