Une étude Ifop révèle que deux harceleurs sur trois ont été eux-mêmes victimes de harcèlement scolaire. Ce cycle de souffrance, souvent invisible, commence dès l’école primaire et se prolonge jusque sur les réseaux sociaux.
Le nouveau baromètre Ifop pour l’association Marion la main tendue dresse un constat sans appel : le harcèlement scolaire touche 17 % des élèves en France, et il s’inscrit dans un véritable cycle de violence où 2 harceleurs sur 3 ont eux-mêmes été victimes.
Cette étude menée auprès de 3 015 collégiens et lycéens met en lumière un phénomène massif, diffus, et profondément ancré dans le quotidien des jeunes.
Un phénomène massif : le harcèlement scolaire touche toutes les régions
Le harcèlement scolaire n’est pas un incident isolé : il traverse tout le territoire, avec des taux de 14 % à 21 % selon les régions.
Les formes les plus courantes sont :
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moqueries (84 %)
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insultes (81 %)
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exclusions de groupe (82 %)
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violences physiques (59 %)
Les lieux les plus concernés restent bien identifiés : la cour de récréation (92 %), les couloirs (81 %), les salles de classe (61 %) et la cantine (59 %).
Mais la violence ne s’arrête plus au portail : 40 % des victimes disent subir des attaques en ligne, sur Snapchat, Instagram ou TikTok, prolongeant l’humiliation jusque dans leur intimité.
« Ce n’est plus seulement un problème d’école : le harcèlement scolaire se poursuit dans la vie numérique des enfants », analyse l’Ifop.
Deux harceleurs sur trois ont été victimes : une spirale qui s’auto-alimente
L’un des résultats les plus marquants est que 2 harceleurs sur 3 ont déjà été harcelés.
Sur les 7 % d’auteurs identifiés, 4 % ont été victimes auparavant.
Ce constat rappelle que le harcèlement scolaire n’oppose pas des profils “bourreau” contre “victime”, mais des adolescents qui rejouent ce qu’ils ont subi.
« Les premiers signes étaient des surnoms, puis c’est devenu quotidien, et finalement il y a eu des menaces et des violences physiques », raconte un parent.
Le collège concentre 56 % des cas, période charnière où l’identité sociale se construit.
Mais 24 % des jeunes disent avoir été harcelés dès le primaire, preuve que la prévention doit commencer bien plus tôt.
Quand la différence devient une cible
L’étude montre que la stigmatisation physique ou comportementale reste un déclencheur majeur.
Les enfants en situation de handicap sont les plus touchés : 41 % contre 16 % en moyenne.
Viennent ensuite :
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les enfants très timides (34 %)
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les élèves anxieux
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et ceux jugés “différents” selon les normes du groupe
La pression liée à l’apparence est omniprésente :
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1 élève sur 3 ayant des pellicules a été moqué
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40 % ont déjà été humiliés à ce sujet
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17 % citent le poids
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14 % la coiffure
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8 % les problèmes de peau
« Le harcèlement scolaire naît souvent d’un simple jugement sur l’apparence. Mais c’est le manque d’empathie collective qui le rend destructeur », explique Nora Tirane, fondatrice de Marion la main tendue.
Harcèlement scolaire et climat familial : un lien étroit
Les jeunes exposés à un environnement familial tendu (cris, disputes, conflits réguliers) sont deux fois plus nombreux à être victimes : 42 % contre 17 %.
Cette corrélation révèle une circulation de la violence :
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certains enfants reproduisent des schémas observés à la maison ;
-
d’autres ramènent à la maison la souffrance vécue à l’école, créant tension et incompréhension.
« La violence n’est pas toujours apprise à l’école : elle se déplace, s’imite, se transmet », rappelle l’étude.
L’impunité renforce le harcèlement scolaire
Autre donnée essentielle : 60 % des harceleurs n’ont jamais été sanctionnés.
Ce manque de réaction nourrit une culture du silence et un sentiment d’impunité.
« L’école nous disait qu’il ne fallait pas exagérer, que c’était des histoires d’enfants », témoigne un parent.
Pourtant, les conséquences sont profondes :
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62 % des victimes gardent des séquelles durables
-
85 % quand le harcèlement a été prolongé
Anxiété, troubles du sommeil, repli, perte de confiance : le harcèlement scolaire laisse des traces durables sur la vie des jeunes.
Prévenir : écouter, former et agir ensemble
Pour Marion la main tendue, il faut comprendre les causes autant qu’identifier les victimes. L’association recommande :
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une formation renforcée des enseignants, CPE et personnels éducatifs ;
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une implication accrue des familles ;
-
des espaces d’écoute dès le primaire ;
-
une parole décomplexée autour du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement.
« Tant que la violence restera un mode de communication appris, elle continuera à se reproduire », souligne Nora Tirane.
Des partenaires engagés
Depuis 2021, Head & Shoulders soutient l’association en formant des ambassadeurs de la bienveillance dans les établissements.
La marque agit aussi contre la stigmatisation liée à l’apparence, souvent point de départ du harcèlement scolaire, notamment via son podcast La Tête et les Épaules.
« Aucun détail ne justifie la moquerie ni l’exclusion. En parler, écouter et réagir, c’est déjà agir contre le harcèlement », affirme Mickael Mugico.
Comprendre le harcèlement scolaire pour mieux y mettre fin
L’étude Ifop montre que le harcèlement scolaire est un phénomène systémique, un cycle de souffrance et d’imitation.
Pour en sortir, il faut :
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éduquer à l’empathie,
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repérer plus tôt,
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valoriser la parole,
-
et restaurer une culture de la sanction juste et cohérente.
Briser la chaîne du harcèlement scolaire, c’est reconnaître la douleur de ceux qui blessent parce qu’ils ont été blessés.
Que faire en cas de harcèlement scolaire ?
1. Parler immédiatement
Alerter un adulte de confiance : parent, enseignant, infirmier scolaire, CPE.
2. Contacter les numéros d’aide
3020 pour le harcèlement scolaire.
3018 pour le cyberharcèlement.
3. Conserver les preuves
Captures d’écran, messages, publications.
4. Signaler à l’établissement
Demander une réunion avec le référent harcèlement.
5. Porter plainte
Le harcèlement scolaire est un délit depuis 2022.
6. Un soutien psychologique
CMP, psychologues scolaires, associations comme Marion la main tendue ou e-Enfance.
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Sophie Madoun