Opération de la cataracte : vers une médecine au rabais ?

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Les ophtalmologistes s’inquiètent d’une possible décotation et rappellent l’importance de préserver l’accès aux soins pour les personnes âgées. L’opération de la cataracte est en danger!

Entre le projet de loi Touraine sur la médecine de 1er recours, le plan Valls de réduction des déficits et la situation financière de la Sécurité Sociale, l’heure est aux économies. La tentation est forte de diminuer le remboursement de l’opération la plus pratiquée à ce jour : la cataracte, qui comptabilise 734 000 interventions en 2013 (soit environ 400 000 patients). Le Pr. Béatrice Cochener, Présidente de l’Académie Française d’Ophtalmologie (AFO) et le Dr. Bour, Secrétaire général adjoint du Syndicat National des Ophtalmologistes de France (SNOF), alertent sur les conséquences d’une telle mesure sur l’accès aux soins des seniors. Ils rappellent que le monde hospitalier et les ophtalmologistes ont réalisé des efforts extrêmement importants ces dernières années : le coût moyen d’une opération de la cataracte pour l’assurance-maladie est passé de 1552 € à 1227 € entre 2005 et 2013, soit une baisse de 20%, alors même que l’inflation cumulée sur la période atteignait 15%.

La cataracte : une prise en charge largement optimisée depuis 10 ans

L’opération de la cataracte est, de très loin, l’acte chirurgical le plus pratiqué au monde. 400 000 Français en ont bénéficié en 2013 et 1 Français sur 2 sera opéré au cours de sa vie. Or, le niveau de remboursement de cet acte menace d’être revu à la baisse… au détriment de la frange de la population la plus fragile : les personnes âgées.

Le projet de loi Touraine qui sera présenté le 17 juin 2014, les négociations de l’Union nationale des Caisses d’Assurance Maladie (UNCAM) qui débuteront en juillet et la révision à la baisse de l’objectif national des dépenses de l’Assurance maladie pour les prochaines années (de 2,4% en 2014 à 1,9% en 2017) sont autant de menaces qui pèsent sur l’offre de chirurgie de la cataracte. Les ophtalmologistes s’alarment des conséquences d’une telle décotation sur l’accès et la qualité de soins de la cataracte, et rappellent les efforts extrêmement importants réalisés ces dernières années par la communauté médicale, pour améliorer cette opération et limiter son coût.

Entre 2005 et 2013 les hôpitaux, les cliniques et les médecins ont concouru à faire baisser de manière continue le prix de revient de la cataracte, en optimisant au maximum sa prise en charge. Cette chirurgie a également fait l’objet d’innovations importantes lui permettant de gagner en performances et en sécurité pour les patients. Ces derniers peuvent ainsi bénéficier d’une plateforme, d’instruments ou encore d’implants très sophistiqués… donc plus coûteux mais pourtant sans réajustage du taux de remboursement !

Aujourd’hui l’opération est pratiquée à 90% en ambulatoire, sans hospitalisation de nuit. Les cliniques ont baissé leurs tarifs de 30% en 10 ans (et -17% à l’hôpital). Quant aux honoraires des médecins secteur 1, ils sont plafonnés depuis 25 ans (tarif de remboursement inchangé depuis 1989). Au total, le coût moyen d’une opération de la cataracte pour l’assurance-maladie est passé de 1552 € à 1227 € entre 2005 et 2013, soit une baisse de 20%, alors même que l’inflation cumulée sur la période atteignait 15% !

Décotation : le scénario catastrophe

Aujourd’hui les gains de productivité ont été poussés à leur maximum, sans possibilité de compression supplémentaire des coûts.

Dans ces conditions, minorer le remboursement de l’opération de la cataracte porterait un coup fatal à l’offre en tarif opposable, déjà moribonde. En 2013, seules 28% des cataractes ont pu être opérées en secteur 1. Le Dr Thierry Bour, secrétaire général adjoint du SNOF – le Syndicat National des Ophtalmologistes – s’insurge : « L’objectif du gouvernement et de l’assurance-maladie est-il d’empêcher les personnes âgées de se faire soigner ? Il ne faut pas oublier qu’avoir une bonne vue est indispensable pour l’autonomie de seniors. La recherche d’économies par la sécurité sociale ne doit pas faire oublier que la chirurgie de la cataracte est actuellement dans une situation critique. »

 Autre conséquence de la baisse des remboursements : l’abandon de l’innovation. La chirurgie de la cataracte compte parmi les plus beaux exemples de progrès en médecine. Elle est le terrain d’innovations très prometteuses, tant dans le domaine de la technique de découpe que dans celle des implants. Ces nouveaux procédés nécessitent des investissements, et une technicité accrue. La décotation porterait un coup d’arrêt à cette démarche d’innovation.

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