De Leonard Cohen à Bach, de Christian Bobin aux Dialogues avec l’ange, voici quoi écouter, lire et voir pour se mettre dans l’ambiance avant l’arrivée du pape en France — que l’on soit croyant, agnostique ou simplement en quête d’un peu de beauté et de lumière.

On peut préparer la venue d’un pape avec un plan de métro, des horaires et une bonne paire de chaussures. On peut aussi s’y préparer autrement : en laissant une voix, quelques notes ou une page entrouvrir cette part de nous que le bruit quotidien recouvre trop facilement.

Du 25 au 28 septembre 2026, Léon XIV sera en France, entre Paris, Lourdes et Metz. À quelques jours de ce voyage, voici dix musiques spirituelles à écouter, cinq livres à garder près de soi et trois films à voir pour ralentir, réfléchir, s’émouvoir — et peut-être retrouver le goût du silence.

Cette sélection n’exige ni mode d’emploi ni certitude religieuse. Certaines œuvres parlent directement de Dieu ; d’autres du manque, de la grâce, de l’amour ou de cet invisible que chacun nomme à sa manière. Toutes ont un point commun : elles déplacent quelque chose en nous.

Dix musiques spirituelles à écouter avant la venue du pape

En août 2026, Léon XIV a consacré une catéchèse à la musique sacrée. « Chanter et jouer signifie prier », a-t-il expliqué. Autrement dit, la musique ne se contente pas d’accompagner le spirituel : elle peut devenir elle-même un chemin vers l’intériorité et la communion.

1. Hallelujah — Leonard Cohen, puis Jeff Buckley

Il faut écouter les deux versions, dans cet ordre. Celle de Leonard Cohen, publiée en 1984, conserve la gravité du texte et toutes ses ambiguïtés. Les figures bibliques de David, Bethsabée, Samson et Dalila y côtoient le désir, la rupture et l’impossibilité d’aimer parfaitement.

Puis vient Jeff Buckley, en 1994. La chanson change de peau. Sa voix fragile, presque suspendue, transforme Hallelujah en prière profane. Ce n’est pas un cantique docile : c’est un chant traversé par le doute, la chair et la perte. Voilà précisément pourquoi il touche aussi profondément les croyants comme ceux qui ne le sont pas.

2. Erbarme dich — Jean-Sébastien Bach

Dans la Passion selon saint Matthieu, cette aria intervient après que Pierre a renié Jésus. Un violon semble pleurer avant même que la voix ne demande : « Aie pitié de moi. »

Nul besoin de comprendre l’allemand. Bach fait entendre le regret, la honte et le besoin de pardon avec une évidence presque physique. C’est une musique à écouter les yeux fermés, sans rien faire d’autre.

3. Jésus, que ma joie demeure — Jean-Sébastien Bach

Le titre français est devenu familier, jusque dans les mariages et les cérémonies. À l’origine, ce choral appartient à la cantate BWV 147 et porte le titre allemand Jesus bleibet meine Freude.

Après la douleur d’Erbarme dich, voici le Bach lumineux : une pulsation régulière, une mélodie qui avance sans fracas et cette sensation que la joie peut être calme, solide, presque architecturale.

4. Miserere mei, Deus — Gregorio Allegri

Composé au XVIIe siècle sur le psaume 50 — ou 51 selon les traditions bibliques —, le Miserere d’Allegri fut longtemps associé aux offices de la Semaine sainte dans la chapelle Sixtine.

Puis une voix d’enfant s’élève au-dessus du chœur et semble ne plus appartenir tout à fait à la terre. Spectaculaire sans être tapageuse, cette œuvre donne instantanément de la hauteur à une pièce, même écoutée depuis une cuisine un mardi matin.

5. Ave Maria — Franz Schubert

Surprise : la pièce de Schubert n’était pas, à l’origine, une mise en musique de la prière latine. Composée en 1825, elle accompagnait un texte inspiré d’un poème de Walter Scott. L’usage a ensuite uni sa mélodie aux paroles de l’Ave Maria.

Peu importe la version choisie, pourvu que la voix ne cherche pas l’effet. Dans ses interprétations les plus dépouillées, cet Ave Maria ressemble moins à une démonstration vocale qu’à une main posée sur l’épaule.

6. Spiegel im Spiegel — Arvo Pärt

Pas de paroles, presque pas d’événement : un piano, un instrument mélodique et un mouvement d’une lenteur désarmante. Le titre signifie « miroir dans le miroir ».

Composée en 1978, cette pièce d’Arvo Pärt repose sur une écriture extrêmement dépouillée. Elle laisse de l’espace entre les notes, donc de l’espace en nous. À écouter lorsque tout va trop vite ou que l’on n’arrive plus à entendre ses propres pensées.

7. Ubi caritas — Taizé

« Là où sont la charité et l’amour, Dieu est présent. » Quelques mots latins, une mélodie très simple et des voix qui se rejoignent : le chant de Taizé n’impressionne pas, il rassemble.

Sa répétition n’est pas un manque d’invention. Elle permet au mental de cesser de courir après la phrase suivante. Peu à peu, on ne suit plus le chant : on entre dedans.

8. Amazing Grace — Aretha Franklin

Le cantique est ancien, mais Aretha Franklin lui rend sa chair. Enregistrée en 1972 dans une église baptiste de Los Angeles, sa version ne sépare jamais la prouesse vocale de l’expérience collective : le chœur, les réactions de l’assemblée et les silences participent pleinement à la musique.

Même sans partager la foi qui l’anime, difficile de rester à distance. Aretha ne chante pas la grâce comme une idée : elle la fait surgir devant nous.

9. Les chants grégoriens de l’abbaye de Solesmes

Ici, pas de vedette et pas de refrain destiné à rester en tête. Les voix avancent à l’unisson, portées par le latin et l’acoustique du lieu.

Les moines bénédictins de Solesmes ont joué un rôle majeur dans la restauration du chant grégorien à partir du XIXe siècle. Pour commencer, choisissez simplement un office, un psaume ou un album enregistré par le chœur de l’abbaye. C’est la musique idéale pour lire, respirer ou remettre un peu d’ordre dans une journée trop pleine.

10. Pour que le monde ait la vie — Grégory Turpin et Natasha St-Pier

C’est le morceau directement lié à l’événement. Interprété par Grégory Turpin et Natasha St-Pier, il a été créé pour accompagner la venue de Léon XIV en France. Son titre reprend la devise du voyage, inspirée de l’Évangile selon saint Jean : « Pour que le monde ait la vie ». Pensé pour être repris par la foule, le chant doit notamment résonner au Stade de France et à Lourdes.

Plus contemporain et immédiatement accessible, il offre une porte d’entrée à celles et ceux que le grégorien ou la musique baroque intimident. Il referme aussi parfaitement la playlist : après les œuvres séculaires, voici la chanson de ce voyage précis, au présent.

Cinq livres spirituels à ouvrir sans mode d’emploi

Il n’est pas nécessaire de lire ces ouvrages de la première à la dernière page avant le 25 septembre. Certains se picorent, d’autres demandent du temps. Le bon livre spirituel n’impose pas une réponse : il formule autrement la question que l’on portait déjà.

11. Le Très-Bas — Christian Bobin

S’il ne fallait choisir qu’un seul livre de Christian Bobin, ce serait celui-ci. Publié en 1992, Le Très-Bas approche saint François d’Assise sans l’emprisonner dans une biographie classique. Bobin écrit au plus près de la pauvreté, de la joie, des oiseaux, de l’enfance et de cette grandeur qui choisit de se faire petite.

On peut ne rien connaître à François d’Assise et être saisi. Chez Bobin, la spiritualité ne flotte jamais au-dessus de la vie : elle passe par un visage, un arbre, une miette de lumière.

12. L’Homme-joie — Christian Bobin

Un autre Bobin, parce qu’un seul serait presque une injustice. L’Homme-joie se compose de textes courts que l’on peut lire séparément. L’auteur y traverse l’amour, la mort, les livres, la solitude et la présence des êtres disparus.

C’est le livre à laisser sur une table et à ouvrir au hasard. Quelques pages suffisent souvent à modifier la couleur d’une journée. Pour prolonger l’expérience, on pourra ensuite aller vers Ressusciter, La Part manquante ou La plus que vive.

13. Dialogues avec l’ange — Gitta Mallasz

 

Ce livre ne ressemble à aucun autre. Il retranscrit une expérience vécue en Hongrie pendant la Seconde Guerre mondiale par quatre amis — Gitta Mallasz, Hanna Dallos, Lili Strausz et Joseph Kreutzer. Entre 1943 et 1944, 88 entretiens sont consignés ; Hanna affirme que les paroles qu’elle transmet ne viennent pas d’elle.

Trois des quatre amis, juifs, mourront en déportation. Seule survivante, Gitta Mallasz fera connaître ces textes en France. La première édition française paraît en 1976, puis une édition intégrale en 1990.

Faut-il croire littéralement aux anges pour le lire ? Non. L’ouvrage dépasse les frontières religieuses et interroge la peur, la responsabilité, l’attention et la transformation intérieure. On peut le recevoir comme un témoignage mystique, un texte poétique ou une expérience humaine née au cœur de la catastrophe. Dans tous les cas, il ne laisse pas indemne.

14. La Petite Voix — Eileen Caddy

Voici le livre pour celles et ceux qui disent ne pas avoir le temps de lire. Eileen Caddy, l’une des fondatrices de la communauté spirituelle de Findhorn en Écosse, y propose 365 méditations quotidiennes.

On peut suivre le calendrier ou ouvrir le volume au hasard selon son besoin du moment. Chaque texte tient en quelques lignes et invite à la confiance, au calme ou au changement de regard. Publié en France par Le Souffle d’Or, et non par Jouvence, La Petite Voix s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires dans l’Hexagone. Un véritable livre de chevet, au sens propre.

15. Le Prophète — Khalil Gibran

Un homme s’apprête à quitter la ville où il a vécu douze ans. Avant son départ, les habitants l’interrogent sur l’amour, le mariage, les enfants, le travail, la liberté, la douleur ou la mort. Ses réponses composent ce livre publié en 1923.

Khalil Gibran ne prêche aucune religion particulière. Il écrit une sagesse poétique, immédiatement compréhensible, que l’on peut lire par fragments. Certaines phrases semblent nous attendre depuis longtemps ; d’autres prennent un sens différent selon l’âge auquel on les retrouve.

Et si vous avez deux heures devant vous : trois films à voir

Les films restent volontairement en bonus. Non parce qu’ils compteraient moins, mais parce qu’ils demandent un autre abandon : éteindre le téléphone, baisser la lumière et accepter de rester là.

16. Des hommes et des dieux — Xavier Beauvois

Inspiré de l’histoire des moines de Tibhirine, assassinés en Algérie en 1996, le film suit une communauté confrontée à un choix impossible : partir pour se protéger ou rester auprès des habitants avec lesquels elle partage le quotidien.

Le film de Xavier Beauvois, sorti en 2010, ne transforme pas les moines en statues. Il montre leurs peurs, leurs désaccords et leur fraternité fragile. La célèbre scène du repas sur la musique de Tchaïkovski suffit à expliquer ce que peut être une communion sans discours.

17. Le Grand Silence — Philip Gröning

Attention : expérience radicale. Ce documentaire de près de trois heures nous fait entrer dans la Grande Chartreuse, auprès de moines qui ont choisi une vie de silence, de prière et de travail.

Il n’y a ni commentaire explicatif ni musique ajoutée pour dicter une émotion. On entend le vent, une cloche, des pas, le froissement d’un vêtement. Le Grand Silence ne parle pas du silence : il nous y plonge. Certains trouveront le temps long ; d’autres auront l’impression d’avoir enfin respiré.

18. Les Deux Papes — Fernando Meirelles

Avec Anthony Hopkins en Benoît XVI et Jonathan Pryce en futur pape François, ce film de 2019 imagine leurs échanges au moment où l’Église traverse une crise profonde.

Ce n’est pas un documentaire et plusieurs scènes sont librement dramatisées. Mais Les Deux Papes réussit quelque chose de rare : rendre accessibles les questions de tradition, de réforme, de culpabilité et de pardon sans perdre l’humour ni la tendresse. C’est le choix le plus facile pour une soirée familiale — et une excellente porte d’entrée dans les coulisses humaines de la fonction pontificale.

Une sélection pour les croyants… et pour tous les autres

Faut-il croire en Dieu pour être bouleversé par Bach, Cohen ou Bobin ? Évidemment non. Le sacré ne commence pas toujours avec une certitude. Il peut surgir dans une voix qui se brise, une phrase que l’on relit deux fois, un silence devenu soudain habitable.

À l’approche de la visite du pape Léon XIV en France, cette sélection ne cherche donc pas à convertir. Elle propose simplement de ralentir. Lancez Hallelujah, ouvrez Bobin à n’importe quelle page ou regardez Des hommes et des dieux. Si le monde se tait quelques minutes autour de vous, le voyage aura déjà commencé.

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Sophie Madoun