Paris à la nage : le guide des piscines parisiennes est le récit de deux grandes nageuses qui pendant un an sont allées de piscine en piscine à travers Paris, et sa ceinture, une véritable balade dans Paris à la découverte de joyaux, parfois. Elles ont pu tester la température de l’eau, la propreté, les vestiaires, les couloirs de nage, donner les adresses et les tarifs, et aussi des astuces comme où se restaurer aux alentours.

Pendant un an, deux grandes nageuses se sont retrouvées chaque semaine pour tester les quarante-deux piscines de la capitale et faire un le guide des piscines parisiennes.

Ensemble, Colombe et Marine Schneck ont tout étudié : adresses, tarifs, qualité de l’eau, fréquentation dans les lignes, propreté des vestiaires, température des douches, élégance de la construction. Les deux sœurs ont fait des longueurs, elles ont bavardé avec les habitués, le caissier, les maîtres-nageurs. Colombe a observé, noté, Marine a illustré, avec humour et subtilité.

Elles ont aussi déniché les bonnes adresses où se poser en sortant de l’eau : dans un café, une pâtisserie, un parc ou un bistro. Ce livre est une exploration inédite d’un Paris sportif, vivant et intime.

LE PREMIER GUIDE DES 42 PISCINES DE LA CAPITALE

LE PARIS VIVANT, SPORTIF ET INTIME DE DEUX ARTISTES

« Aller de piscine en piscine permet de visiter Paris et ailleurs. Marcher au bord des boulevards de ceinture, de nouveaux quartiers pavillonnaires, monter vers des centres commerciaux, traverser des jardins inconnus, des forêts urbaines, prendre des escalators, longer des chantiers et des couloirs souterrains, passer devant des usines, des quais réaménagés, des panneaux annonçant des projets et imaginer les immeubles et les vies qui vont en sortir, tous ces lieux périphériques où l’on ne va pas sans raison précise.

Une géographie inconnue et floue se précise, la ville grandit. Dans une piscine, vous côtoyez les habitants, vivez avec eux de manière intime (on est en maillot moulant, à peu près nu donc, rien n’échappe ou presque du corps de l’autre). Aller nager dans un autre quartier (ou dans une autre ville, dans un autre pays) c’est un voyage dans l’intimité de l’autre. Nous ne sommes plus en surface, touriste qui ne fait que regarder de loin, nous sommes à l’intérieur, au plus près des autres, de celui qui vous laisse passer d’un geste gracieux devant lui, de l’autre qui lave soigneusement chaque partie de son corps. »

UN HYMNE À LA NATATION

« Je me suis mise à nager tard, j’avais 50 ans, après un chagrin d’amour. Imiter, puis embrasser le geste du crawl m’a transformée. J’ai découvert l’intelligence du corps, il m’instruit, me montre la voie, sait tant de choses que mon esprit ignore.

Prolonger la douceur du bras en l’air, la capacité à se laisser aller quand l’effort est inutile, afin de garder sa force quand il faudra puiser dedans. Arrêter de s’agiter pour rien.

Allonger son bras le plus loin possible et ne pas freiner comme je le faisais par crainte d’aller trop loin, par crainte de l’avenir. Assumer sa position dans l’eau, ne plus se recroqueviller en serrant les bras l’un contre l’autre ou en les croisant, mais au contraire les écarter légèrement m’a aidée à prendre ma place, à m’affirmer dans l’eau et ailleurs. Et aussi ce plaisir d’apprendre, de progresser, de sentir ses gestes de plus en plus fluides, son corps filer dans l’eau, ses cuisses, ses fesses, ses bras s’affermir.

En nageant, j’ai arrêté de m’inquiéter pour rien, d’imaginer le pire (de « Est-ce que je vais être à l’heure ? » à « Est-ce que je vais mourir d’un cancer ? »), cette petite boule dans le ventre qui s’incrustait pour des raisons bizarres a fondu. Comme le yoga, la natation transforme. J’ai enfin atteint ce truc tarte à la crème de tous les guides de développement personnel, être présent au présent.

LITTÉRATURE ET NATATION

 » Un des textes de fiction les plus connus sur la piscine est Le Nageur de John Cheever, un classique de la littérature américaine. Le narrateur, habitant d’une banlieue cossue de New York, décide de rentrer chez lui en passant de piscine en piscine ; le soleil tombe, l’eau est de plus en plus froide. Quand il arrive chez lui, croyant retrouver sa vie, qu’il espérait accomplie, il découvre sa maison délabrée et sa femme est partie. Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en 1964 dans The New Yorker. Pour lui rendre hommage et fêter le 50e anniversaire de sa publication, Carolyn Kormann, une journaliste du magazine, a décidé d’aller nager dans toutes les piscines de New York, en une journée. À peine le temps de faire un aller retour. À l’heure de la fermeture, elle s’est retrouvée dans le Bronx, où les nageurs ont interdiction de porter le moindre signe distinctif à part leurs maillots de bain, afin de ne pas indiquer une allégeance à un gang et provoquer une bagarre. Il y a une dizaine de piscines publiques à New York, qu’elle a ainsi traversé du Sud au Nord.

À Paris, il y a une quarantaine de piscines ouvertes au public (entre les fermetures pour travaux qui durent et les nouvelles piscines qui ouvrent), cela fait environ une à visiter par semaine en un an. Avec Marine, nous avons refait le trajet de piscine en piscine de John Cheever dans le Connecticut et de Carolyn Kormann à New York à Paris. ”

 

EXTRAITS

PISCINE JACQUELINE-AURIOL

Allée Louis-de-Funès, 75008 Paris

POURQUOI Y ALLER ? Ce pourrait être à Copenhague, à Londres, à Milan, dans un de ces nouveaux quartiers contemporains tout d’acier, de bois, de lumière, riche de centres de yoga, de salons de thé avec cake au thé matcha, granola et jus de fruits fraîchement pressés, jardins plantés de verveine et de lavande. Le résultat d’une réflexion sur le rapport à l’espace, la modernité, l’urbanité, le futur. On ne sait pas très bien où on est, mais c’est bien, c’est beau, c’est luxueux ; il y a du monde, les gens sont contents et en plus la piscine est réussie.

La vue d’en haut à l’accueil permet de regarder les nageurs. On peut s’amuser à exercer son talent de profileur ou de mentaliste. C’est fascinant comme un bras brutal qui tape dans l’eau, un autre qui hésite en plein flou, des jambes agitées vous donnent des indications sur la psychologie des gens.

AVEC QUI ? Un jeune couple. Ils ont 30 ans, veulent un enfant, s’installer dans un appartement lumineux avec un balcon. En bas de chez eux, il y aurait une crèche bilingue, un cours de yoga, une école et un mur d’escalade.

À QUEL MOMENT DE L’ANNÉE ? Toute l’année, sauf un mercredi de juin, trop de jeunes pères ou de jeunes mères parfaits avec enfants qui crient, car seuls les enfants refusent d’être parfaits.

ET EN PLUS : Les jets d’eau, une banquette dans l’eau, un lit massant, et des buses pour la nage à contre-courant dans le petit bassin. Les mini-jets sous les pieds dans le grand bassin. L’accès à une sorte de jardin-solarium pour se sécher.

VUE QUAND ON NAGE LE DOS CRAWLÉ : Du blanc en haut, de la lumière sur les deux côtés.

Les grandes baies vitrées plein sud. J’ai l’impression d’écrire comme un agent immobilier, mais c’est l’effet de la piscine et du quartier, être en pleine promotion immobilière

ACCÈS À quinze minutes à pied du métro Miromesnil. Une piscine sans station de métro proche et dont l’entrée n’est pas facile à trouver. En face du 54, rue de Courcelles, une voie paraît privée, l’allée Louis-de-Funès, où se trouve la piscine.

Ou par le 208, rue du Faubourg-Saint-Honoré, derrière l’hôtel de Beaujon, un hôtel particulier, ancien orphelinat, transformé en centre d’animation de la Ville de Paris.

Aucune odeur de chlore grâce au nettoyage à l’ozone.

3,50 €

PISCINE ÉDOUARD-PAILLERON

32, rue Édouard-Pailleron, 75019 Paris

POURQUOI Y ALLER ? C’est la première piscine où nous sommes allées nager ensemble.

Marine m’a proposé qu’on aille à Pailleron, juste à côté de chez elle. Elle y nage régulièrement, c’est sa piscine, pour elle, il n’y a pas mieux.

Moi, bien sûr, j’avais des a priori. Avec ce nom, Pailleron, j’imaginais une piscine années 60 avec de l’amiante et des risques d’incendie.

C’est l’une des plus belles piscines de Paris, un monument historique dessiné par l’architecte-ingénieur Lucien Pollet (qui a aussi conçu Pontoise) en 1934 dans le cadre d’un plan d’aménagement de piscines des quartiers ouvriers de la capitale.

Bâtiment de brique, bassin central couvert d’une verrière et entouré de deux étages de cabines, elle a été abandonnée en 1990 et rénovée en 2006 par l’architecte Marc Mimram, qui a conservé la beauté sobre du bâtiment et ajouté une patinoire et un grand bassin rond pour les enfants.

AVEC QUI ? Des esthètes qui aiment l’architecture fonctionnelle des années 30.

Des enfants pour l’espace qui leur est consacré.

Des gens qui veulent bien aller à la piscine, mais n’aiment pas nager, préfèrent le patinage ou infuser dans un jacuzzi.

À QUEL MOMENT DE L’ANNÉE ? L’hiver, quand il fait beau, pour le soleil qui traverse la verrière. Au printemps, en été et au début de l’automne pour s’allonger sur la pelouse.

ACCÈS Arrêt de bus Marché-Secrétan (ligne 26) à trois minutes à pied ou métro Bolivar mais sur la ligne 7 bis. Sinon Jaurès ou Colonel-Fabien à dix minutes. C’est loin de chez moi (Rive gauche) mais j’y retournerai avec plaisir, et pas seulement en raison de la beauté de cette piscine, mais peut-être parce que cela reste un vrai quartier, avec son collège, ses cafés un peu pourris et un début d’embourgeoisement rassurant pour quelqu’un comme moi.

 

Ce voyage se vivra aussi en ligne : www.mylittleparis.com/parisalanage

 

 

Paris à la nage : le guide des piscines parisiennes, Colombe et Marine Schneck – My Little Paris – Éditions du Chêne, 18,90 euros