Les pièges à moustiques sont de plus en plus utilisés dans l’espace public pour lutter contre les nuisances liées aux piqûres et contre les maladies transmises par ces insectes. Or, les études actuellement disponibles ne sont pas suffisantes pour démontrer leur efficacité à court terme sur la propagation de ces maladies. Ainsi, l’Anses encourage leur utilisation, en priorité à titre préventif (à moyen et long termes), pour réduire les fortes densités de populations de moustiques dans le cadre d’une stratégie de lutte intégrée. Enfin, l’Anses rappelle que la mise sur le marché et l’emploi de ces pièges doit être conforme à la réglementation.

Ces dernières décennies, plusieurs maladies transmises par les moustiquesdengue, chikungunya, zika – se sont propagées en dehors des zones tropicales. L’utilisation de pièges à moustiques, en complément ou en alternative à d’autres techniques de lutte pour limiter la propagation de virus, date seulement de quelques années. Dans l’hexagone, les Agences régionales de santé (ARS) désignent les opérateurs chargés d’intervenir pour limiter la propagation des moustiques. Il existe une quinzaine d’opérateurs, tous ne recourent pas aux pièges à moustiques de la même façon. L’Anses a mené une revue de la littérature pour faire le point sur l’efficacité des pièges à moustiques utilisés par les opérateurs dans le cadre de la lutte antivectorielle.

Plusieurs moyens d’attirer les moustiques femelles

Il existe deux principaux types de pièges utilisés pour lutter contre les moustiques femelles, qui sont les seules à piquer et à pouvoir transmettre les agents pathogènes. Les premiers, imitant un lieu de ponte, sont constitués d’un récipient rempli d’eau et permettent de piéger les femelles venues pondre par divers moyens : insecticide, bandes collantes…. Les seconds les attirent en simulant la respiration d’un être vivant par la diffusion de gaz carbonique (CO2) et/ou à l’aide d’attractants visuels ou olfactifs (par exemple en simulant l’odeur corporelle humaine avec de l’acide lactique).

Un moyen de lutte à utiliser en complément d’autres techniques

« Nous avons un faisceau de preuves montrant que les deux types de pièges peuvent être efficaces de façon préventive, pour diminuer les populations de moustiques à moyen et long termes (sur plusieurs semaines, mois, voire années), à condition qu’ils soient bien entretenus et qu’il y ait suffisamment de pièges, détaille Johanna Fite, responsable de la mission « vecteurs » à l’Anses. Ils ne constituent pas une solution miracle. Les pièges sont plus efficaces lorsqu’ils sont utilisés en complément d’autres moyens de lutte, notamment l’élimination des gites larvaires. »

Pas d’étude concernant l’effet des pièges sur la propagation des maladies

Certains opérateurs utilisent les pièges lorsque des cas de maladie vectorielle sont identifiés. Des pièges sont ainsi installés pendant trois à six semaines autour du domicile des personnes infectées. Suite à son expertise, l’Anses n’a pas identifié de données éclairant l’efficacité des pièges pour limiter rapidement la propagation des maladies lorsque les virus sont déjà en circulation. L’Agence recommande donc de mener des recherches pour collecter de telles données et déterminer les conditions de déploiement optimales de ces pièges, selon différents scénarios épidémiologiques possibles, notamment en présence d’un cas isolé, d’un foyer ou d’une épidémie. En attendant ces données complémentaires, les pièges à moustiques ne devraient être utilisés que comme mesure préventive, ou lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser d’insecticide, par exemple lorsque la zone à traiter est proche d’un cours d’eau ou inaccessible.

Un rappel de la réglementation nécessaire

Le CO2, l’acide lactique et les autres substances utilisées pour attirer les moustiques femelles sont des substances biocides. Les pièges les utilisant doivent donc être conformes à la réglementation sur les biocides et bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Jusqu’à présent, aucune demande d’AMM n’a été déposée en France pour des pièges à moustiques utilisant du CO2. La commercialisation des pièges à base de CO2 produit par combustion est autorisée selon un régime transitoire jusqu’en juillet 2022. Après cette date, les pièges n’ayant pas d’AMM ne pourront plus être commercialisés en France. Les dossiers de demande d’AMM doivent apporter des preuves documentées de l’efficacité, de même que de la sécurité d’emploi des pièges. Enfin, les allégations apposées sur certains dispositifs du type « zéro nuisance » ou « maison sans moustique » ne doivent pas figurer sans que la preuve de ce qu’ils revendiquent soit établie.

 

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