Cancer du foie enfant traitement : une nouvelle approche peut-elle améliorer les formes les plus agressives ? Une équipe française teste une combinaison innovante qui ouvre une nouvelle voie.
Le cancer du foie chez l’enfant, en particulier l’hépatoblastome, reste difficile à traiter dans ses formes les plus agressives. Une équipe française propose aujourd’hui une approche inédite : associer un traitement ciblé à des médicaments déjà utilisés contre le cholestérol. Une piste qui pourrait faire évoluer le traitement des cancers pédiatriques résistants.
Le cancer du foie chez l’enfant, appelé hépatoblastome, est une maladie rare mais redoutée. Dans la majorité des cas, l’association d’une chimiothérapie et d’une chirurgie permet d’obtenir une guérison. Mais pour une partie des enfants, lorsque la tumeur devient agressive, les traitements actuels atteignent leurs limites.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs de l’Inserm et de l’université de Bordeaux, à l’Institut d’oncologie de Bordeaux, explore une piste thérapeutique nouvelle.
Pourquoi certains cancers du foie chez l’enfant résistent aux traitements ?
Aujourd’hui, environ 8 enfants sur 10 atteints d’hépatoblastome peuvent être soignés. Mais les formes les plus sévères restent difficiles à contrôler.
Le problème vient notamment de la capacité des cellules cancéreuses à :
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se multiplier rapidement
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contourner les effets des traitements
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devenir résistantes à la chimiothérapie
Ces formes dites “à mauvais pronostic” nécessitent donc des stratégies différentes, plus ciblées.
Une stratégie qui associe deux approches déjà connues
Les chercheurs ont choisi de combiner deux types de molécules :
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un inhibiteur d’EZH2, une protéine impliquée dans plusieurs cancers
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des statines, habituellement prescrites pour réduire le cholestérol
L’idée est simple en apparence : attaquer les cellules cancéreuses sur deux fronts complémentaires.
Le rôle clé d’EZH2 expliqué simplement
La protéine EZH2 agit directement sur l’organisation de l’ADN dans les cellules. Elle modifie la structure de la chromatine, ce qui empêche certains gènes de s’exprimer, notamment ceux qui freinent naturellement le développement des tumeurs.
Comme l’explique le chercheur :
« La protéine EZH2 modifie la chromatine. Elle ajoute une étiquette chimique sur l’histone H3, ce qui compacte l’ADN et empêche l’expression de gènes suppresseurs de tumeurs. »
Autrement dit : les freins naturels contre le cancer sont désactivés.
Les chercheurs ont observé que cette protéine était surexprimée dans les hépatoblastomes les plus agressifs, ce qui en fait une cible thérapeutique intéressante.
Pourquoi les statines jouent un rôle dans le traitement du cancer du foie chez l’enfant ?
De leur côté, les statines ne se contentent pas d’agir sur le cholestérol.
Elles bloquent la production de mévalonate, une molécule essentielle au fonctionnement des cellules, notamment pour :
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leur croissance
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leur survie
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leur capacité à se déplacer
Comme le précise Christophe Grosset directeur de recherche Inserm à l’Institut d’oncologie de Bordeaux (Inserm/université de Bordeaux) :
« En réduisant la quantité de mévalonate, les statines freinent la croissance et la migration des cellules cancéreuses et augmentent leur sensibilité à la chimiothérapie. »
Des résultats encourageants observés en laboratoire
Les tests réalisés sur des modèles de la maladie sont particulièrement intéressants.
« Couplé aux statines, notre inhibiteur d’EZH2 a détruit efficacement les cellules cancéreuses et bloqué la croissance des tumeurs chez les souris », explique Christophe Grosset.
Au-delà de l’hépatoblastome, cette combinaison a également montré des effets sur :
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des cellules d’ostéosarcome
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certains cancers du poumon
Ce qui laisse entrevoir un potentiel plus large en oncologie.
Ce que ce traitement du cancer du foie chez l’enfant pourrait changer concrètement
Cette approche ne constitue pas encore un traitement disponible pour les enfants. Des essais cliniques devront être menés pour confirmer son efficacité et sa sécurité.
Mais elle ouvre une perspective importante :
- utiliser des médicaments déjà connus pour renforcer des traitements anticancéreux
- cibler plus précisément les formes résistantes
- améliorer les chances de prise en charge des cas les plus difficiles
Comme le souligne le chercheur :
« Nos résultats suggèrent que cette combinaison pourrait être prometteuse pour les hépatoblastomes les plus agressifs. Mais des travaux complémentaires seront nécessaires pour confirmer son efficacité chez l’humain. »
À retenir
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Le cancer du foie chez l’enfant reste difficile à traiter dans ses formes agressives
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Une équipe française propose une nouvelle approche thérapeutique
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L’association inhibiteur d’EZH2 + statines montre des résultats prometteurs
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Des essais cliniques sont nécessaires avant une application chez l’humain