Pourquoi 80 % des Français ont une image négative des maisons de retraite. Analyse complète : coût, manque de choix, désir de vieillir chez soi, prévention, maintien à domicile et interview de Mickaël Cohen.

Maisons de retraite : 80 % d’image négative, un record. Pourquoi les Français ne font plus confiance au modèle… et comment Zenior veut changer la donne.
80 % des Français ont une image négative des maisons de retraite, un chiffre inédit, brutal, et révélateur d’une crise profonde du modèle d’accompagnement du grand âge.
Derrière cette défiance massive se cache une angoisse collective : celle de vieillir dans un système perçu comme inadapté, déshumanisé et à bout de souffle.
C’est le principal enseignement d’un observatoire dédié au bien vieillir, une étude qui met en lumière un rejet sans précédent des solutions traditionnelles mais aussi une attente très forte de nouvelles réponses.

Une défiance massive : le signe d’un modèle qui ne convainc plus

Que 80 % des Français aient aujourd’hui une image négative des maisons de retraite révèle une rupture profonde entre les attentes des familles et le fonctionnement actuel de l’EHPAD. Pour une grande majorité de ménages, l’établissement représente un modèle souvent subi, coûteux, peu lisible et éloigné des besoins réels du grand âge.

Les Français ne rejettent pas l’idée d’être accompagnés. Ils rejettent un système qui leur donne le sentiment de manquer de transparence, d’options personnalisées et de choix réels face à la perte d’autonomie.

Coût, opacité, perte des repères : pourquoi l’image se dégrade

Le coût des EHPAD constitue l’un des motifs majeurs de méfiance. Les prix élevés, combinés à l’impression d’un accompagnement insuffisant, alimentent un sentiment d’injustice.
S’ajoute un manque de lisibilité : il est difficile de comparer les établissements, d’évaluer la qualité des soins, d’anticiper l’évolution de l’autonomie, ou de comprendre les démarches.

Pour beaucoup, entrer en établissement signifie quitter un environnement familier et perdre leurs repères, leurs habitudes, leur rythme et parfois leur dignité. Cette dimension émotionnelle contribue puissamment à l’image négative.

Vieillir chez soi : le choix préféré des Français

Depuis des années, les sondages montrent un désir massif de vieillir chez soi. Le domicile incarne la sécurité affective, la continuité du quotidien, la liberté de mouvement et un lien fort avec l’identité.

Mais rester à domicile sans adaptation du logement expose à de nombreux risques : chutes, hospitalisations, perte d’autonomie accélérée. Sans prévention, le basculement en établissement se fait trop souvent dans l’urgence.

C’est là que le maintien à domicile devient un enjeu central : accessible, anticipé, sécurisé et adapté.

ENTRETIEN – MICKAËL COHEN

 

Pour mieux comprendre les raisons de cette défiance et les solutions qui se développent autour du maintien à domicile, nous avons interrogé Mickaël Cohen, Président et cofondateur de DOMetVIE.

80 pour cent des Français ont une image négative des maisons de retraite. Comment l’expliquer ?

Ce chiffre s’inscrit dans une tendance profonde. Les seniors souhaitent massivement vieillir chez eux. L’image des EHPAD s’est dégradée au fil des années, renforcée par des scandales et par l’impression d’un modèle subi plutôt que choisi. Beaucoup associent encore l’établissement à un manque d’humanité ou à une absence de liberté.

Est-ce un rejet émotionnel ou un choix rationnel ?

Les deux. Le domicile est un repère identitaire très fort. On y trouve ses habitudes, sa mémoire, son autonomie. Et sur le plan économique, la comparaison entre le coût d’un EHPAD et celui d’un maintien à domicile adapté joue un rôle très important pour les familles.

Le maintien à domicile est-il réellement soutenable sur le long terme ?

Oui, à condition qu’il soit anticipé. Vieillir chez soi sans adaptation augmente les risques. En revanche, adapter son logement permet de prévenir les chutes, d’éviter des hospitalisations et de retarder ou d’éviter l’entrée en établissement. Ce n’est pas un confort : c’est de la prévention du vieillissement.

Le frein financier reste pourtant très présent chez les seniors.

Il est réel, mais souvent lié à un manque d’informations sur les aides financières disponibles. Des dispositifs comme MaPrimeAdapt’ facilitent très largement l’adaptation du logement. Le vrai frein, ce n’est pas l’absence d’aide : c’est leur complexité.

Pourquoi la France reste-t-elle aussi dépendante des EHPAD ?

C’est un héritage culturel et institutionnel. La France a longtemps privilégié le modèle de l’établissement, contrairement à d’autres pays qui ont misé sur la prévention, le maintien à domicile, les services de proximité et l’autonomie des seniors.

En quoi votre travail constitue-t-il une alternative concrète à ce modèle ?

Notre rôle est de rendre le maintien à domicile possible, sûr et durable. Nous aidons les familles pour le diagnostic, les travaux d’adaptation, les aides financières, et toute la coordination nécessaire. Sans accompagnement opérationnel, les politiques publiques ne peuvent pas devenir des solutions réelles.

Peut-on parler d’un changement de modèle de société ?

Oui. Nous passons d’une gestion de la dépendance à une logique d’anticipation. Le domicile devient la première réponse au vieillissement, à condition qu’il soit adapté et sécurisé.

Quel est le message clé face à ces 80 pour cent d’opinion négative ?

Les Français ne rejettent pas l’accompagnement du grand âge. Ils rejettent l’absence de choix. Le maintien à domicile offre une solution plus humaine, plus économique et plus désirable. Il faut maintenant structurer ce choix pour qu’il devienne accessible à tous.

Ce que veulent les familles : comprendre, anticiper, choisir

Face à la perte d’autonomie, les familles cherchent avant tout des informations claires, des solutions alternatives, un accompagnement simple et une décision qui respecte les besoins et le rythme du senior.
L’image négative des maisons de retraite illustre ce besoin de transparence, de prévention, d’autonomie, et de choix pluriels.

À retenir – Pourquoi l’image négative des maisons de retraite s’accentue en France

80 % d’image négative : un signal d’alerte majeur
• Le coût, le manque de lisibilité et la peur de perdre ses repères nourrissent la défiance
• Le maintien à domicile est la solution préférée des Français
• L’adaptation du logement devient un pilier de la prévention
• Le besoin central : redonner un vrai choix aux familles

Cette enquête s’appuie sur une étude réalisée en janvier 2025 auprès d’un panel représentatif de 1 000 personnes âgées de 18 à 75 ans, menée dans le cadre de l’Observatoire du bien vieillir porté par Zenior.