Le soutien pour l’égalité des chances impose d’inscrire la petite enfance comme la priorité des politiques publiques. Ainsi, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a chargé Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, de la préparation des Assises de la Maternelle, les 27 et 28 mars derniers. L’objectif de ce rendez-vous est d’envisager la maternelle comme une véritable “école du langage et de l’épanouissement”. Ces deux jours ont également permis d’analyser la place de l’école maternelle, et plus largement de la pédagogie de la petite enfance, dans le système éducatif français et d’en définir les axes de développement pour permettre à tous les enfants de réussir et s’épanouir. Ainsi, qu’en est-il du rôle de la crèche dans l’égalité des chances ?

 

La mise en place d’une pédagogie adaptée à la petite enfance est le point essentiel de ces assises. En effet, les avancées de la neuro-imagerie ont permis de mettre en valeur l’importance des sciences cognitives dans l’accès au langage. C’est pourquoi les méthodes pédagogiques qui en sont inspirées (jeu, théâtre…) permettent aux enfants une meilleure maîtrise de la parole, tout en renforçant leurs aptitudes sociales et leur sociabilité. Cela est d’autant plus important que 80 % des décrocheurs du système scolaire, c’est-à-dire ceux qui le quitteront à 16 ans sans savoir bien lire, écrire, compter, sont déjà en difficulté au CP.

Actuellement, le programme des classes maternelles s’appuie sur quatre domaines d’apprentissage :

  • la mobilisation du langage dans toutes ses dimensions ;
  • l’expression et la compréhension à travers l’activité physique ;
  • la construction des premiers outils pour structurer la pensée ;
  • et enfin, l’exploration du monde.

En amont de la scolarisation, la crèche est une étape d’immersion qui a pour rôle de responsabiliser les enfants et de leur donner confiance en eux. La crèche est un lieu qui doit permettre de favoriser le développement de l’enfant dans toutes ses dimensions : le recours au jeu, le développement cognitif et l’éveil au langage.

C’est pourquoi la mise en place d’une pédagogie prenant en compte les besoins et l’évolution des moins de 3 ans est indispensable. Le développement de la création et de l’imagination ainsi que le recours au jeu en sont définitivement les deux piliers. N’oublions pas que l’enfant ne joue pas pour apprendre mais qu’il apprend en jouant. C’est pourquoi les activités pédagogiques telles que les ateliers de communication gestuelle (langue des signes), de Qi Gong, de Kamishibaï (art de raconter une histoire à l’aide d’illustrations qui défilent ou le jardinage sont tant plébiscités par les enfants et leurs parents. Ce type de pédagogie progressiste développe l’éveil et l’autonomie des enfants dès leur plus jeune âge en douceur et de façon ludique.

Dans la lignée des propos tenus par Boris Cyrulnik, l’apprentissage du langage doit définitivement passer par les histoires. En apportant la découverte du temps et du rythme, elles permettent à l’enfant de dire sa propre histoire. Au quotidien, livres mais aussi Kamishibaï, origami sont d’excellents supports pour le partage de ces contes et comptines.

En outre, la mise en place d’un éveil artistique et culturel du très jeune enfant est majeure, et est désormais inscrite officiellement au cœur des politiques publiques. Ainsi, 2017 a d’ailleurs été marqué par trois événements clés à ce sujet.  Le premier correspond à la signature d’un protocole d’accord interministériel pour l’éveil artistique et culturel du jeune enfant. Celle-ci a été suivie par la rédaction d’une charte nationale des lieux d’accueil et la rencontre nationale de l’éveil artistique et culturel du jeune enfant.

À la faveur de ce nouveau contexte, il est important que les crèches se mobilisent pour que l’art et la culture retrouvent leur rôle au centre des projets de vie des jeunes enfants mais également au cœur d’un projet de société, dont nous devons tous assumer l’invention et la transmission. Pour concrétiser cet engagement, la Maison Bleue a renforcé son partenariat avec Enfance et Musique, porteur de l’accord interministériel. Des actions de certifications des professionnels du livre et l’éveil musical ont été entreprises afin de former des ambassadeurs de l’éveil artistique au sein du Groupe.

Dans cette démarche, le renforcement de la formation des professionnels de la petite enfance est fondamental. A propos des Assises des Maternelles, Boris Cyrulnik a déclaré : « Les professeurs des écoles ont un très bon niveau universitaire, mais pas les connaissances pratiques. Il faut former les profs, mais aussi les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) et les familles. Il faut leur expliquer comment parler et interagir avec de jeunes enfants, comment leur donner confiance en eux… *».

Ce constat est tout aussi valable pour les professionnels des crèches. Il est nécessaire de professionnaliser le secteur de la petite enfance et la formation s’affirme donc comme le pilier d’un projet éducatif innovant et épanouissant. Le manque de professionnels du secteur va de pair avec le manque d’écoles dédiées à la petite enfance. L’objectif est aussi de pouvoir faire évoluer ces professionnels en interne, pouvant prétendre à des postes à plus fortes responsabilités, tout en favorisant leur motivation et leur performance.  Ainsi, certains leaders du secteur ont développé des centres de formation agréés par l’Etat en 2016, pour accompagner au mieux les équipes des crèches et les professionnels de la petite enfance afin de leur offrir de nouvelles perspectives de carrière. De plus, des écoles d’auxiliaires de puériculture délivrant des diplômes d’Etat permettent d’accéder à des postes à responsabilité au sein de structures de la petite enfance.

Les Assises de la Maternelle ont mis en lumière l’importance de la pédagogie adaptée aux jeunes enfants. L’apprentissage de la parole, de la responsabilité mais aussi de la confiance font de ces années un moment charnière dans l’égalité des chances. C’est toute la réussite scolaire qui s’y joue et qui justifie de placer au la pédagogie de la petite enfance au cœur des politiques publiques. Rappelons que la crèche, tout comme l’école maternelle, forme déjà les citoyens de demain.

 

*https://www.lejdd.fr/societe/education/boris-cyrulnik-pas-dordinateur-ni-de-tablette-pour-les-moins-de-6-ans-3608390

 

A Lire :

Les écoles alternatives, les pédagogies de la bienveillance, Sophie Madoun – Éditions Grancher – 15 euros