Près de quatre Françaises en couple sur dix ont déjà préféré se masturber plutôt que faire l’amour avec leur partenaire. Et 77 % déclarent avoir moins de rapports sexuels qu’au début de leur relation. Ces résultats d’une nouvelle étude Ifop sur le désir féminin bousculent quelques idées reçues sur la sexualité dans le couple. Mais le plus intéressant se trouve peut-être ailleurs : lorsqu’on demande aux femmes ce qui pourrait leur donner davantage envie de faire l’amour, elles réclament avant tout de la tendresse, du repos et du temps à deux. Alors, que se passe-t-il réellement dans l’intimité des couples français ?
Masturbation et vie de couple : 39 % des femmes ont déjà préféré le plaisir solitaire
C’est le chiffre qui risque de faire parler. Selon le premier volet de l’Observatoire du désir féminin, réalisé par l’Ifop pour Passage du Désir et dévoilé ce 15 octobre 2026, 39 % des Françaises en couple depuis au moins un an déclarent avoir déjà préféré se masturber plutôt que d’avoir un rapport sexuel avec leur partenaire actuel.
Parmi elles, 10 % de l’ensemble des femmes concernées par cette question déclarent avoir souvent fait ce choix.
Faut-il s’en inquiéter ? La masturbation serait-elle devenue plus attirante que les rapports sexuels en couple ? Ces femmes seraient-elles moins amoureuses ?
Attention aux conclusions trop rapides.
L’étude indique qu’elles ont déjà éprouvé cette préférence. Elle ne précise ni les circonstances de leur choix ni les raisons qui les ont conduites à privilégier la masturbation.
Préférer se masturber à un moment donné ne permet donc pas de conclure à un manque d’amour, à une insatisfaction sexuelle ou à une crise de couple.
La masturbation et les relations sexuelles avec un partenaire peuvent parfaitement coexister dans une vie intime. Elles n’impliquent pas forcément les mêmes envies ni les mêmes attentes.
Et surtout, un rapport sexuel ne constitue pas la seule façon de vivre son désir.
Pourquoi 77 % des femmes en couple font-elles moins souvent l’amour qu’au début ?
Autre résultat particulièrement révélateur : 77 % des Françaises en couple déclarent avoir aujourd’hui moins de rapports sexuels qu’au début de leur relation.
Ce phénomène apparaît très nettement lorsque l’on examine les réponses selon l’ancienneté du couple.
- 31 % des femmes en couple depuis moins d’un an déclarent déjà une baisse de fréquence.
- 54 % lorsque la relation dure entre un et trois ans.
- 71 % entre trois et sept ans.
- 75 % entre sept et dix ans.
- 77 % entre dix et vingt ans.
- 87 % après plus de vingt ans de relation.
Après vingt ans de vie commune, près de neuf femmes sur dix déclarent donc avoir moins de rapports sexuels qu’au début de leur histoire.
Ce chiffre impressionne. Pourtant, il faut regarder ce qu’il mesure réellement.
Une femme qui faisait l’amour plusieurs fois par semaine au début de son couple et qui a désormais des rapports moins fréquents peut parfaitement être satisfaite de sa vie sexuelle.
À l’inverse, une diminution de la fréquence peut aussi être vécue comme une frustration.
L’enquête ne nous dit pas combien de femmes souffrent de cette évolution.
Elle ne permet pas non plus d’en déterminer les causes. La fatigue, les responsabilités familiales, les changements de rythme de vie ou les difficultés relationnelles peuvent entrer dans les discussions sur le désir, mais cette partie de l’étude ne mesure pas leur influence respective.
Il serait donc trompeur de présenter ces 77 % comme autant de femmes insatisfaites de leur sexualité.
Les Françaises font-elles vraiment moins l’amour qu’en 2005 ?
L’Observatoire du désir féminin permet également de comparer certains résultats actuels avec ceux d’une enquête réalisée il y a vingt et un ans.
En 2005, 40 % des Françaises déclaraient faire l’amour au moins une fois par semaine.
En 2026, elles ne sont plus que 28 %.
La différence atteint 12 points.
Et un deuxième chiffre attire l’attention : en 2005, 81 % des Françaises considéraient la sexualité comme importante pour être heureuse en amour. Aujourd’hui, cette proportion est de 68 %.
Cela représente une diminution de 13 points.
Est-ce le signe que les femmes accordent moins d’importance aux rapports sexuels dans leur vie amoureuse ?
Les résultats permettent de constater une évolution des réponses, mais ils ne disent pas précisément pourquoi les attentes ont changé.
Une précaution supplémentaire s’impose : les deux enquêtes n’ont pas été réalisées selon la même méthode. En 2005, la Sofres interrogeait les participantes en face-à-face. En 2026, l’Ifop a utilisé un questionnaire en ligne.
Ces différences méthodologiques peuvent influencer les réponses, particulièrement sur un sujet aussi intime que la sexualité.
Les chiffres méritent donc d’être comparés avec prudence.
Moins de rapports sexuels signifie-t-il moins de désir dans le couple ?
C’est précisément là que les résultats deviennent intéressants.
Selon l’Ifop, 61 % des Françaises en couple depuis au moins un an ont vécu, au cours des douze derniers mois, des moments d’intimité sexuelle sans pénétration avec leur partenaire.
De quoi parle-t-on exactement ?
De caresses, de masturbation mutuelle ou encore de sexe oral.
Autant de pratiques qui peuvent faire partie de la vie sexuelle d’un couple sans nécessairement conduire à une pénétration.
Mais un autre résultat mérite que l’on s’y attarde.
Parmi les femmes en couple depuis au moins un an qui déclarent ne pas ou ne plus avoir de rapports sexuels avec leur partenaire, 31 % ont malgré tout vécu avec lui ou elle des moments d’intimité sexuelle sans pénétration au cours de l’année écoulée.
Et dans ce même groupe, 41 % déclarent avoir déjà préféré, au moins rarement, se masturber plutôt que d’avoir un rapport sexuel avec leur partenaire.
Ces données montrent l’importance de distinguer les différentes formes de sexualité lorsque l’on étudie la vie intime des couples.
Compter uniquement les rapports sexuels déclarés ne suffit pas toujours à comprendre la place occupée par les gestes érotiques et le plaisir.
Comment retrouver le désir sexuel ? Ce que demandent vraiment les femmes
C’est probablement la partie la plus instructive de cette étude.
L’Ifop a demandé aux Françaises en couple ce qui pourrait augmenter leur envie d’avoir des rapports sexuels avec leur partenaire.
Et leurs réponses sont particulièrement intéressantes.
76 % citent davantage de gestes tendres et d’attention au quotidien.
C’est la proposition la plus souvent retenue.
Juste derrière, 75 % évoquent une meilleure forme physique ou un meilleur sommeil.
La proximité entre ces deux chiffres mérite d’être soulignée.
Lorsqu’on les interroge sur leur désir, les participantes placent donc les gestes affectueux presque au même niveau que leur état physique et leur repos.
Viennent ensuite :
- 65 % qui souhaiteraient davantage de communication sur leurs envies.
- 62 % qui citent davantage de temps passé à deux, sans enfants ni obligations.
Ces réponses nous parlent aussi de la place que peuvent prendre les contraintes quotidiennes dans la vie d’un couple.
Disposer de temps ensemble, pouvoir exprimer ses envies, recevoir des marques d’affection : ces dimensions reviennent très fréquemment lorsqu’il s’agit d’imaginer une sexualité plus désirée.
Mais il faut rester précis : les femmes interrogées déclarent ce qui pourrait augmenter leur envie. L’enquête ne prouve pas qu’en dormant davantage ou en multipliant les gestes tendres, leur désir augmenterait automatiquement.
Pourquoi la tendresse arrive-t-elle avant les nouveautés sexuelles ?
On pourrait imaginer que, pour retrouver l’envie de faire l’amour, les femmes citeraient d’abord de nouvelles expériences sexuelles.
Or, les résultats de l’Ifop dessinent une autre hiérarchie.
46 % des Françaises en couple estiment que de nouveaux lieux, pratiques ou scénarios pourraient augmenter leur désir sexuel.
La même proportion évoque le fait de casser la routine grâce à des jeux ou des jouets sexuels.
C’est loin d’être négligeable : près d’une femme sur deux envisage la nouveauté comme un moyen possible de stimuler son envie.
Mais ces propositions arrivent nettement derrière la tendresse et le repos.
Le contraste est frappant.
D’un côté, 76 % des répondantes citent les gestes tendres. De l’autre, 46 % évoquent l’exploration de nouvelles pratiques sexuelles.
Cela ne signifie pas que les femmes rejettent la nouveauté, loin de là. Les deux attentes peuvent parfaitement coexister.
L’étude indique simplement que les attentions quotidiennes et le bien-être physique sont plus fréquemment mentionnés que le changement des pratiques sexuelles.
Peut-on aimer son partenaire et ne plus avoir envie de faire l’amour ?
Oui, ces deux situations peuvent coexister.
Les sentiments amoureux, l’attirance sexuelle, le désir de partager un rapport et le plaisir ressenti pendant celui-ci ne se manifestent pas nécessairement de la même manière ni au même moment.
Une personne peut continuer à aimer son partenaire tout en connaissant une période de moindre désir.
Cela ne permet toutefois pas de savoir comment elle vit cette situation, ni si son partenaire partage les mêmes attentes.
Et c’est une question importante : dans un couple, une diminution des rapports sexuels peut être bien acceptée par les deux personnes ou devenir une source de désaccord si leurs envies diffèrent.
L’enquête Ifop ne mesure pas directement la satisfaction conjugale associée à la baisse des rapports.
En revanche, ses résultats illustrent la diversité des expériences sexuelles féminines et les limites d’une approche qui consisterait à juger la vie intime d’un couple au seul nombre de rapports.
Ce que cette étude révèle vraiment sur le désir féminin en 2026
Les résultats publiés par l’Ifop dessinent une réalité bien plus nuancée que les discours habituels sur la sexualité des couples.
La fréquence des rapports diminue avec l’ancienneté de la relation, mais cette évolution ne suffit pas à mesurer la satisfaction sexuelle.
Une part importante des femmes a déjà préféré la masturbation à un rapport avec son partenaire, sans que l’étude établisse pourquoi.
Et lorsque les participantes réfléchissent à ce qui pourrait favoriser leur désir, elles mentionnent majoritairement les gestes tendres, leur forme physique, le sommeil et la possibilité de passer davantage de temps ensemble.
Reste une interrogation que ces chiffres ne permettent pas encore de résoudre : combien de femmes souhaiteraient réellement faire l’amour plus souvent, et combien sont heureuses du rythme de leur vie intime actuelle ?
C’est une distinction essentielle si l’on veut comprendre le désir féminin sans transformer chaque changement de fréquence sexuelle en problème de couple.
Étude Ifop pour Passage du Désir réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 24 août 2026 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 947 Françaises de 18 ans et plus, dont 1 240 femmes en couple.
La représentativité a été assurée par la méthode des quotas, après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les résultats concernant les femmes en couple depuis au moins un an portent sur ce sous-groupe.
Comparaison 2005 : étude Sofres pour Le Figaro Magazine, réalisée en face-à-face les 21 et 22 septembre 2005 auprès de 526 femmes, issues d’un échantillon national représentatif de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus.