Ce lundi 12 octobre, 1 500 établissements scolaires participent à la 23e Dictée d’ELA, selon l’association. Un texte de Laurent Mauvignier, des personnalités venues le lire et une mobilisation pour les enfants atteints de leucodystrophies : alors que les difficultés en orthographe persistent, ce rendez-vous rappelle ce que l’école peut transmettre à travers une dictée. Le goût des mots, mais aussi l’attention aux autres.
Vous vous souvenez peut-être de cette seconde de doute devant un participe passé. Du mot que l’on connaissait parfaitement jusqu’au moment de l’écrire. La dictée laisse des souvenirs tenaces. Avec ELA, elle prend une dimension collective : toute une classe se penche sur un texte consacré à la lutte contre la maladie.
La Dictée ELA 2026 ouvre ce lundi la campagne « Mets tes baskets et bats la maladie ». Elle donne aux élèves l’occasion de découvrir le quotidien des personnes touchées par une leucodystrophie et d’échanger sur le handicap, le respect de la différence et la solidarité. Des sujets qui prennent une autre dimension lorsqu’une famille vient en parler devant eux.
Laurent Mauvignier donne les mots, les personnalités leur prêtent leur voix

Cette année, Laurent Mauvignier, lauréat du prix Goncourt 2025, signe Je vais courir. Le titre annonce déjà le mouvement qui suit la dictée : enfiler ses baskets et participer à une mobilisation pour les enfants malades.
Gil Alma, Cécilia Cara, Olivier Giroud, Claudia Tagbo et Sophie Thalmann figurent parmi les personnalités annoncées dans les établissements scolaires. À Vincennes, ELA prévoit notamment la présence de Gil Alma pour lire le texte, aux côtés de Salomon, atteint d’une leucodystrophie, et de sa mère Alexandra. Guy Alba, fondateur d’ELA et président d’ELA International, est également annoncé.
La présence d’un acteur ou d’un sportif attire l’attention. Celle d’un enfant et de sa famille donne à cette rencontre une autre profondeur. Derrière un nom de maladie difficile à prononcer, il y a quelqu’un dont on découvre l’histoire.
L’orthographe recule : la dictée garde toute sa place
Le contexte scolaire donne à ce rendez-vous un intérêt supplémentaire. Dans une étude publiée en décembre 2022, la DEPP, le service statistique du ministère de l’Éducation nationale, a comparé les performances d’élèves de CM2 sur une même dictée : 19,4 erreurs en moyenne en 2021, contre 10,7 en 1987. Les difficultés portent particulièrement sur les accords, entre le sujet et le verbe ou à l’intérieur du groupe nominal.
La dictée reste inscrite dans les apprentissages. Les recommandations officielles prévoient notamment une dictée brève quotidienne au cycle 3, du CM1 à la sixième. Les données de la DEPP ne renseignent toutefois pas sur sa fréquence dans chaque classe et ne permettent pas d’expliquer la baisse des résultats par un manque de dictées.
Mais à force de commenter le nombre de fautes, on oublie parfois le travail qui permet de les comprendre. Écrire sous la dictée oblige à écouter, à reconnaître les mots et à mobiliser les règles apprises. La correction permet de revenir sur un accord, d’expliciter un raisonnement, de repérer ce qui résiste encore. Le ministère souligne aussi l’intérêt de cet exercice pour mémoriser les relations entre les sons et les lettres.
Encore faut-il laisser à l’élève le temps de comprendre son erreur.
Une place pour chaque élève, même quand les accords lui résistent
ELA propose une dictée tournée vers l’échange, avec une autocorrection possible et des adaptations selon les classes. Les mots difficiles peuvent être inscrits au tableau ; le texte peut être proposé à trous. L’association précise que son rendez-vous n’a pas vocation à évaluer les élèves ou à les départager dans un concours d’orthographe.
Un enfant en difficulté peut donc prendre part à la mobilisation (et c’est heureux : la solidarité n’exige pas un sans-faute).
Cette attention à la participation de chacun rejoint le message de l’événement. Parler du respect de la différence prend tout son sens lorsque les élèves disposent eux-mêmes de moyens adaptés pour participer.
Après les cahiers, les baskets
Les leucodystrophies sont des maladies rares qui touchent la myéline, la gaine protectrice des fibres nerveuses. Elles peuvent entraîner une perte progressive de capacités motrices et cognitives. ELA accompagne les familles concernées et soutient la recherche.
Et l’engagement se poursuit sur le terrain. La campagne Mets tes baskets et bats la maladie invite les établissements à organiser des courses ou d’autres événements pour collecter des dons. Ceux-ci contribuent notamment au financement de matériel adapté et à l’aménagement des logements. Pour les familles, ces équipements permettent de soulager un quotidien que la maladie rend plus difficile.
ELA annonce une mobilisation globale dans plus de 3 200 établissements, auprès de 570 000 élèves. Ces chiffres englobent la campagne, au-delà des seuls participants à la dictée.
Un cahier ouvert le lundi peut ainsi mener à une course solidaire, puis à une aide concrète pour une famille. Les élèves auront travaillé leurs accords. Ils auront aussi découvert où peut conduire leur engagement.