Vous surveillez les biscuits du goûter, vous comparez les céréales du petit-déjeuner et vous essayez de limiter les boissons sucrées. Mais qui décide de la quantité de sucre dans ces produits ? Les fabricants. Alors qu’une extension de la taxe sucre est proposée pour 2027, les associations de patients réclament une action sur les recettes. Les résultats britanniques éclairent ce débat, sans garantir le succès du projet français.
« Mangez moins sucré. » Le conseil est connu. Au supermarché, il vous laisse pourtant une série de décisions à prendre : lire les étiquettes, comparer les portions, trouver un produit qui convienne à votre budget et que vos enfants acceptent de manger.
Une politique de prévention doit-elle reposer sur cette vigilance permanente ? C’est la question derrière le débat sur la taxe sucre : agir sur vos achats, mais aussi sur ce que les entreprises mettent dans les paquets.
Dans une lettre ouverte datée du 13 octobre 2026, France Assos Santé et ses cosignataires appellent les parlementaires à soutenir la mesure. Parmi eux figurent la Ligue nationale contre le cancer, la Fédération Française des Diabétiques et le Collectif National des Associations d’Obèses. Leur intervention pose un enjeu essentiel : informer les consommateurs ne dispense pas d’améliorer les produits qui leur sont proposés.
Trois enfants sur quatre dépassent le repère de consommation de sucres
Le chiffre rappelle l’ampleur du problème. Selon les données analysées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), 75 % des enfants de 4 à 7 ans dépassent le plafond conseillé de 60 grammes de sucres par jour. Ces résultats, mis en avant en 2019, ne constituent pas une nouvelle enquête réalisée en 2026.
Ce repère porte sur les sucres totaux, hors lactose et galactose. Il ne signifie donc pas qu’un enfant dispose de 60 grammes de sucre blanc à ajouter à ses repas : les sucres présents dans les aliments sont également comptabilisés. [Source : Anses, Santé.fr]
Pour comprendre l’effet d’une recette, prenons un exemple : une portion de 30 grammes de céréales contenant 30 % de sucres en apporte 9 grammes. Une recette à 20 % en apporte 6 grammes pour la même portion. Trois grammes d’écart, avant même que vous changiez la quantité servie.
C’est tout l’intérêt de la réduction du sucre dans les recettes : elle agit aussi pour les personnes qui ne passent pas chaque achat au crible.
Le problème de santé dépasse la question des kilos
L’excès de sucre contribue à la prise de poids, particulièrement lorsqu’il est consommé sous forme de boissons. Le surpoids et l’obésité augmentent ensuite le risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Le lien entre consommation de sucres et caries est également établi.
Cela ne signifie pas qu’un biscuit provoque un cancer ni que le sucre explique à lui seul toutes ces maladies. La prévention concerne l’alimentation dans la durée et l’ensemble des facteurs de risque. [Source : Anses, Santé.fr]
Les signataires de la lettre résument leur demande ainsi :
« L’objectif de cette nouvelle taxe n’est pas de culpabiliser davantage les consommateurs »
Cette phrase mérite d’être prise au sérieux. Vous conseiller de réduire le sucre vous donne une information. Réduire sa quantité dans les produits modifie aussi ce que vous consommez, sans vous demander un effort supplémentaire à chaque repas.
Au Royaume-Uni, la taxe et les engagements volontaires ont donné des résultats très différents
Le Royaume-Uni offre un point de comparaison instructif. Son programme volontaire demandait aux entreprises de réduire de 20 % le sucre dans plusieurs catégories d’aliments entre 2015 et 2020. Le bilan global a atteint 3,5 % de réduction, avec de meilleurs résultats pour les céréales du petit-déjeuner et les yaourts.
Cette moyenne est pondérée par les ventes : un produit très acheté compte davantage qu’une référence peu vendue. Elle reflète ainsi mieux l’offre effectivement achetée qu’une simple moyenne de toutes les étiquettes. [Source : Parlement britannique, 2 août 2024]
Sur la même période, la teneur moyenne en sucre des boissons concernées par la taxe britannique a diminué de 46 %, selon le bilan officiel, également pondéré par les ventes.
Pourquoi cette différence intéresse-t-elle le débat français ? Parce que la taxe crée un intérêt financier à changer la recette. Un fabricant qui descend sous un seuil fiscal réduit la contribution à payer. Il dispose donc d’une raison économique d’enlever du sucre.
Le gouvernement britannique avait annoncé la mesure deux ans avant son application en avril 2018, donnant aux entreprises du temps pour adapter leurs produits. [Source : gouvernement britannique]
La comparaison a toutefois une limite majeure : elle porte sur des catégories différentes. Réduire le sucre d’une boisson et modifier un biscuit ne posent pas les mêmes contraintes de texture ou de fabrication. Ces chiffres démontrent des résultats obtenus au Royaume-Uni ; ils ne prédisent pas une baisse de 46 % du sucre dans les gâteaux français.
Ce que prévoit le projet français — et ce qui reste à décider
Au 13 octobre 2026, l’extension de la taxe figure dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Elle n’est pas définitivement adoptée.
Le texte cible certaines catégories de produits transformés préemballés, dont des biscuits, céréales, confiseries et produits chocolatés. Il combine la teneur en sucres totaux avec la présence d’au moins un additif. Le premier palier commence à 10 grammes de sucres pour 100 grammes ; les suivants varient selon les catégories. Un volet concerne aussi les édulcorants de synthèse. [Source : Assemblée nationale, article 8]
Ces critères méritent un examen : supprimer un additif sans diminuer le sucre ferait-il sortir un produit du champ ? La rédaction actuelle ouvre cette possibilité. Une exonération fiscale ne suffit donc pas à qualifier un aliment de favorable à la santé.
Qui paiera : le fabricant ou vous ?
La question du pouvoir d’achat est légitime. Dans sa prise de position du 12 octobre, l’Institut de liaisons des entreprises de consommation (Ilec), qui représente des entreprises de produits de consommation, insiste sur la fragilité des marges et les difficultés d’investissement du secteur. Ces objections économiques doivent être examinées, sans en déduire une hausse automatique et uniforme des prix. [Source : Ilec]
Pour mesurer l’ordre de grandeur, le tarif supérieur proposé de 22 euros pour 100 kilos représente 6,6 centimes de contribution sur un paquet de 300 grammes, hors volet édulcorants. C’est un calcul à partir du barème, pas une prévision de hausse en rayon. [Source : Assemblée nationale, article 8]
La répartition du coût dépendra notamment des choix de recettes, des marges et des négociations commerciales. Si la recette reste identique et que le prix augmente, vous supportez une dépense supplémentaire sans amélioration du produit. Si le fabricant réduit le sucre pour changer de tranche, la mesure agit sur l’offre.
Les associations dénoncent une présentation de la taxe comme exclusivement « anti-pouvoir d’achat ». Mais défendre la prévention exige aussi de regarder ce que les ménages modestes paient et les alternatives auxquelles ils ont accès.
Mieux manger doit aussi devenir plus accessible
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande les outils fiscaux dans un ensemble d’actions complémentaires. Taxer certains produits et rendre les aliments favorables à la santé plus abordables sont deux leviers à articuler. Les aides sur les fruits et légumes font partie des options qu’elle défend. [Source : OMS, recommandations de 2024]
La lettre ouverte propose notamment un panier de 100 produits sains à prix coûtant. Il s’agit d’une demande des signataires, pas d’un dispositif déjà accessible. Elle appelle des précisions : quels produits, quels magasins et quel contrôle des prix ?
Les associations réclament également la généralisation du Nutri-Score et une protection des enfants contre le marketing des produits de faible qualité nutritionnelle et ultra-transformés. Ces mesures poursuivent des objectifs complémentaires : vous aider à comparer et réduire l’incitation à acheter.
« La prévention ne peut pas être un engagement de façade. »
Cette exigence des signataires vaut pour l’ensemble du débat. Une taxe doit être évaluée sur les recettes, les quantités de sucre achetées et les prix. Les promesses volontaires des entreprises doivent, elles aussi, être accompagnées de résultats vérifiables.
Pour vous, l’enjeu est concret : trouver dans les rayons des produits moins sucrés, à des prix accessibles, sans devoir devenir spécialiste de la nutrition pour préparer un petit-déjeuner. C’est sur ce résultat que le projet mérite d’être jugé.
À LIRE | Et si on reprenait le pouvoir sur le sucre ?
Faire ses biscuits et ses gâteaux soi-même, c’est aussi choisir ce qu’on met dedans !** Farine, beurre, chocolat… et surtout la quantité de sucre. Une bonne raison de remettre la main à la pâte.
Avec Salement sucré, Stan Quidet, pâtissier autodidacte suivi par 160 000 abonnés sur Instagram, nous donne envie d’enfiler notre tablier. Au menu : 50 recettes accessibles, du Paris-Brest à la tarte Tatin, en passant par des créations plus audacieuses comme la tarte fraise-basilic ou pomme-romarin. Pas besoin d’être un grand chef pour se faire plaisir !
e petit plus ? En cuisinant maison, on connaît les ingrédients et on peut ajuster le sucre lorsque la recette le permet. Attention, fait maison ne signifie pas automatiquement moins sucré. Mais au moins, c’est vous qui décidez !
Salement sucré, Stan Quidet — Albin Michel
Instagram : @salementsucré
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Sources et référencesFrance Assos Santé et associations cosignataires, lettre ouverte aux parlementaires, 13 octobre 2026 ; Assemblée nationale, PLFSS 2027, article 8 ; Anses, Sucres dans l’alimentation ; Parlement britannique, bilan du programme de réduction du sucre, août 2024 ; Gouvernement britannique, taxe sur les boissons sucrées ; OMS, politiques fiscales pour une alimentation saine, juin 2024 ; Ilec, prise de position du 12 octobre 2026.
Sophie Madoun
