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Les rapports mère/fille sont très complexes. S’affranchir de sa mère est, pour certaines filles, un véritable problème. Et vice-versa. Mais rien n’est irrévocable. Explications.

Les relations entre une mère et sa fille sont très souvent ambiguës. Ambiguës car, face à leur fille, beaucoup de mère voit en leur fille un substitut d’elle-même et se projettent dans leur vie. Elle souhaite la protéger du monde extérieur au risque de l’étouffer. Dans l’espoir que sa fille réussisse mieux qu’elle, elle lui transmet ses désirs et peut dénier les siens. Elle souhaite être sa meilleure amie, sa confidente, empêchant, de fait, celle-ci de s’ouvrir aux autres et d’avoir des repères. Elle admire sa jeunesse et sa fraîcheur la rendant inconsciemment coupable du temps qui passe. Quelque soit la relation avec sa mère cet effet miroir joue immanquablement.

La mère copine

Il y a un piège dans la « mère-copine ». Le piège de ne pas accepter le temps qui passe. Parce qu’évidemment, la mère et la fille ont le même sexe ! Une rivalité de femme s’en suit. La mère a du mal à voir grandir sa fille, à la voir désirable, à la voir prendre son autonomie. Un peu comme si sa fille allait lui prendre sa place, lui faire de l’ombre. Pour pallier à ces tristes désagréments, la mère aura tendance à vouloir devenir la meilleure amie de sa fille. Grave erreur ! Les filles doivent se construire en tant qu’individu à part entière et cette réaction peut l’en empêcher « je dis et je répète qu’une mère ne doit pas être la copine de sa fille. C’est peut-être agréable pour la mère, mais c’est mauvais pour la fille. Le clivage générationnel est essentiel » déclare avec fermeté Maryse Vaillant.

Néanmoins, la rivalité avec sa mère permet à la fille de se construire. D’être une battante tant dans sa vie professionnelle que personnelle. Elle est armée et les sentiments de jalousie à l’égard des autres femmes ou les sentiments de faiblesse disparaissent.

La mère exigeante

Un mélange d’admiration et de dégoût, de fusion et de rejet, d’amour et de haine, ponctuent les rapports mère-fille. La fille veut plaire et satisfaire son premier objet d’amour, quant à la mère, ses attentes vont bien au-delà de sa conscience car bien souvent elle reproduit le lien qui l’unit (l’unissait) avec sa propre mère. Et même si les temps changent, que le féminisme est passé par là et avec lui l’émancipation des femmes, les vieux schémas demeurent. Ces mères tentent de réparer par la maternité de mère en fille et de fille en mère leur blessure narcissique vécue dans leur petite enfance. Et de pallier, grâce à leur fille, leurs angoisses et dépression. Les filles ne sont alors que des pansements au mal être de leur mère, des thérapeutes, des soignantes.

Grandir c’est se séparer

« Pour devenir une femme, il faut s’éloigner de sa mère », déclare Caroline Eliacheff, psychanalyste. S’éloigner ne signifie pas partir avec perte et fracas. D‘autant moins avec sa mère ! Un invisible fil d‘amour persiste à jamais.

Afin de devenir autonome, la fille doit cesser de vouloir être l’être idéalisé de sa mère, de faire ses propres choix de vie, d‘avoir foi en ses convictions et ses jugements, d’apprendre à agir seule sans approbation aucune. Pour ce faire, il est impératif de ne plus avoir peur d’échouer, de souffrir ou d’être abandonnée. Seules les expériences, mêmes malheureuses, permettront à la fille de s’apercevoir qu’elle peut arriver s’en sortir seule.

A lire :

Fusion mère-fille, s’en sortir ou y laisser sa peau, Doris-Louise Haineault – PUF, 12 euros.

Mères : libérez vos filles, Marie Lion-Julin – Odile Jacob, 21,50 euros

Mères-filles une relation à trois, Caroline Eliacheff – Poche, 6,50.

Filles de nos mères, mères de nos filles… Un lien passionnel, Sandriine Dury –Editions Eyrolles, 16 euros

 

Sophie Madoun