Pourquoi des lycéens bloquent-ils leur établissement depuis plusieurs jours ? Classes surchargées, professeurs absents, manque de personnels : la colère partie de plusieurs lycées franciliens s’étend, tandis que certains blocages ont été marqués par des tirs de mortiers, des blessés et des interpellations. Le gouvernement renforce la sécurité, Sébastien Lecornu accuse LFI d’attiser le mouvement et un syndicat lycéen appelle à le généraliser. La mobilisation peut-elle gagner toute la France dans les prochains jours ? Ce que l’on sait, ce que réclament les élèves et ce qui pourrait se passer.
Pourquoi les lycéens bloquent-ils leurs établissements ?
Tout est parti de situations vécues dans les lycées. Des élèves décrivent des classes surchargées, des cours sans professeur pendant de longues périodes, des emplois du temps qui s’étirent parfois de 8 heures à 18 heures et un manque de surveillants, d’infirmières scolaires ou d’autres personnels.
Les revendications changent d’un établissement à l’autre. Dans certains lycées, la chaleur et l’état des bâtiments s’ajoutent aux difficultés d’enseignement. Un élève du lycée Guillaume-Budé, à Limeil-Brévannes, a aussi évoqué auprès de l’AFP la pression de Parcoursup. Le rectorat de Créteil souligne lui-même que les demandes restent très variables selon les établissements. Il n’y a donc pas une seule raison derrière tous les blocages. Mais ces problèmes locaux se répondent. Les images et les témoignages circulent d’un lycée à l’autre sur les réseaux sociaux. Des élèves qui pensaient vivre une situation isolée découvrent que d’autres décrivent les mêmes difficultés. C’est ainsi qu’un mouvement né dans plusieurs établissements franciliens a commencé à prendre de l’ampleur.
Combien de lycées ont réellement été bloqués ?
Les chiffres demandent une précision. Selon le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, 58 établissements ont été touchés par des tentatives de blocage au cours de la semaine précédente. Une dizaine ont effectivement été bloqués. Une tentative de blocus et un établissement fermé aux élèves ne désignent donc pas la même situation.
La mobilisation a particulièrement touché la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, notamment autour de Saint-Denis, Aubervilliers, Saint-Ouen et Limeil-Brévannes. Le rectorat de Créteil estimait déjà que le mouvement prenait de l’ampleur.
Mortiers, incendies, blessés : que s’est-il passé devant certains lycées ?
C’est l’autre face de cette actualité, et elle ne doit pas effacer les revendications des élèves.
Certains blocages ont été accompagnés de tirs de mortiers d’artifice, de jets de projectiles, d’incendies de poubelles ou de dégradations. Vendredi 25 septembre, la préfecture de police a fait état de 31 interpellations dans l’agglomération parisienne en marge des mobilisations. Ce chiffre ne signifie pas que 31 lycéens ont été condamnés, ni que chaque établissement mobilisé a connu des violences.
Édouard Geffray a également indiqué qu’un proviseur avait été agressé, qu’une conseillère principale d’éducation avait été piétinée lors d’un mouvement de foule et qu’un élève avait été hospitalisé après un tir de mortier. D’autres élèves ont été légèrement blessés, selon le ministre.
Tous les blocus ne se déroulent pas ainsi. Il faut distinguer les élèves qui manifestent pour leurs conditions d’étude des personnes impliquées dans des violences ou des dégradations.
La police va-t-elle intervenir devant les lycées ?
Le gouvernement a décidé de renforcer la sécurité autour des établissements. Dans une circulaire adressée aux préfets et aux recteurs, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez et Édouard Geffray demandent aux forces de sécurité d’interpeller les auteurs de délits et de préserver l’ordre public.
Le texte prévoit qu’en cas de blocage total d’un établissement, une intervention des forces de sécurité soit engagée après concertation avec le chef d’établissement. Cela ne veut pas dire que la police évacuera automatiquement chaque rassemblement : la situation dépendra de ce qui se passe devant chaque lycée.
Le risque de tensions est néanmoins réel lorsque se rencontrent des élèves mobilisés, des jeunes qui veulent entrer en cours et des forces de l’ordre appelées à sécuriser les lieux.
Pourquoi Sébastien Lecornu et LFI s’affrontent-ils sur les blocages ?
Le mouvement est désormais devenu un sujet politique. Lundi 28 septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé une « surenchère irresponsable » de responsables de La France insoumise qui encouragent, selon lui, l’extension des blocages alors que des violences ont eu lieu.
Jean-Luc Mélenchon dénonce de son côté la réponse du gouvernement, qu’il qualifie de « répression ». Le désaccord porte à la fois sur le soutien apporté aux lycéens et sur la manière de répondre aux incidents devant les établissements.
Édouard Geffray affirme, lui, que les revendications concernant les postes manquants et les enseignants non remplacés doivent être examinées. Il refuse que ces demandes servent à justifier des agressions ou des mises en danger.
Le mouvement peut-il gagner toute la France ?
Oui, il peut s’étendre. Mais personne ne sait aujourd’hui combien de lycées suivront.
L’Union syndicale lycéenne, principale organisation syndicale lycéenne, appelle à généraliser les blocages à l’occasion de la grève de la fonction publique du mardi 29 septembre. Son président, Ryad Rani, estime que les difficultés dénoncées en Île-de-France existent aussi ailleurs et évoque une possible « convergence des luttes ». Cette grève des agents publics porte notamment sur les salaires, les conditions de travail et les moyens des services publics. Elle crée un rendez-vous commun avec les lycéens, sans faire des deux mobilisations un seul et même mouvement. Le projet de budget 2027 de Sébastien Lecornu, qui prévoit un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros, nourrit également la contestation syndicale. Cela ne signifie pas que 54 milliards seront retirés à l’Éducation nationale.
L’appel national donne au mouvement une nouvelle visibilité. Il ne garantit ni un blocus dans chaque lycée mardi, ni la fin des mobilisations une fois cette journée passée. La suite dépendra des décisions prises dans les établissements, de la réponse apportée aux revendications et de l’évolution des tensions.
Lycée bloqué : les cours sont-ils annulés ?
Pas automatiquement. Un blocus devant les grilles ne signifie pas nécessairement que l’établissement a annoncé sa fermeture. Selon les circonstances, certains élèves et enseignants peuvent accéder aux locaux tandis que d’autres en sont empêchés.
Pour savoir ce qui est prévu dans un lycée précis, consultez les messages de sa direction, Pronote, l’ENT et, si nécessaire, les communications du rectorat ou de l’académie. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux peut montrer un blocage à un moment donné ; elle ne suffit pas à savoir si les cours sont maintenus toute la journée.
Si l’accès est impossible, prévenez l’établissement selon ses modalités habituelles. En présence de tensions devant les grilles, suivez les consignes de la direction plutôt que de tenter de traverser un attroupement.
Les collèges ne sont pas visés par l’appel national de l’Union syndicale lycéenne. La circulaire gouvernementale évoque toutefois la possibilité de tentatives de blocage les concernant : cela ne constitue pas l’annonce d’un mouvement national dans les collèges.
Ce qu’il faut retenir : les blocages répondent d’abord à des difficultés dénoncées dans plusieurs lycées. Leur extension à d’autres régions est désormais possible, mais son ampleur reste inconnue. Pour les familles, la seule réponse fiable sur les cours viendra de leur établissement, au fil de l’évolution de la situation.
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