Trois études de l’Inserm associent certains colorants et conservateurs alimentaires à des risques accrus de cancer, diabète, hypertension et maladies cardiovasculaires.
Additifs alimentaires et risques pour la santé : derrière cette expression, il y a une inquiétude très concrète. Certains colorants et conservateurs présents dans les bonbons, les sauces, les desserts industriels, les plats préparés, les biscuits, les boissons colorées, les charcuteries ou les produits longue conservation sont aujourd’hui associés par plusieurs études de l’Inserm à un risque accru de cancer, de diabète de type 2, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.
Additifs alimentaires dans vos placards : certains sont liés à un risque accru de cancer, de diabète et d’hypertension
Ils sont parfois dans les bonbons, les sauces, les desserts industriels, les plats préparés, les biscuits, les boissons colorées, les charcuteries ou les produits longue conservation. On les repère sous forme de codes E, ou sous leur nom complet dans la liste des ingrédients. Les additifs alimentaires font partie du décor de nos placards. Mais trois nouvelles études de l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, viennent relancer une question majeure : certains colorants et conservateurs doivent-ils être mieux encadrés pour protéger la santé ?
Publiés le 21 mai 2026, ces travaux associent une consommation plus élevée de certains colorants alimentaires et conservateurs à un risque accru de diabète de type 2, de cancer, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Les études ont été menées à partir de la cohorte française NutriNet-Santé, qui suit plus de 100 000 personnes depuis plusieurs années.
Après l’alerte scientifique, l’association foodwatch, engagée pour la transparence dans l’alimentation, demande une réponse politique forte. Pour Audrey Morice, chargée de campagnes chez foodwatch :
« On ne peut plus traiter ces résultats comme des alertes isolées. L’inaction politique est injustifiable. Les décideurs politiques doivent enfin prendre leurs responsabilités : réduire la quantité d’additifs dans notre alimentation en commençant par interdire les additifs les plus controversés et strictement encadrer les aliments ultra-transformés ».
Additifs alimentaires et risques pour la santé : de quoi parle-t-on exactement ?
Un additif alimentaire est une substance ajoutée à un aliment pour modifier sa couleur, sa texture, son goût, sa conservation ou son apparence. Certains servent à rendre un produit plus joli, plus stable, plus appétissant. D’autres prolongent sa durée de vie ou évitent certaines altérations.
Sur les emballages, les additifs peuvent apparaître sous forme de codes E. Le “E” signifie que l’additif est autorisé dans l’Union européenne. Mais autorisé ne veut pas forcément dire souhaitable en grande quantité, ni indispensable dans l’alimentation quotidienne.
Les colorants alimentaires correspondent généralement aux codes E100 à E199. Les conservateurs sont souvent classés entre E200 et E299. Les antioxydants utilisés comme conservateurs se trouvent plutôt entre E300 et E399. Ce sont précisément ces familles que les nouvelles études de l’Inserm ont analysées.
Additifs alimentaires risques santé : pourquoi les aliments ultra-transformés sont au cœur du problème
Les additifs alimentaires sont très présents dans les produits industriels. D’après les données citées par l’Inserm, parmi les 3,5 millions d’aliments et boissons répertoriés dans Open Food Facts World en 2024, plus de 139 000 contiennent au moins un colorant alimentaire et plus de 700 000 contiennent au moins un conservateur.
Pourtant, jusqu’à récemment, les études épidémiologiques manquaient de données précises sur l’exposition réelle des consommateurs à chaque substance. C’est là que la cohorte NutriNet-Santé devient précieuse. Lancée en 2009, cette grande étude française recueille les habitudes alimentaires, le mode de vie, les antécédents médicaux et l’état de santé de volontaires appelés Nutrinautes.
Les chercheurs ont croisé les déclarations alimentaires détaillées avec plusieurs bases de données, dont Oqali, Open Food Facts, GNPD et les données de l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments. L’objectif : mesurer plus finement l’exposition aux additifs et observer les liens possibles avec certaines maladies chroniques.
Colorants alimentaires : une hausse du risque de diabète de type 2
Premier résultat marquant : les colorants alimentaires, pris dans leur globalité, sont associés à une augmentation de 38 % du risque de diabète de type 2 chez les plus forts consommateurs, par rapport aux personnes les moins exposées.
Le diabète de type 2 est une maladie chronique liée à une mauvaise régulation du sucre dans le sang. Il est favorisé par plusieurs facteurs, dont l’alimentation, la sédentarité, le surpoids, l’âge ou les prédispositions familiales. Ici, les chercheurs ne disent pas qu’un colorant provoque seul un diabète. Ils observent une association entre une exposition plus élevée aux colorants et un risque plus important.
Certains colorants ressortent dans les analyses, notamment les caramels, les caroténoïdes, le bêta-carotène utilisé comme additif alimentaire, la curcumine ou encore les anthocyanes. Ces noms peuvent sembler techniques, mais ils peuvent se trouver dans des produits très ordinaires.
Ce point est essentiel : il ne s’agit pas de paniquer pour un produit consommé ponctuellement. Ce que ces études interrogent, c’est l’exposition répétée, dans une alimentation où les produits ultra-transformés occupent une place importante.
Cancer : certains colorants aussi dans le viseur
Deuxième signal fort : les colorants alimentaires sont associés à une augmentation de 14 % du risque de cancer global chez les plus forts consommateurs. Les travaux mentionnent aussi une association avec le cancer du sein, notamment après la ménopause.
Là encore, la nuance scientifique est indispensable. Une association ne signifie pas qu’un additif pris isolément déclenche directement un cancer. Cela signifie que, dans cette cohorte, les personnes les plus exposées à certains colorants présentaient un risque plus élevé que les personnes les moins exposées.
Mais le signal n’est pas anodin. Il s’ajoute à d’autres travaux sur les aliments ultra-transformés et sur certains additifs controversés. C’est cette accumulation d’alertes qui pousse les chercheurs et les associations à demander une réévaluation plus stricte.
Conservateurs : hypertension et maladies cardiovasculaires
La troisième étude porte sur les conservateurs alimentaires. Ces substances permettent de prolonger la durée de conservation des produits. Elles sont très utilisées dans l’industrie agroalimentaire, notamment pour faciliter le transport, le stockage et la vente à grande échelle.
Selon l’Inserm, les conservateurs pris dans leur globalité sont associés à une augmentation de 24 % du risque d’hypertension chez les plus forts consommateurs. Les conservateurs non antioxydants sont associés à une hausse de 29 % du risque d’hypertension et de 16 % du risque de maladies cardiovasculaires. Les conservateurs antioxydants sont associés à une augmentation de 22 % du risque d’hypertension.
L’hypertension artérielle correspond à une pression trop élevée du sang dans les artères. Lorsqu’elle s’installe durablement, elle augmente le risque de complications cardiovasculaires. Les maladies cardiovasculaires regroupent notamment les maladies du cœur et des vaisseaux sanguins.
Parmi les additifs analysés, l’Inserm cite par exemple le sorbate de potassium E202, l’acide citrique E330 ou l’acide ascorbique E300. Ces substances ne sont pas forcément connues du grand public, mais elles apparaissent dans de nombreuses listes d’ingrédients.
Additifs alimentaires et risques pour la santé : faut-il avoir peur de tous les produits industriels ?
Les additifs étudiés par l’Inserm sont des marqueurs fréquents des aliments ultra-transformés. Ce terme désigne des produits industriels très éloignés d’une cuisine simple : listes d’ingrédients longues, substances ajoutées, arômes, colorants, conservateurs, édulcorants, émulsifiants, texturants ou exhausteurs de goût.
On peut en retrouver dans des produits du quotidien : biscuits fourrés, confiseries, desserts lactés aromatisés, sauces industrielles, plats préparés, produits apéritifs, boissons colorées, charcuteries, céréales sucrées, crèmes dessert ou snacks.
Le problème n’est pas seulement la présence d’un additif dans un produit. C’est l’accumulation. Une personne peut consommer plusieurs produits ultra-transformés dans la même journée, avec plusieurs familles d’additifs différentes. C’est cette exposition répétée qui intéresse aujourd’hui les chercheurs.
Foodwatch demande une réponse politique
Après la publication de ces études, foodwatch estime que les autorités ne peuvent plus regarder ailleurs. L’association demande de réduire la quantité d’additifs dans l’alimentation, de mieux encadrer les aliments ultra-transformés et de commencer par interdire les additifs les plus controversés.
Foodwatch réclame notamment l’interdiction des nitrites et nitrates ajoutés, utilisés dans certaines charcuteries, ainsi que celle de l’aspartame E951, un édulcorant controversé. L’association rappelle que plus de 400 000 Européens demandent l’interdiction de l’aspartame, que plus de 125 000 personnes ont signé une pétition lancée avec Yuka et France Assos Santé contre les impacts sanitaires des aliments ultra-transformés, et que plus d’un demi-million de personnes demandent, avec foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer, l’interdiction des nitrites ajoutés dans l’alimentation.
Pour foodwatch, ces nouvelles données scientifiques doivent donc se traduire par des mesures concrètes. L’association estime que les solutions sont connues et que ce qui manque désormais, c’est le courage politique.
Faut-il avoir peur de tous les additifs alimentaires ?
Non. Ces études ne disent pas qu’il faut bannir tous les produits industriels du jour au lendemain. Elles ne disent pas non plus qu’un aliment consommé occasionnellement va rendre malade.
Elles montrent en revanche que les plus fortes expositions à certains colorants et conservateurs sont associées à des risques plus élevés pour plusieurs maladies chroniques majeures. Et elles rappellent une chose simple : beaucoup d’additifs ne sont pas indispensables dans l’alimentation quotidienne.
Le message n’est donc pas la panique. C’est la réduction de l’exposition. Moins de produits ultra-transformés, moins de listes d’ingrédients interminables, moins de colorants non essentiels, moins de conservateurs quand ils ne sont pas nécessaires.
Comment repérer les additifs dans ses placards ?
Pour limiter les additifs alimentaires, le premier réflexe consiste à lire la liste d’ingrédients. Plus elle est courte, claire et compréhensible, plus le produit est généralement simple.
Il faut aussi savoir que les additifs ne sont pas toujours indiqués sous forme de codes E. Un fabricant peut écrire “acide citrique” au lieu de E330, “sorbate de potassium” au lieu de E202 ou “curcumine” au lieu de E100. Cela rend parfois la lecture plus compliquée.
Autre réflexe utile : comparer deux produits du même rayon. Deux sauces, deux desserts, deux biscuits ou deux boissons peuvent sembler similaires, mais avoir des compositions très différentes. L’un peut cumuler plusieurs additifs, l’autre beaucoup moins.
Enfin, il faut se méfier des produits qui empilent plusieurs catégories : colorants, conservateurs, édulcorants, arômes, émulsifiants, exhausteurs de goût. Ce cumul est souvent un bon indice d’ultra-transformation.
Ce que l’on peut faire sans culpabiliser
Réduire les additifs ne veut pas dire cuisiner parfaitement tous les jours. Cela veut dire reprendre un peu de pouvoir sur ses achats.
On peut privilégier les aliments bruts ou peu transformés quand c’est possible : fruits, légumes, légumineuses, céréales simples, œufs, poissons, viandes non transformées, produits laitiers nature, pains de bonne composition. On peut aussi garder des produits industriels pratiques, mais choisir ceux dont la composition est la plus simple.
Le vrai enjeu est collectif autant qu’individuel. Les consommateurs ne devraient pas avoir à décrypter des étiquettes interminables pour protéger leur santé. Les industriels peuvent simplifier leurs recettes. Les autorités peuvent mieux encadrer les additifs controversés. Et les pouvoirs publics peuvent rendre l’environnement alimentaire plus protecteur.
Additifs alimentaires et risques pour la santé : ce que ces études changent vraiment
Ces trois études ne prouvent pas qu’un additif alimentaire, pris seul, provoque directement un cancer, un diabète ou une maladie cardiovasculaire. Mais elles montrent que certains colorants et conservateurs, très présents dans les produits industriels, sont associés à des risques plus élevés chez les personnes les plus exposées.
C’est suffisamment sérieux pour justifier une réévaluation par les autorités sanitaires, comme le demandent les chercheurs. C’est aussi suffisamment concret pour que chacun regarde différemment les produits de ses placards.
La question posée par l’Inserm et reprise par foodwatch est finalement très simple : combien d’alertes faudra-t-il encore avant de réduire la place des additifs non essentiels dans notre alimentation quotidienne ?
Quels additifs alimentaires sont associés à des risques pour la santé ?
Les nouvelles études de l’Inserm portent principalement sur les colorants alimentaires E100 à E199 et les conservateurs E200 à E399. Chez les plus forts consommateurs, ces additifs sont associés à une hausse du risque de diabète de type 2, de cancer, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.
Questions fréquentes sur les additifs alimentaires
Quels sont les additifs alimentaires les plus surveillés ?
Les études de l’Inserm surveillent notamment les colorants alimentaires, codés de E100 à E199, et les conservateurs ou antioxydants, codés de E200 à E399. Ces substances sont très présentes dans les aliments ultra-transformés.
Les additifs alimentaires donnent-ils le cancer ?
Les études montrent une association entre une forte consommation de certains colorants alimentaires et une hausse du risque de cancer global. Elles ne prouvent pas qu’un additif isolé provoque directement un cancer, mais elles renforcent les inquiétudes scientifiques.
Quels additifs sont liés au risque de diabète ?
Les colorants alimentaires, pris dans leur globalité, sont associés à une augmentation du risque de diabète de type 2 chez les plus forts consommateurs. Certains colorants comme les caramels, le bêta-carotène utilisé comme additif ou la curcumine ressortent dans les analyses.
Les conservateurs alimentaires sont-ils dangereux pour le cœur ?
Les conservateurs sont associés, dans l’étude de l’Inserm, à une hausse du risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires chez les plus forts consommateurs. Les chercheurs appellent à une réévaluation de leur sécurité.
Comment limiter les additifs alimentaires au quotidien ?
Il est conseillé de privilégier les aliments bruts ou peu transformés, de choisir des produits avec des listes d’ingrédients courtes, de comparer les étiquettes et de limiter les produits qui cumulent colorants, conservateurs, édulcorants, arômes et émulsifiants.
Faut-il supprimer tous les produits industriels ?
Non. L’objectif est surtout de réduire l’exposition répétée aux additifs non essentiels, en particulier dans les produits ultra-transformés consommés très régulièrement.