Et si, pour parler de santé mentale avec les adolescents, on commençait simplement par regarder un tableau ? Du 13 octobre 2026 au 3 janvier 2027, le musée d’Orsay présente « Échos de l’Invisible. Regards d’adolescents sur les collections du musée d’Orsay », un accrochage construit autour de la parole de jeunes suivis en psychiatrie à la Pitié-Salpêtrière AP-HP.

Il y a La Solitude. L’Implorante. Une famille réunie autour d’un dîner éclairé par une lampe. Et face à ces œuvres vieilles de plus d’un siècle, des adolescents d’aujourd’hui.

Au printemps 2026, une dizaine de jeunes âgés de 13 à 17 ans, suivis par le service de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP, ont découvert plusieurs œuvres du musée. Ils ont été invités à dire ce qu’ils ressentaient, à mettre des mots sur les émotions suscitées par les œuvres et, lorsqu’ils le souhaitaient, à établir des liens avec leur propre expérience.

Une exposition sur la santé mentale qui ne parle pas à la place des adolescents

C’est précisément ce qui rend le projet intéressant. La santé mentale des adolescents fait l’objet de rapports, de campagnes de prévention et de prises de parole d’adultes. Ici, le mouvement est inversé : ce sont leurs propres perceptions qui deviennent la matière de l’exposition.

Les paroles recueillies sont au centre de « Échos de l’Invisible », sous la forme d’une installation audiovisuelle mêlant les voix des adolescents et les images des œuvres.

Pourquoi parler de santé mentale des ados au musée d’Orsay ?

Parce qu’un tableau n’exige pas forcément de commencer une conversation par : « Alors, comment vas-tu ? » Une œuvre peut servir de détour. On peut d’abord parler d’un personnage, d’une posture, d’une lumière, d’une solitude représentée sur une toile. Puis de ce que cela évoque.

Le musée d’Orsay présente Orsay Lab comme un espace de dialogue, d’expression et de rencontre, notamment pour des jeunes qui peuvent se sentir éloignés des institutions culturelles. Il faut toutefois être précis : « Échos de l’Invisible » n’est pas présenté comme une thérapie ou un traitement psychiatrique. Il s’agit d’un projet culturel construit avec des adolescents accompagnés par un service hospitalier.

Santé mentale des adolescents : pourquoi le sujet résonne aujourd’hui ?

Les données françaises les plus récentes montrent une situation contrastée. Selon l’enquête EnCLASS 2024 publiée par Santé publique France en juin 2026, 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental. Mais 45 % des collégiens de 6e, 5e et 4e rapportent des plaintes psychologiques, et 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression.

Autrement dit, raconter que « tous les jeunes vont mal » serait faux. Mais la souffrance psychique adolescente ne peut pas davantage être considérée comme marginale.

Trois œuvres pour faire surgir des mots

L’installation dialogue notamment avec trois œuvres des collections du musée : La Solitude d’Alexander Harrison, peinte vers 1893 ; L’Implorante de Camille Claudel, sculpture de 1899 ; et Le Dîner, effet de lampe de Félix Vallotton, également daté de 1899.

Trois œuvres très différentes, choisies pour leur résonance émotionnelle et leur capacité à faire émerger des expériences intimes et des questionnements liés à la santé mentale.

Qui est Jad Bestautte, à l’origine d’« Échos de l’Invisible » ?

À l’été 2025, le musée d’Orsay et l’Institut de l’Engagement lancent Orsay Lab, un appel à projets ouvert aux 18-25 ans afin de faire dialoguer les collections du musée avec les enjeux contemporains et les nouvelles générations.

Parmi plus de 150 candidatures, le jury retient celle de Jad Bestautte, alors étudiante en histoire de l’art en Bourgogne-Franche-Comté. Désormais tournée vers les métiers du social, elle résume son ambition ainsi : « apporter la culture à ceux qui pensent qu’ils n’ont pas leur place ».

 

Pourquoi « Échos de l’Invisible » mérite plus qu’une simple visite d’exposition ?

Faire entrer au musée des adolescents suivis en psychiatrie est une chose. Faire entrer leur parole dans le musée en est une autre.

Ils ne sont plus seulement invités à contempler des œuvres choisies et commentées par des adultes. Leurs regards deviennent à leur tour une manière de lire les collections.

Et peut-être est-ce là le véritable sujet d’« Échos de l’Invisible » : la santé mentale ne se réduit ni aux diagnostics ni aux statistiques. Elle concerne aussi la possibilité de dire ce que l’on ressent et d’être entendu sans être immédiatement réduit à ce que l’on traverse.

À Orsay, pendant quelques mois, ce seront les adolescents qui auront le dernier mot.

 

Quand et où voir « Échos de l’Invisible » ?

Échos de l’Invisible. Regards d’adolescents sur les collections du musée d’Orsay est présenté du 13 octobre 2026 au 3 janvier 2027, en salle 8c du musée d’Orsay à Paris. Le projet est mené en partenariat avec l’Institut de l’Engagement et l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP.

Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing
75007 Paris
France

Métro : Solférino (ligne 12)
RER : Musée d’Orsay (RER C)

 

 

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Sophie Madoun