Au supermarché, certains produits vendus comme pratiques sont surtout trop emballés. Portions individuelles, bouteilles, sachets et packs plastiques font grimper le ticket de caisse tout en générant plus de déchets.
Les produits trop emballés au supermarché n’ont pas disparu des rayons. Au contraire. Bouteilles d’eau, fruits bio sous emballage, légumes prédécoupés, masques beauté unidoses, snacking individuel : derrière la promesse du pratique, beaucoup d’articles du quotidien multiplient encore les emballages jetables. Une vaste enquête de Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea, menée dans plus de 1 600 magasins, montre que la grande distribution reste très dépendante du plastique, malgré les engagements affichés.
Et c’est peut-être là que le sujet devient le plus parlant pour les consommateurs : ce plastique n’est pas seulement mauvais pour l’environnement. Il peut aussi coûter plus cher dans le caddie. Car les mini-formats, les portions individuelles et les produits déjà coupés sont souvent vendus comme un gain de temps, alors qu’ils ajoutent de l’emballage, du déchet et parfois un vrai surcoût au litre ou au kilo.
Produits trop emballés : pourquoi le problème est toujours dans votre caddie
La grande distribution promet depuis des années de réduire les emballages. Depuis 2020, la loi anti gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC) prévoit même la fin progressive des plastiques à usage unique d’ici 2040. La loi Climat et résilience fixe aussi un objectif de 20 % de produits sans emballage d’ici 2030 dans les magasins de plus de 400 m².
Mais dans les faits, le plastique reste partout. Le rapport de Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea pointe un écart persistant entre les engagements des enseignes et la réalité en rayon. L’enquête s’appuie sur un questionnaire adressé aux distributeurs et sur des observations menées dans 1 659 magasins.
Le constat est simple : les efforts existent, mais ils restent trop faibles, trop dispersés et trop centrés sur le recyclage. Or, recycler un emballage ne revient pas à l’éviter. Pour réduire vraiment les déchets, il faut d’abord supprimer les plastiques inutiles, développer le vrac, le réemploi et limiter les formats jetables.
Les bouteilles d’eau en plastique restent les reines du supermarché
C’est l’un des chiffres les plus frappants de l’enquête : le rayon eaux et boissons représente environ 40 % des emballages en plastique à usage unique en grande distribution. Les ventes d’eaux embouteillées ont même progressé de 3,3 % en 2025.
Autrement dit, le plastique ne recule pas là où il pèse le plus.
Les marques distributeurs participent aussi à cette offre massive. Selon les réponses de certains distributeurs, on compte en moyenne 171 références d’eaux et boissons en bouteille plastique en marque distributeur, avec un maximum de 186 références.
Le plus absurde reste peut-être les mini-formats. Les bouteilles de jus de moins de 33 cl sont présentes dans 81 % des magasins de grande distribution audités. Les bouteilles d’eau de moins de 50 cl sont présentes dans 75 % des magasins. Ces petits formats paraissent pratiques pour l’école, le sac, le sport ou le bureau mais ils augmentent mécaniquement la quantité de plastique utilisée par rapport au volume consommé.
Fruits et légumes bio emballés : le paradoxe qui saute aux yeux
Les fruits et légumes bio sont souvent davantage emballés que les fruits et légumes conventionnels.
L’enquête a porté sur cinq produits très courants : pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates, hors tomates cerises. Résultat : dans les grandes surfaces classiques, les fruits et légumes bio étudiés sont emballés dans 91 % des cas, dont environ la moitié sous plastique. À l’inverse, dans les magasins bio, ces mêmes fruits et légumes sont vendus en vrac dans 90 % des cas.
Le paradoxe est énorme : le consommateur achète du bio pour faire un choix plus responsable, puis se retrouve avec des carottes, des pommes ou des tomates sous plastique.
Les distributeurs de la grande distribution évoquent souvent la protection des aliments, la séparation entre bio et conventionnel ou le risque de fraude. Mais l’existence d’une offre bio majoritairement en vrac dans les magasins spécialisés montre qu’un autre modèle est possible.
Légumes prédécoupés : le confort qui rajoute du plastique
Champignons en lamelles, courgettes en rondelles, ananas épluché, fruits prêts à consommer : la “fraîche découpe” gagne du terrain.
Près d’un supermarché sur deux propose des légumes prêts à cuisiner emballés sous plastique. Plus de 35 % vendent aussi des fruits prédécoupés. Le rapport souligne que cette tendance progresse : sur les quatre premiers mois de 2025, les achats de ces produits ont augmenté d’environ 10 % par rapport à la même période en 2024.
Là encore, la promesse est claire : gagner du temps. Mais le consommateur paie souvent plus cher un produit qui a été lavé, coupé, emballé et rendu plus fragile. Résultat : plus d’emballage, parfois plus de gaspillage et une banalisation du tout-prêt jetable.
C’est ce que les associations appellent une “économie de la flemme”. La formule est dure, mais elle parle : on vend de la facilité, et la planète récupère les déchets.
Le vrac recule alors qu’il devrait progresser
Le vrac devait devenir l’une des grandes solutions pour réduire les emballages. Pourtant, l’enquête montre un recul net.
En 2023, 57 % des magasins de grande distribution proposaient un rayon vrac. Deux ans plus tard, seuls 38 % des magasins visités en disposaient encore. Cela représente une baisse de 19 points.
Ce recul est d’autant plus gênant que la loi fixe un objectif de 20 % de produits sans emballage d’ici 2030 dans les grandes surfaces de plus de 400 m².
Les magasins bio restent très en avance : ils proposent en moyenne 129 références en vrac contre 44 en grande distribution classique. Biocoop atteint même 150 références en moyenne.
En clair : le vrac n’a pas disparu parce qu’il serait impossible. Il recule surtout dans les enseignes qui ne l’ont pas réellement intégré à leur modèle.
Sacs pour les fruits et légumes : le plastique continue même quand le produit est en vrac
Même quand les fruits et légumes sont vendus en vrac, le plastique revient souvent par la petite porte.
Dans 63 % des grandes surfaces enquêtées, seuls des sachets plastiques sont proposés pour les fruits et légumes en vrac. Dans les magasins bio, cette pratique est beaucoup plus rare : seulement 3 % en moyenne.
Les sacs plastiques dits biosourcés ou compostables sont parfois présentés comme une solution. Mais l’Anses a déjà alerté sur les risques liés à certaines matières plastiques biosourcées, biodégradables ou compostables, notamment en raison de leurs produits de dégradation et de leur impact possible sur l’environnement et les aliments cultivés.
Pour le consommateur, le message est brouillé : on lui propose du vrac, mais on lui tend encore un sac plastique.
Masques beauté unidoses, pods de lessive : le plastique se cache aussi dans la salle de bain
Le plastique n’est pas seulement dans le rayon boisson ou alimentaire. Il gagne aussi les rayons beauté et entretien.
Les pods de lessive sont présents dans 90 % des grandes surfaces auditées. Les masques beauté à usage unique sont vendus dans 57 % des magasins de grande distribution en moyenne, avec des taux plus élevés dans certaines enseignes.
Le problème est double.
D’abord, ces produits produisent un déchet immédiat : une dose, une utilisation, une poubelle. Ensuite, ils peuvent coûter très cher au litre. Pour les masques beauté unidoses, l’enquête relève des prix au litre allant parfois de 150 à 400 euros lorsque l’information était disponible.
Et le plastique ne se limite pas toujours à l’emballage. Certains masques dits “en tissu” contiennent en réalité du polyester ou du polypropylène. Les pods de lessive, eux, utilisent souvent un film soluble en alcool polyvinylique, dont la dissolution complète dépend des conditions d’usage.
Madeleines, amandes, snacking : quand l’emballage prend trop de place
L’enquête pointe aussi les emballages avec vide inutile et les produits multipliant les couches de plastique.
Exemple très parlant : certaines madeleines longues en marque distributeur peuvent cumuler plusieurs niveaux d’emballage, avec sachets individuels, barquette et paquet extérieur. Pour quelques biscuits, le consommateur se retrouve avec une cascade de plastique.
Même chose pour certains sachets d’amandes, où le remplissage semble loin d’être optimal selon les exemples photographiés dans le rapport.
Le problème n’est pas seulement l’emballage visible. C’est le modèle : emballer, sous-emballer, portionner, individualiser, rendre transportable, vendre comme pratique. À force, le produit devient presque secondaire face au contenant.
Le réemploi reste marginal dans les supermarchés
Le réemploi pourrait être une vraie solution : utiliser plusieurs fois un emballage pour le même usage. La loi AGEC fixe un objectif de 10 % d’emballages réemployés mis sur le marché d’ici 2027.
Mais en grande distribution, le réemploi reste très faible.
Selon le rapport, Coopérative U indique un taux de 0,9 % d’emballages réemployés. Biocoop affiche un taux plus élevé, à 2,1 % du volume de ventes réalisé en réemploi. Sur le nombre de références proposées en réemploi, Biocoop arrive largement devant avec 289 références, suivi de Carrefour avec 90 références, puis Coopérative U avec 68 références.
Rapportés aux dizaines de milliers de références disponibles dans les grandes enseignes, ces chiffres restent très faibles.
Quelles enseignes s’en sortent le mieux ?
L’enquête distingue trois grands profils.
Les magasins bio sont globalement les plus avancés. Biocoop se démarque notamment par l’arrêt de la vente d’eau plate en bouteille plastique depuis 2017, par son offre de vrac et par son engagement dans le réemploi. La Vie Claire et Naturalia affichent aussi de meilleurs résultats que la grande distribution classique sur plusieurs indicateurs, même si tout n’est pas parfait.
Les enseignes de grande distribution traditionnelle ont lancé certaines initiatives, mais restent très dépendantes du plastique. Les points noirs reviennent presque partout : petits formats de bouteilles, fruits et légumes bio emballés, légumes prédécoupés sous plastique, unidoses beauté ou entretien.
Le hard discount, lui, doit encore engager une vraie transition. Aldi et Lidl n’ont pas répondu au questionnaire, comme E. Leclerc et le groupe Casino. L’audit montre que ces enseignes reposent encore beaucoup sur l’emballage et le plastique, même si certaines offres très plastifiées et plus chères, comme les masques beauté unidoses ou la fraîche découpe, y sont moins présentes.
Tableau : les produits à surveiller dans votre caddie
| Produit | Pourquoi il attire | Pourquoi il pose problème |
|---|---|---|
| Mini-bouteilles d’eau | Faciles à glisser dans un sac | Plus de plastique pour moins de boisson |
| Packs d’eau | Habitude familiale, prix attractif | Gros volume de bouteilles jetables |
| Fruits bio emballés | Image saine et rassurante | Paradoxe du bio sous plastique |
| Légumes prédécoupés | Gain de temps | Plus d’emballage, prix souvent plus élevé |
| Fruits prêts à manger | Pratique au bureau ou en déplacement | Produit transformé, emballage immédiat |
| Masques beauté unidoses | Petit plaisir pas cher à l’achat | Prix au litre très élevé, déchet immédiat |
| Pods de lessive | Dosage facile | Emballage et film soluble controversé |
| Madeleines en sachets individuels | Goûter pratique | Multiplication des emballages |
| Snacking individuel | Repas rapide | Portion jetable et emballage dominant |
Comment faire ses courses sans se faire piéger par le plastique ?
Le but n’est pas de culpabiliser les consommateurs. Le vrai pouvoir est d’abord du côté des distributeurs, qui choisissent ce qu’ils mettent en rayon, comment ils l’emballent et à quel prix ils le vendent.
Mais au moment de faire ses courses, quelques réflexes permettent de repérer les pièges.
Comparer le prix au kilo ou au litre permet souvent de voir que le format pratique coûte plus cher. Regarder le nombre de couches d’emballage aide aussi à faire le tri. Un produit emballé individuellement, puis rangé dans une barquette, puis glissé dans un sachet, mérite d’être questionné.
Pour les fruits et légumes, le vrac reste souvent plus cohérent, surtout quand le produit est robuste : pommes, pommes de terre, carottes, oranges. Pour l’eau, quand elle est potable et appréciée au goût, l’eau du robinet reste l’alternative la plus simple aux bouteilles plastiques.
Enfin, pour les produits beauté ou entretien, les grands formats, les recharges, les produits solides ou le vrac peuvent réduire les déchets, à condition que le prix soit réellement intéressant.
Ce que demandent les associations pour réduire le plastique au supermarché
Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea demandent aux distributeurs de construire une vraie stratégie de réduction des plastiques à usage unique, chiffrée et datée.
Elles réclament notamment un plan de sortie du plastique à usage unique d’ici 2040, une réduction de moitié des bouteilles plastiques d’ici 2030 et une réduction des déchets d’emballages tous matériaux conforme au règlement européen sur les emballages.
Elles demandent aussi de s’attaquer aux pratiques les plus aberrantes : fruits et légumes bio sous plastique, fraîche découpe, mini-formats de boissons, vide inutile dans les paquets, unidoses et emballages individuels.
Le message est clair : la grande distribution ne peut plus se contenter de parler recyclage. Elle doit réduire le plastique à la source.
À retenir
Les produits contenant du plastique dans les supermarchés restent omniprésents dans les rayons, malgré les promesses de réduction. Les bouteilles d’eau représentent encore un poids majeur. Les fruits et légumes bio sont très souvent emballés dans les grandes surfaces classiques. Le vrac recule alors qu’il devrait progresser. Les produits pratiques, comme les légumes prédécoupés, les mini-formats et les unidoses beauté, ajoutent du plastique et peuvent coûter plus cher aux consommateurs.
Le vrai enjeu n’est donc pas seulement de trier ses déchets. C’est d’éviter que ces déchets entrent dans le caddie.
FAQ sur les produits trop emballés au supermarché
Quels sont les produits trop emballés au supermarché ?
Les produits trop emballés au supermarché sont ceux qui utilisent plus d’emballage que nécessaire : fruits et légumes sous plastique, portions individuelles, biscuits en sachets séparés, bouteilles d’eau, plats préparés en barquette, salades prêtes à consommer ou lots entourés de film plastique. Ils sont souvent présentés comme pratiques, mais leur emballage pèse sur le prix final.
Pourquoi les produits trop emballés coûtent-ils plus cher au supermarché ?
Les produits trop emballés peuvent coûter plus cher parce que l’emballage, le conditionnement, le marketing et la logistique sont intégrés dans le prix. Au supermarché, on ne paie donc pas seulement l’aliment ou le produit : on paie aussi le plastique, la barquette, le sachet, le film, le bouchon, l’étiquette et la promesse de praticité.
Comment repérer les produits trop emballés au supermarché ?
Pour repérer les produits trop emballés au supermarché, il faut regarder le rapport entre le contenu réel et l’emballage. Un produit simple entouré de plusieurs couches de plastique, vendu en mini-portions ou placé dans une barquette volumineuse, doit alerter. Plus l’emballage prend de place par rapport au produit, plus le suremballage est probable.
Les produits trop emballés sont-ils toujours plus pratiques ?
Non. Certains produits trop emballés sont pratiques dans des situations précises, par exemple pour un pique-nique, un enfant ou un repas pris dehors. Mais au quotidien, beaucoup de produits trop emballés au supermarché pourraient être remplacés par des formats plus simples, moins chers et moins générateurs de déchets.
Comment éviter les produits trop emballés au supermarché ?
Pour éviter les produits trop emballés au supermarché, on peut comparer le prix au kilo ou au litre, choisir les grands formats quand ils sont adaptés, privilégier le vrac, les recharges, les produits peu transformés et les emballages vraiment utiles. Le bon réflexe : se demander si l’on achète le produit ou surtout son emballage.
Les produits trop emballés sont-ils mauvais pour l’environnement ?
Oui, les produits trop emballés au supermarché augmentent la quantité de déchets, surtout quand ils utilisent du plastique à usage unique. Même recyclables, ces emballages consomment des ressources, nécessitent du transport et ne sont pas tous réellement recyclés. Réduire les produits trop emballés permet donc de limiter les déchets à la source.