Un traitement inédit contre le cancer du cerveau est testé en France pour cibler des tumeurs très agressives. Voici ce que cette avancée peut changer.
Un traitement inédit contre le cancer du cerveau est testé en France dans des tumeurs cérébrales très agressives. Baptisé TARLATEM, cet essai clinique mené par le Centre Léon Bérard, à Lyon, associe une immunothérapie et une chimiothérapie déjà utilisée dans les tumeurs du cerveau. Objectif : aider le système immunitaire à mieux reconnaître les cellules cancéreuses et à les détruire. Une piste prometteuse, mais encore expérimentale.
Un nouvel espoir face aux tumeurs cérébrales agressives
Les tumeurs cérébrales de haut grade font partie des cancers les plus difficiles à traiter. Elles peuvent toucher des enfants, des adultes ou des personnes âgées. Elles sont rares, mais souvent redoutables.
Selon le Centre Léon Bérard, moins de 1 % de la population développera une tumeur maligne cérébrale au cours de sa vie. Pourtant, lorsqu’elles surviennent, ces tumeurs sont souvent associées à un mauvais pronostic, notamment lorsqu’elles récidivent après les traitements classiques.
C’est précisément dans ce contexte que l’essai TARLATEM est lancé. Il ne s’agit pas d’un traitement déjà disponible pour tous les patients, ni d’une promesse de guérison immédiate. Il s’agit d’un essai clinique de phase I/II, c’est-à-dire une étude qui cherche d’abord à vérifier la tolérance du traitement, puis à observer son activité contre la maladie.
TARLATEM : que teste exactement cette étude ?
L’étude TARLATEM évalue une combinaison de deux traitements :
- une immunothérapie, le tarlatamab ;
- une chimiothérapie, le témozolomide, déjà bien connu dans la prise en charge des tumeurs cérébrales.
L’essai est promu par le Centre Léon Bérard et coordonné par le Dr Pierre Leblond, onco-pédiatre à l’IHOPe, avec la collaboration du Dr Aurélien Maureille, neuro-oncologue au Centre Léon Bérard, pour le volet adulte.
Le Dr Pierre Leblond résume l’enjeu : il faut “introduire de nouveaux agents, imaginer de nouvelles stratégies”.
Cette phrase dit bien le cœur du sujet : lorsque les tumeurs cérébrales de haut grade récidivent, les options thérapeutiques restent limitées. Les chercheurs cherchent donc à combiner des approches différentes pour tenter de rendre la tumeur plus vulnérable.
Comment fonctionne cette immunothérapie sur les tumeurs cérébrales ?
Le tarlatamab est un anticorps bispécifique. Dit simplement, c’est une molécule conçue pour se fixer à deux éléments en même temps.
D’un côté, elle cible DLL3, une protéine présente à la surface de certaines cellules tumorales. De l’autre, elle se fixe à CD3, un récepteur présent sur les lymphocytes T, des cellules importantes du système immunitaire.
Son rôle est donc de créer un pont entre la cellule cancéreuse et le lymphocyte T. Une fois rapproché de la tumeur, le lymphocyte T peut mieux reconnaître la cellule malade et tenter de la détruire.
C’est là que l’étude devient particulièrement intéressante. Selon le Dr Pierre Leblond, “c’est la première fois” que cet anticorps est utilisé dans les tumeurs cérébrales.
Pourquoi ajouter une chimiothérapie ?
L’autre traitement testé dans TARLATEM est le témozolomide, aussi appelé TMZ. Cette chimiothérapie est déjà utilisée dans certaines tumeurs cérébrales.
Mais ici, elle est administrée à faible dose et de façon continue. On parle de traitement métronomique. L’idée n’est pas seulement d’attaquer directement la tumeur cérébrale mais aussi de modifier progressivement son environnement.
Pourquoi est-ce important ? Parce que certaines tumeurs cérébrales sont difficiles à atteindre par le système immunitaire. Elles peuvent créer autour d’elles un environnement qui freine la réponse immunitaire. En donnant le témozolomide de cette manière, les chercheurs espèrent rendre cet environnement plus favorable à l’action de l’immunothérapie.
En clair : la chimiothérapie prépare le terrain, l’immunothérapie tente ensuite de mobiliser les défenses du corps contre les cellules tumorales.
Quels patients souffrant d’un cancer cérébral pourront participer ?
Tous les patients atteints d’une tumeur au cerveau ne pourront pas recevoir ce traitement dans l’essai clinique. En efft, avant l’inclusion, les chercheurs devront vérifier si la tumeur exprime bien la protéine DLL3.
Cette analyse est réalisée par immunohistochimie sur un tissu tumoral conservé. Elle est centralisée dans le laboratoire du Pr David Meyronet, aux Hospices Civils de Lyon.
Seuls les patients présentant une tumeur cérébrale de haut grade DLL3-positive pourront commencer le traitement dans le cadre de TARLATEM.
C’est un point essentiel : ce traitement est une approche ciblée. Il ne vise pas toutes les tumeurs cérébrales, mais celles qui présentent une caractéristique biologique précise.
Une étude sur le cancer du cerveau en deux temps
L’essai TARLATEM se déroulera en deux grandes étapes.
La première étape servira à évaluer la tolérance de l’association entre le tarlatamab et le témozolomide. Autrement dit : les médecins veulent d’abord savoir si cette combinaison peut être administrée dans des conditions acceptables de sécurité.
La deuxième étape, appelée phase II, évaluera l’activité clinique du traitement dans trois groupes de patients :
- les gliomes de haut grade avec mutation IDH ;
- les gliomes de haut grade sans mutation IDH ;
- les autres tumeurs cérébrales de haut grade.
Cette distinction est importante, car toutes les tumeurs cérébrales agressives ne se comportent pas de la même manière. Leur biologie, leur évolution et leur réponse aux traitements peuvent varier fortement.
Une centaine de patients et quinze centres en France
L’étude prévoit d’inclure environ 100 patients dans une quinzaine de centres en France. Elle bénéficie du soutien de l’ANOCEF, l’Association des Neuro-Oncologues d’Expression Française.
Le programme est financé par l’Institut national du cancer et la Fondation ARC, avec le soutien d’Amgen.
L’ouverture aux inclusions pour les tumeurs pédiatriques est prévue avant la fin de l’année 2026.
Pourquoi cette étude est importante pour les personnes souffrants de tumeurs cérébrales agressives ?
TARLATEM est important pour trois raisons.
D’abord, parce qu’il s’attaque à des cancers du cerveau pour lesquels les besoins médicaux restent immenses. Les tumeurs cérébrales de haut grade sont souvent difficiles à traiter, surtout en cas de récidive.
Ensuite, parce qu’il teste une stratégie innovante : rapprocher les cellules immunitaires des cellules tumorales grâce à un anticorps bispécifique.
Enfin, parce qu’il concerne à la fois des patients adultes et pédiatriques, avec une organisation multicentrique en France.
Mais il faut rester prudent. Un essai clinique n’est pas encore une preuve d’efficacité définitive. Il faut attendre les résultats, la tolérance, les réponses observées et leur durée.
Ce que les patients doivent comprendre
Ce traitement contre le cancer du cerveau n’est pas un remède miracle. Il n’est pas encore un nouveau standard de soin. Il est testé dans un cadre très encadré, avec des critères précis.
Mais il représente une piste d’espoir rationnelle : utiliser le système immunitaire pour mieux cibler certaines tumeurs cérébrales agressives.
Pour les patients et les familles, la bonne question n’est donc pas : “Ce traitement guérit-il le cancer du cerveau ?” La vraie question est : “Peut-il ouvrir une nouvelle voie thérapeutique pour certains patients qui manquent aujourd’hui d’options ?”
C’est précisément ce que l’essai TARLATEM va chercher à déterminer.
Avec TARLATEM, le Centre Léon Bérard lance en France un essai clinique ambitieux contre les tumeurs cérébrales de haut grade. En associant le tarlatamab, une immunothérapie ciblant DLL3 et CD3, au témozolomide, une chimiothérapie administrée à faible dose continue, les chercheurs espèrent rendre certaines tumeurs plus sensibles à l’action du système immunitaire.
L’espoir est réel. La prudence l’est tout autant. Pour l’instant, TARLATEM est une étude clinique, pas une garantie de guérison. Mais dans des cancers où les options restent trop limitées, chaque nouvelle stratégie sérieuse compte.
FAQ : cancer du cerveau, TARLATEM et traitement inédit
Qu’est-ce que TARLATEM ?
TARLATEM est un essai clinique français qui teste l’association d’une immunothérapie, le tarlatamab, et d’une chimiothérapie, le témozolomide, contre des tumeurs cérébrales de haut grade.
Ce traitement concerne-t-il tous les cancers du cerveau ?
Non. L’essai concerne des patients ayant une tumeur cérébrale de haut grade exprimant la protéine DLL3. Une analyse biologique est nécessaire avant l’inclusion.
Le tarlatamab, c’est quoi ?
Le tarlatamab est un anticorps bispécifique. Il se fixe à la fois sur une cible tumorale, DLL3, et sur les lymphocytes T via CD3, afin de rapprocher les cellules immunitaires des cellules cancéreuses.
Pourquoi parle-t-on d’un traitement inédit pour traiter le cancer du cerveau ?
Parce que, selon le Centre Léon Bérard, c’est la première fois que cet anticorps est utilisé dans le traitement des tumeurs cérébrales.
Est-ce un traitement déjà disponible pour les patients atteints d’un cancer cérébral ?
Non. TARLATEM est un essai clinique de phase I/II. Le traitement est donc évalué dans un cadre de recherche, avec des critères d’inclusion précis.
Combien de patients ayant un cancer du cerveau seront inclus ?
L’étude prévoit d’inclure environ 100 patients dans une quinzaine de centres en France.
Les enfants ayant un cancer cérébral sont-ils concernés ?
Oui, l’étude inclut un volet pédiatrique. L’ouverture aux inclusions pour les tumeurs pédiatriques est prévue avant la fin de l’année 2026.
Ce traitement peut-il guérir le cancer du cerveau ?
Il est trop tôt pour l’affirmer. L’objectif de l’essai est d’abord d’évaluer la tolérance de l’association, puis son activité clinique. Il faut attendre les résultats avant de parler d’efficacité.