Mise à jour du 1er octobre 2026 — Jordan Bardella affirme avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Le président du Rassemblement national nie formellement être l’auteur des messages antisémites et complotistes que le média lui attribue.

Le calendrier est saisissant. Dimanche 27 septembre, le Rassemblement national célébrait une première historique : avec ses alliés de l’UDR, il devenait en mesure de constituer un groupe au Sénat. Le lendemain, Mediapart publiait une enquête attribuant à Jordan Bardella d’anciens messages contenant des propos antisémites et complotistes, datant notamment de 2013, lorsqu’il militait au Front national. Jordan Bardella conteste leur authenticité, dénonce des « faux grossiers » et affirme avoir porté plainte en diffamation contre Mediapart.

En bref : ce qu’il faut savoir sur l’affaire Jordan Bardella

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, est au centre d’une polémique concernant des messages privés datant de ses débuts militants au Front national. Selon Mediapart, ces échanges contiennent des propos antisémites et complotistes portant notamment sur les Juifs, les banques et un supposé pouvoir occulte.

Jordan Bardella affirme ne pas avoir écrit ces messages. Marine Le Pen conteste elle aussi leur authenticité. Mediapart assure les avoir authentifiés de manière indépendante, mais aucune décision judiciaire n’a, à ce jour, établi publiquement leur authenticité ou leur fausseté.

L’affaire intervient au lendemain des élections sénatoriales, qui ont permis au RN et à ses alliés d’atteindre pour la première fois le seuil nécessaire à la constitution d’un groupe au Sénat.

Que disent les messages antisémites attribués à Jordan Bardella ?

L’enquête publiée lundi 28 septembre 2026 porte sur de nombreuses conversations privées attribuées à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national en Seine-Saint-Denis. Mediapart affirme avoir procédé à une authentification indépendante des documents ; Jordan Bardella en conteste catégoriquement l’authenticité.

Les messages reproduits reprennent plusieurs thèmes classiques du complotisme antisémite : pouvoir supposé des Juifs sur les banques et la finance, Israël, « nouvel ordre mondial » ou encore accusations visant des personnalités juives.

Parmi les phrases attribuées à Jordan Bardella figure notamment : « Toutes les banques sont détenues par des juifs ». La publication rapporte également d’autres messages à caractère antisémite ou complotiste et évoque des propos concernant Dieudonné.

Pourquoi ces messages font-ils particulièrement polémique aujourd’hui ?

C’est ici que le calendrier politique devient important. Ces messages sont attribués à Jordan Bardella à l’époque où il militait encore au Front national. Treize ans plus tard, il préside le Rassemblement national et son parti met régulièrement en avant sa rupture avec certains épisodes de l’histoire du FN et ses prises de position contre l’antisémitisme.

Et surtout, l’enquête paraît au lendemain d’un scrutin qui marque une nouvelle étape institutionnelle pour le RN : avec ses alliés de l’UDR, il atteint le nombre d’élus nécessaire pour constituer un groupe au Sénat.

 

Jordan Bardella porte plainte contre Mediapart et nie être l’auteur des messages

Jordan Bardella nie formellement avoir écrit les messages antisémites et complotistes que Mediapart lui attribue. Interrogé sur CNews, le président du Rassemblement national a affirmé que ces propos n’étaient pas les siens et a dénoncé une tentative de déstabilisation à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027.

Il affirme avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Marine Le Pen conteste également l’authenticité des échanges et évoque une manipulation.

Mediapart assure de son côté avoir authentifié indépendamment plusieurs dizaines de messages privés datant de 2013 à 2015 et avoir recueilli les témoignages d’anciens membres du parti. Reuters indique ne pas avoir pu authentifier elle-même ces documents. Santé Cool n’a pas eu accès aux échanges originaux et rapporte donc les éléments publiés par Mediapart, ainsi que le démenti et la démarche judiciaire de Jordan Bardella.

À ce jour, aucune décision de justice n’a établi publiquement l’authenticité ou la fausseté de ces messages.

Pourquoi ces propos antisémites attribués à Jordan Bardella sont-ils politiquement sensibles ?

L’affaire dépasse la seule exhumation de messages datant de 2013.

Jordan Bardella est aujourd’hui président du Rassemblement national et son parti met régulièrement en avant son engagement contre l’antisémitisme.

En mars 2025, Jordan Bardella s’est notamment rendu à Jérusalem à l’occasion d’une conférence internationale consacrée à la lutte contre l’antisémitisme. Sa participation avait elle-même suscité des controverses en Israël en raison de l’histoire du Front national et de la présence de plusieurs responsables de la droite radicale européenne.

Les messages aujourd’hui attribués à Jordan Bardella prennent donc une résonance particulière : ils contiennent, selon l’enquête publiée le 28 septembre, des propos antisémites et complotistes portant notamment sur les Juifs, les banques, la finance ou encore un supposé pouvoir occulte, alors même que le dirigeant du RN affiche aujourd’hui publiquement son opposition à l’antisémitisme. Jordan Bardella affirme toutefois que ces messages sont faux.

Pourquoi l’affaire Jordan Bardella éclate-t-elle à un moment clé pour le RN ?

Le calendrier politique ajoute une dimension particulière à cette polémique.

L’enquête est publiée au lendemain des élections sénatoriales du 27 septembre 2026. Le Rassemblement national a remporté neuf nouveaux sièges, qui s’ajoutent à ses trois sénateurs élus en 2023. Avec les élus de l’Union des droites pour la République (UDR), le RN est désormais en mesure de constituer pour la première fois un groupe au Sénat.

Cette avancée donne au parti davantage de moyens parlementaires, notamment en matière de temps de parole, de représentation dans les commissions et d’organisation au Palais du Luxembourg. Les groupes doivent officiellement déposer leur composition auprès de la présidence du Sénat début octobre.

Quelques heures avant la publication de l’enquête, Jordan Bardella célébrait donc une nouvelle étape dans l’implantation institutionnelle du Rassemblement national.

Du Front national de 2013 au Rassemblement national de 2026

Les messages publiés sont attribués à Jordan Bardella à une époque où il militait encore au Front national, dirigé alors par Marine Le Pen.

Le Front national est officiellement devenu le Rassemblement national en 2018, à la suite d’un vote de ses adhérents. Marine Le Pen présentait alors ce changement de nom comme une étape de « refondation » visant notamment à élargir le parti et à le rendre davantage capable de nouer des alliances et d’exercer le pouvoir.

Treize ans séparent donc les messages attribués à Jordan Bardella de sa position politique actuelle.

En 2013, il est un jeune militant du Front national.

En 2026, il préside le Rassemblement national et occupe une place centrale dans le dispositif politique de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2027.

Marine Le Pen veut Jordan Bardella à Matignon en cas de victoire en 2027

Le 16 septembre 2026, interrogée sur LCI dans l’émission Objectif 2027, Marine Le Pen a de nouveau affirmé que Jordan Bardella serait son Premier ministre si elle était élue présidente de la République.

Elle lui attribue notamment la mission « d’élargir une majorité qui soit stable, cohérente et unie » et affirme avoir une « très grande confiance » en lui.

Les révélations publiées aujourd’hui concernent donc un responsable politique que Marine Le Pen présente publiquement comme son choix pour Matignon en cas de victoire en 2027.

Antisémitisme, complotisme et « dédiabolisation » : pourquoi le passé du Front national ressurgit

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du Front national en 2011, le parti a cherché à modifier son image publique et à élargir son électorat.

Le changement de nom du Front national en Rassemblement national en 2018 a constitué l’une des étapes les plus symboliques de cette stratégie, fréquemment qualifiée de « dédiabolisation » ou de normalisation.

L’antisémitisme reste particulièrement sensible dans cette histoire politique en raison des nombreuses polémiques liées à Jean-Marie Le Pen et à certains anciens cadres ou candidats du FN puis du RN.

C’est précisément ce qui donne une portée particulière aux messages aujourd’hui attribués à Jordan Bardella : ils renvoient directement à l’un des sujets dont le Rassemblement national cherche depuis des années à se démarquer publiquement.

Ce que l’on sait aujourd’hui sur les messages attribués à Jordan Bardella

Mediapart a publié le 28 septembre 2026 plusieurs conversations privées contenant des propos antisémites et complotistes qu’il attribue à Jordan Bardella et affirme avoir authentifiées.

Jordan Bardella conteste formellement être l’auteur de ces messages, les qualifie de « faux grossiers » et affirme avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Marine Le Pen soutient sa contestation.

Les messages dateraient notamment de 2013, lorsque Jordan Bardella était encore un jeune militant du Front national. L’affaire a éclaté au lendemain des élections sénatoriales, qui ont permis pour la première fois au RN et à ses alliés d’atteindre le seuil nécessaire à la constitution d’un groupe au Sénat.

Aucune décision judiciaire n’a, à ce jour, tranché publiquement le différend sur l’authenticité de ces documents. La suite dépendra notamment de la procédure engagée contre Mediapart et des éléments qui pourront être produits pour établir ou contester l’origine des conversations.

 

Sources

Mediapart — « Les banques sont toutes détenues par des juifs » : Jordan Bardella face à ses écrits antisémites

Public Sénat — Résultats des élections sénatoriales 2026 : un groupe RN au Sénat

Reuters — Jordan Bardella affirme avoir déposé plainte après les accusations de propos antisémites

 

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