Les céréales, le pain et les pâtes figurent parmi les aliments les plus touchés par les PFAS. Voici ce que révèlent les analyses sur cette contamination invisible.

Les céréales, le pain, les pâtes, les farines ou les biscuits sont au cœur de l’alimentation des familles. Pourtant, les données les plus récentes indiquent que ces produits comptent parmi les aliments les plus contaminés par les PFAS, ces « polluants éternels » capables de s’infiltrer partout dans l’environnement. Comment ces substances arrivent-elles jusque dans notre baguette ou nos pâtes quotidiennes ? Et que signifie réellement cette contamination pour la santé ?

Pourquoi les PFAS se retrouvent dans les céréales ?

Pour comprendre ce qui se passe, il faut imaginer la trajectoire d’une goutte d’eau polluée. Elle tombe sur un champ, glisse dans le sol, s’infiltre dans les racines d’un plant de blé, s’accumule lentement dans les grains, puis finit transformée en farine, en pâtes, en pain ou en céréales du petit-déjeuner.
Les PFAS (polluants éternels) suivent exactement ce chemin, sans se dégrader.

Ces molécules sont utilisées depuis plus de cinquante ans pour fabriquer des produits résistants à l’eau, à la graisse ou à la chaleur. Elles sont présentes dans les mousses anti-incendie, les textiles, les emballages alimentaires, certains ustensiles de cuisine. Une fois dans l’environnement, elles persistent pendant des décennies.

Mais pourquoi les céréales sont-elles si touchées ?

Elles absorbent tout ce que contient le sol

Le blé, l’avoine, le seigle et d’autres céréales absorbent naturellement l’eau et les nutriments… mais aussi les polluants présents dans le sol. Les PFAS, très mobiles, se lient fortement aux particules du sol puis migrent vers les plantes.

L’eau d’irrigation peut être contaminée

Dans certaines régions, les PFAS ont infiltré les nappes phréatiques. L’irrigation transporte alors ces molécules directement vers les cultures.

Les boues d’épuration épandues dans les champs

Pendant longtemps, les boues issues du traitement des eaux usées ont été utilisées comme engrais. Elles contiennent souvent des PFAS. Une fois déposées sur les terres agricoles, elles deviennent une source continue de contamination.

Les emballages peuvent ajouter une dose supplémentaire

Certains papiers alimentaires résistant à la graisse contiennent des PFAS qui peuvent migrer vers les aliments, surtout lorsqu’ils sont chauds.

Ce que les analyses montrent sur la présence de polluants éternels dans les céréales

Les résultats publiés ces derniers mois convergent tous :
les produits céréaliers comptent parmi les aliments les plus susceptibles de contenir des PFAS, parfois à des niveaux plus élevés que la viande, le poisson ou les produits laitiers.

Les aliments concernés sont :
• les céréales du petit-déjeuner
• le pain industriel et artisanal
• les viennoiseries
• les pâtes
• les biscuits
• les farines de blé
• les galettes, crackers et produits extrudés

Plus un produit est transformé, plus la concentration en PFAS peut augmenter. L’extrusion (la cuisson des céréales du matin, par exemple) tend à concentrer certains composés.

Mais qu’est-ce que cela signifie pour la santé ?

Les PFAS ne provoquent pas une intoxication brutale. Le risque vient de leur capacité à s’accumuler dans l’organisme.

Les études ont mis en évidence plusieurs effets possibles :
• perturbation du système immunitaire
• augmentation du cholestérol
• dérèglement de la thyroïde
• effets sur la croissance fœtale
• impact sur la fertilité
• risques accrus de certains cancers selon la molécule
• diminution de l’efficacité vaccinale chez l’enfant

Rien de cela ne signifie qu’un bol de céréales du matin est “dangereux” en soi. Le risque provient de l’exposition totale, cumulée au fil des décennies, avec des aliments que tout le monde consomme quotidiennement.

Comment ces molécules invisibles voyagent-elles jusqu’à nos assiettes ?

Pour raconter cette histoire, imaginez un champ de blé au milieu d’une plaine. Personne ne verrait que, sous la surface, les PFAS circulent lentement. Ils descendent avec les pluies, remontent avec les eaux souterraines, se fixent sur les racines. Pas d’odeur, pas de couleur, aucune trace visible.

Puis le blé est récolté, envoyé en meunerie, transformé en farine. La farine devient baguette, pâtes, gâteau, céréales pour enfants. À chaque transformation, les traces de PFAS poursuivent leur route. C’est un transfert silencieux, parfaitement imperceptible pour le consommateur.

C’est précisément ce qui inquiète les autorités : un polluant dont on ne se rend pas compte, et que l’on consomme quotidiennement depuis des années.

Peut-on réduire son exposition aux pfas ?

Vous ne pourrez pas éliminer totalement les PFAS de votre alimentation, car ils sont présents partout. Mais vous pouvez réduire significativement votre exposition en adoptant quelques réflexes :

• varier les types de céréales (blé, avoine, sarrasin, riz, quinoa)
• limiter les produits industriels très transformés
• favoriser les produits locaux ou issus de filières maîtrisées
• cuisiner davantage à partir de produits bruts
• réduire les emballages alimentaires imperméabilisés
• privilégier les farines et pains de boulangeries artisanales lorsque possible

Chaque geste réduit la charge globale, sans bouleverser votre quotidien.

Pfass : une réglementation en mouvement

Des restrictions commencent à cibler les PFAS les plus dangereux, mais la majorité de ces molécules est encore utilisée. Une proposition européenne vise à interdire presque tous les PFAS, mais sa mise en œuvre sera longue car ils sont présents dans des milliers de produits industriels.

Cette transition demandera donc plusieurs années, mais la pression scientifique et citoyenne accélère le processus.

En résumé

• Les céréales et produits à base de blé figurent parmi les aliments les plus contaminés par les PFAS.
• Cette contamination provient du sol, de l’eau, des boues d’épuration et des emballages.
• Les PFAS s’accumulent dans l’organisme et peuvent affecter le système immunitaire, la thyroïde et la fertilité.
• Les produits très transformés présentent souvent des concentrations plus élevées.
• Quelques gestes simples peuvent réduire l’exposition.
• Une réglementation plus stricte est en préparation, mais prendra du temps.

Les questions essentielles que vous vous posez sur la contamination des céréales et la présence de PFAS dans les aliments

Pourquoi parle-t-on d’une forte contamination des céréales par les PFAS ?

Parce que les analyses montrent que les produits céréaliers contaminés (pain, pâtes, biscuits, farines) constituent l’une des principales sources de PFAS dans l’alimentation. Les céréales absorbent ce que contiennent les sols et l’eau ; or ce sont précisément là que ces polluants éternels se concentrent. Le blé est particulièrement sensible, ce qui explique pourquoi la contamination du blé revient régulièrement dans les rapports scientifiques.

Les céréales du petit-déjeuner sont-elles les aliments les plus contaminés par les PFAS ?

Les études indiquent que les céréales du petit-déjeuner font partie des produits où les PFAS apparaissent le plus souvent, en raison de leur transformation intense. L’extrusion et la cuisson peuvent concentrer certains composés. Ce n’est donc pas seulement une question de marque mais de processus de fabrication.

Le pain est-il lui aussi concerné par cette contamination alimentaire ?

Oui. Le pain contaminé par des PFAS n’est pas un cas isolé : il reflète la présence de ces molécules dans les farines, elles-mêmes issues de blé cultivé dans des sols exposés. L’exposition ne dépend pas du boulanger mais de l’origine des céréales.

Les pâtes peuvent-elles contenir des PFAS ?

Oui. Même si elles sont considérées comme un aliment simple, les pâtes contaminées par les PFAS résultent du même mécanisme que le pain ou les céréales : la contamination initiale du blé. Les PFAS ne disparaissent ni avec la cuisson ni avec le séchage.

Les produits bio sont-ils moins concernés par la contamination des céréales ?

Le bio limite les pesticides mais ne peut pas empêcher la présence de PFAS dans les céréales biologiques, car ces substances persistent dans les sols et les nappes phréatiques depuis des décennies. Les études montrent parfois des niveaux légèrement plus faibles, mais aucun produit ne peut garantir une absence totale de PFAS.

Comment savoir si un aliment contient des PFAS ?

On ne peut pas le détecter visuellement. La contamination alimentaire aux PFAS est invisible. Seules des analyses en laboratoire peuvent révéler la présence de PFAS dans les céréales, le pain, les pâtes ou les produits transformés. La liste des aliments les plus exposés est actualisée par les agences sanitaires au fil des nouvelles données.

Quels sont les risques des PFAS pour la santé en cas de consommation régulière ?

Les effets des PFAS sur la santé sont principalement liés à l’accumulation dans l’organisme. Les études évoquent des risques pour le système immunitaire, la thyroïde, la fertilité, le cholestérol, ainsi qu’un impact possible sur l’efficacité vaccinale. Ce n’est pas une intoxication immédiate mais une exposition chronique qui inquiète les experts.

Comment réduire l’exposition aux PFAS dans l’alimentation ?

En diversifiant les sources de céréales (blé, avoine, riz, sarrasin, maïs, orge, millet, quinoa,…), en réduisant les aliments ultra-transformés, en privilégiant les produits bruts, en alternant pain, pâtes et céréales, on diminue l’impact global de la contamination des produits céréaliers. Chaque geste contribue à réduire la charge totale.

Sophie Madoun