Une tumeur peut-elle laisser des traces dans le sang avant que son évolution soit visible lors des autres examens ? C’est la piste étudiée par Paris Kids Cancer. Mais une prise de sang ne peut pas, à elle seule, prédire qu’un cancer va revenir. Voici ce que les chercheurs espèrent découvrir.
Après le traitement d’un cancer chez l’enfant, un enfant continue à être suivi. Les médecins vérifient que la maladie recule ou a disparu. Ils surveillent aussi une éventuelle rechute du cancer, c’est-à-dire son retour après une période d’amélioration.
Pour cela, ils s’appuient sur plusieurs examens, qui varient selon la maladie. Une analyse de sang pourrait-elle leur apporter une information supplémentaire, parfois plus tôt ? C’est l’une des questions auxquelles veut répondre Paris Kids Cancer, un programme de recherche consacré aux cancers des enfants et des adolescents.
À l’occasion de Septembre en Or 2026, le programme a présenté CLIP-ON, un projet consacré à la biopsie liquide. Il doit être examiné par un comité international le 1er octobre 2026.
Biopsie liquide et cancer de l’enfant : que cherche-t-on dans le sang ?
Lors d’une biopsie classique, un médecin prélève un petit morceau de tumeur pour l’analyser. La biopsie liquide cherche plutôt des traces de la tumeur dans un liquide du corps, le plus souvent le sang.
Certaines cellules cancéreuses libèrent de minuscules fragments de leur matériel génétique. On les appelle ADN tumoral circulant. Après la prise de sang, un laboratoire utilise des techniques spécialisées pour rechercher et analyser ces fragments.
Ce n’est donc pas une prise de sang ordinaire. Et un résultat négatif ne garantit pas qu’il ne reste aucune cellule cancéreuse : certaines tumeurs libèrent peu d’ADN tumoral dans le sang, parfois trop peu pour qu’il soit détecté.
Rechute d’un cancer chez l’enfant : la prise de sang peut-elle donner l’alerte ?
Après un traitement contre le cancer, il peut arriver que les examens ne montrent plus de tumeur visible. Les médecins doivent néanmoins continuer à surveiller l’enfant afin de rechercher une éventuelle rechute ou récidive du cancer.
Qu’est-ce que la maladie résiduelle ?
La maladie résiduelle désigne la maladie qui pourrait subsister en très petite quantité après un traitement, même lorsqu’aucune tumeur n’est visible aux examens habituels.
La rechercher peut permettre d’adapter la surveillance du cancer, dans les situations où les techniques utilisées sont suffisamment fiables.
Si de l’ADN tumoral circulant est retrouvé dans le sang, ou si sa quantité évolue au fil des prélèvements, cela pourrait apporter un indice aux médecins.
L’analyse pourrait également aider à comprendre si la tumeur répond au traitement ou si elle a acquis certaines caractéristiques associées à une résistance aux traitements anticancéreux.
Un indice n’est toutefois pas une preuve de rechute. Le résultat doit être interprété en fonction du type de cancer pédiatrique et comparé aux autres examens.
Les chercheurs doivent encore déterminer dans quelles situations cette analyse permet réellement de prendre une meilleure décision pour l’enfant. Pour CLIP-ON, aucun délai gagné sur la détection d’une rechute ni aucun taux de fiabilité n’a été annoncé.
La biopsie liquide est-elle déjà utilisée contre les cancers pédiatriques ?
Oui, dans certaines situations précises.
À l’Institut Curie, une biopsie liquide chez l’enfant peut par exemple être proposée à des enfants atteints d’un neuroblastome, notamment lorsqu’il est difficile de prélever un morceau de la tumeur ou dans certains cas de rechute.
Le neuroblastome est un cancer qui se développe à partir de cellules nerveuses immatures.
La nouveauté de CLIP-ON n’est donc pas d’inventer cette analyse. Le projet cherche à étudier comment mieux intégrer l’ADN tumoral circulant dans le suivi de différents cancers pédiatriques.
Il s’intéresse aux tumeurs solides chez l’enfant, qui se développent dans un organe ou un tissu, mais aussi aux cancers du sang.
Cela ne signifie pas qu’un nouveau test est désormais disponible pour tous les enfants, ni que la prise de sang remplacera les biopsies, les scanners, l’imagerie médicale ou les autres examens nécessaires.
Recherche sur le cancer des enfants : à quoi servent les 350 échantillons ?
Pour mieux surveiller un cancer, il faut d’abord mieux comprendre son fonctionnement.
Dans un autre projet, appelé Atlas Pan-Cancer pédiatrique, les équipes de Paris Kids Cancer ont réuni plus de 350 échantillons biologiques destinés à la recherche.
Ces 350 échantillons ne représentent ni 350 enfants testés par CLIP-ON ni 350 rechutes détectées. Ils servent à examiner les cancers pédiatriques de très près, notamment cellule par cellule.
Pourquoi cette précision ? Parce que les cellules d’une même tumeur ne se comportent pas forcément toutes de la même façon.
Certaines peuvent répondre à un traitement contre le cancer tandis que d’autres résistent.
En étudiant notamment quels gènes sont actifs dans chaque cellule, les chercheurs espèrent mieux comprendre ces différences, identifier les mécanismes de résistance aux traitements et découvrir de nouvelles pistes thérapeutiques contre les cancers pédiatriques.
Une piste de recherche doit toutefois être évaluée avant de devenir un traitement proposé aux patients.
Que font les projets Tumor Stream et MosaKIDS ?
Tumor Stream organise le partage des échantillons et des données entre les hôpitaux et les laboratoires.
C’est particulièrement utile pour étudier certains cancers rares de l’enfant qui, pris séparément, touchent peu de patients.
MosaKIDS s’intéresse à des modifications génétiques présentes dans certaines cellules de l’organisme, mais absentes des autres.
Les chercheurs veulent comprendre si ces différences génétiques peuvent jouer un rôle dans l’apparition de certains cancers chez l’enfant et l’adolescent.
Ils n’ont cependant pas établi que ce mécanisme explique tous les cancers pédiatriques.
Cancer de l’enfant : qu’est-ce que ces recherches changent aujourd’hui ?
Pour l’instant, l’annonce de CLIP-ON ne change pas le suivi de tous les enfants atteints d’un cancer.
Le projet doit encore être évalué.
Sa question est néanmoins essentielle : dans quels cas une analyse de sang et la recherche d’ADN tumoral circulant peuvent-elles fournir aux médecins une information suffisamment fiable et utile pour mieux suivre l’évolution d’un cancer de l’enfant, sa réponse au traitement ou une éventuelle rechute ?
En France, selon les données 2014-2023 de l’Institut national du cancer, environ 1 847 cancers sont diagnostiqués chaque année chez les enfants de moins de 15 ans, auxquels s’ajoutent 450 cas chez les adolescents de 15 à 17 ans.
Derrière ces chiffres se trouvent des maladies très différentes : leucémies, tumeurs cérébrales, lymphomes, neuroblastomes et autres tumeurs solides pédiatriques ne se soignent et ne se surveillent pas toutes de la même manière.
Porté notamment par l’AP-HP, Gustave Roussy et l’Institut Curie, Paris Kids Cancer travaille également avec des associations de familles.
Son programme de recherche en oncologie pédiatrique ne se limite pas aux analyses en laboratoire : il étudie aussi ce que vivent les jeunes patients et leurs proches tout au long des soins.
Car mieux détecter une maladie ne suffit pas. Il faut aussi comprendre les conséquences des examens, des traitements et de l’attente des résultats dans la vie quotidienne des enfants atteints de cancer et de leur famille.
Sources
– Institut Curie — Comment la biopsie liquide est utilisée dans certains neuroblastome
– Institut national du cancer — Rapport 2026 sur les cancers pédiatriques
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Sophie Madoun