Les plaies chroniques touchent près de 800 000 patients en France. Avec Domoplaies, la prise en charge des plaies chroniques à domicile pourrait réduire les hospitalisations, améliorer la cicatrisation et soulager les patients.


La prise en charge des plaies chroniques à domicile pourrait connaître un tournant majeur en France. Après quatre ans d’expérimentation en Occitanie, le dispositif Domoplaies affiche des résultats impressionnants : plus de 15 000 patients accompagnés, des hospitalisations réduites, des soins mieux coordonnés et des économies importantes pour l’Assurance maladie. Une avancée qui concerne directement les personnes âgées, les patients diabétiques, les malades chroniques, les aidants et tous ceux qui vivent avec une plaie qui ne cicatrise pas.

Plaies chroniques : un problème de santé publique beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine

Les plaies chroniques font partie de ces problèmes de santé dont on parle peu, alors qu’ils bouleversent la vie quotidienne de centaines de milliers de patients. Ulcères de jambe, escarres, plaies du pied diabétique, plaies complexes après une intervention, lésions qui s’infectent ou qui ne cicatrisent pas : derrière ces mots médicaux, il y a souvent des douleurs, des soins répétés, une perte d’autonomie et une peur de devoir retourner à l’hôpital.

En France, environ 800 000 patients seraient concernés par des plaies chroniques ou complexes. C’est considérable. Et ce chiffre dit beaucoup de l’état de notre système de santé : vieillissement de la population, maladies chroniques, diabète, perte d’autonomie, difficultés d’accès aux spécialistes, surcharge hospitalière, soins infirmiers à domicile de plus en plus sollicités.

Une plaie chronique n’est pas une simple blessure qui tarde un peu à guérir. C’est une plaie qui s’installe dans le temps, qui nécessite un suivi précis, des soins adaptés, une surveillance régulière et souvent l’intervention coordonnée de plusieurs professionnels de santé.

Le problème, c’est que les patients sont parfois pris dans un parcours compliqué : médecin traitant, infirmière libérale, spécialiste, hôpital, service de soins, nouveau rendez-vous, nouvelle ordonnance, nouvelle attente. Résultat : la prise en charge peut manquer de fluidité, alors même que le temps compte.

C’est précisément là que le dispositif Domoplaies veut changer les choses.

Prise en charge des plaies chroniques à domicile : pourquoi Domoplaies pourrait tout changer ?

Domoplaies est un dispositif porté par Cicat-Occitanie. Son objectif : améliorer la prise en charge des plaies chroniques à domicile grâce à une organisation plus rapide, plus coordonnée et plus centrée sur le patient.

Le principe est simple : au lieu d’attendre trop longtemps une expertise spécialisée ou de déplacer systématiquement un patient fragile, Domoplaies permet une expertise clinique à distance, une téléconsultation assistée, une coordination renforcée et un suivi personnalisé.

Le communiqué le résume clairement : Domoplaies propose « un modèle organisationnel centré sur la rapidité d’expertise à distance, la coordination et le maintien à domicile, via un financement au forfait ».

Cette phrase est importante. Elle montre que Domoplaies n’est pas seulement un outil numérique de plus. C’est une nouvelle manière d’organiser les soins autour du patient, en reliant mieux les professionnels entre eux.

Car dans les plaies chroniques, le vrai sujet n’est pas seulement la plaie. C’est tout ce qui se joue autour : la douleur, la mobilité, l’autonomie, les soins infirmiers, le risque d’infection, les complications, les hospitalisations évitables, la fatigue des aidants, la qualité de vie à domicile.

Une plaie qui ne cicatrise pas : quand faut-il s’inquiéter ?

Une plaie qui ne cicatrise pas doit toujours être prise au sérieux, surtout chez une personne âgée, une personne diabétique, une personne en perte d’autonomie ou un patient atteint d’une maladie chronique.

Certaines plaies peuvent évoluer lentement, s’aggraver, revenir régulièrement ou nécessiter des soins prolongés. C’est le cas notamment des ulcères de jambe, des escarres, des plaies du pied diabétique, des plaies post-opératoires compliquées ou des lésions liées à une mauvaise circulation sanguine.

Le danger, c’est le retard de prise en charge. Une plaie mal évaluée, mal suivie ou mal coordonnée peut entraîner des complications. Et ces complications peuvent conduire à une hospitalisation.

C’est pour cela que l’expertise rapide est essentielle. Dans le modèle Domoplaies, l’objectif est justement d’éviter que les patients restent trop longtemps sans avis spécialisé ou sans parcours clair.

Téléconsultation assistée : ce que cela veut dire concrètement

Le terme téléconsultation assistée peut sembler froid ou technique. En réalité, il désigne une organisation très concrète.

Le patient n’est pas seul devant un écran. Il est accompagné par un professionnel de santé, souvent une infirmière ou un infirmier, qui aide à transmettre les informations nécessaires à l’équipe experte. La plaie est évaluée, le dossier est suivi, les décisions sont mieux coordonnées et les soins peuvent être adaptés plus rapidement.

Cette approche a plusieurs avantages.

Elle évite des déplacements difficiles pour des patients fragiles. Elle permet aux professionnels de terrain d’être soutenus par une expertise spécialisée. Elle accélère les décisions. Elle améliore la continuité du suivi. Elle permet aussi d’éviter que chaque soignant travaille dans son coin.

Pour les patients atteints de plaies chroniques, cette coordination peut tout changer. Car une plaie qui dure n’a pas seulement besoin d’un pansement. Elle a besoin d’un regard global, d’une stratégie de cicatrisation, d’un suivi régulier et d’une bonne transmission entre les soignants.

Des chiffres très forts après quatre ans d’expérimentation

Après quatre années d’expérimentation en Occitanie, Domoplaies affiche des résultats solides.

Depuis le début du programme, 15 730 patients ont été accompagnés dans toute la région. Pour l’année 2025, le dispositif recense 3 050 patients ou demandes, 7 180 téléconsultations assistées, 5 638 plaies suivies et une moyenne de 2,4 téléconsultations assistées par patient.

Ces chiffres sont importants car ils montrent que Domoplaies n’est pas une petite expérimentation confidentielle. Le dispositif a déjà été testé auprès de milliers de patients, dans des situations réelles, avec des professionnels de santé de terrain.

Il s’agit donc d’un modèle déjà éprouvé, dans une région entière, sur un sujet médical complexe et fréquent.

Moins d’hospitalisations pour les patients suivis à domicile

L’un des points les plus marquants concerne les hospitalisations.

Selon l’évaluation menée sur la période 2020-2023, les patients suivis par Domoplaies présentent 7 % d’hospitalisations en moins en médecine, chirurgie, obstétrique, et des séjours 22 % plus courts par rapport aux patients issus du Système national des données de santé.

C’est un chiffre clé pour comprendre l’enjeu. Une hospitalisation évitée, ce n’est pas seulement une économie pour le système de santé. C’est aussi un patient qui reste chez lui, une famille moins inquiète, des aidants moins bousculés, un hôpital moins saturé, une personne fragile moins exposée aux complications d’un séjour hospitalier.

Pour les patients âgés ou atteints de maladies chroniques, le maintien à domicile peut représenter une vraie différence dans la qualité de vie.

Domoplaies met aussi en avant une amélioration de l’état de santé des patients suivis, une meilleure coordination des soins, un meilleur maintien à domicile et une maîtrise des coûts pour l’Assurance maladie.

Des épisodes de plaies plus courts et moins de récidives

Autre résultat très intéressant : les épisodes de plaies seraient réduits de 163,4 jours chez les patients suivis par Domoplaies par rapport aux données du Système national des données de santé.

Le dispositif annonce également 15 % de récidives en moins chez les patients Domoplaies.

Là encore, ce sont des chiffres très parlants. Une plaie qui dure moins longtemps, c’est moins de soins, moins de douleur, moins de pansements, moins de déplacements, moins d’inquiétude, moins de risque de complication.

Et moins de récidives, cela signifie aussi un suivi plus efficace dans la durée. Car l’enjeu des plaies chroniques n’est pas seulement de cicatriser une fois. C’est aussi d’éviter que la plaie revienne.

Un coût réduit pour l’Assurance maladie

Domoplaies présente aussi un intérêt économique majeur.

Selon les données communiquées, un épisode de soins serait 34 % moins coûteux chez les patients Domoplaies, avec 11 000 euros d’économie en moyenne par épisode. En cas de généralisation à 30 000 patients, l’économie potentielle serait estimée à 315 millions d’euros.

Ces chiffres sont loin d’être anecdotiques. Ils montrent qu’une meilleure organisation des soins peut permettre de soigner mieux tout en coûtant moins cher.

Ce n’est pas une logique de restriction des soins. Au contraire : l’idée est d’intervenir plus vite, de mieux coordonner, de réduire les complications et d’éviter les hospitalisations inutiles.

Dans un système de santé sous tension, ce type de modèle est particulièrement intéressant. Il répond à une question centrale : comment mieux accompagner les patients chroniques sans tout faire reposer sur l’hôpital ?

Pourquoi ce dispositif parle aussi aux aidants et aux familles

Quand une personne souffre d’une plaie chronique, toute la famille est souvent concernée.

Il faut organiser les soins, comprendre les consignes, surveiller l’évolution, gérer les rendez-vous, rassurer le patient, contacter les professionnels, parfois réorganiser le quotidien autour des pansements et des déplacements.

Pour les aidants, la situation peut devenir très lourde. Une plaie qui ne guérit pas prend de la place dans la vie de tous les jours. Elle inquiète, elle fatigue, elle oblige à anticiper en permanence.

Un dispositif comme Domoplaies peut donc soulager les patients mais aussi leur entourage. En apportant une expertise plus rapide et une meilleure coordination, il rend le parcours plus lisible.

C’est un point essentiel : le maintien à domicile ne doit pas signifier que les familles se débrouillent seules. Il doit s’accompagner d’un vrai soutien médical et organisationnel.

Domoplaies : une possible généralisation nationale

Après quatre ans d’expérimentation, Domoplaies entre dans une nouvelle phase.

Le Comité technique de l’innovation en santé et le Conseil stratégique de l’innovation en santé ont rendu en janvier 2025 un avis favorable à la généralisation du dispositif au territoire national.

Une période de transition de 18 mois maximum est désormais ouverte afin d’intégrer ce modèle dans le droit commun.

L’enjeu est double : adapter les mécanismes de financement et reproduire l’organisation du Cicat-Occitanie dans d’autres territoires.

Car le succès de Domoplaies ne tient pas seulement à la téléconsultation. Il repose sur une organisation complète : expertise clinique, soutien aux professionnels de terrain, coordination des soins, outils numériques, gestion centralisée des dossiers, accompagnement personnalisé.

Autrement dit, pour que le modèle fonctionne ailleurs, il faudra recréer cette intelligence collective autour du patient.

Une nouvelle vision du soin à domicile

La phrase forte du communiqué mérite d’être conservée :

« Domoplaies n’est pas qu’un projet innovant, c’est une nouvelle vision du soin : plus efficiente, plus adaptée aux enjeux du vieillissement, des maladies chroniques et de la prise en charge coordonnée des soins. »

Cette citation résume très bien l’intérêt du sujet. Domoplaies ne parle pas seulement de plaies. Il parle de l’avenir du soin.

Avec le vieillissement de la population, la progression des maladies chroniques, les difficultés d’accès aux spécialistes et la saturation de certains services hospitaliers, le soin à domicile devient un enjeu majeur.

Mais pour être efficace, le domicile ne doit pas devenir un angle mort. Il doit être organisé, soutenu, coordonné et sécurisé.

C’est précisément ce que Domoplaies cherche à démontrer : on peut mieux soigner à domicile si l’on donne aux professionnels les bons outils, les bons relais et une expertise accessible rapidement.

Ce que Domoplaies peut changer pour les patients

Ce qui pose problème aujourd’hui Ce que Domoplaies cherche à améliorer
Plaie qui ne cicatrise pas Expertise clinique plus rapide
Parcours de soins morcelé Coordination renforcée entre professionnels
Déplacements difficiles Suivi à domicile et téléconsultation assistée
Risque d’hospitalisation Complications mieux anticipées
Soins longs et coûteux Épisodes de soins moins coûteux
Aidants souvent seuls Parcours plus lisible et mieux accompagné
Manque de spécialistes accessibles Appui à distance par des équipes expertes

À retenir

Les plaies chroniques concernent environ 800 000 patients en France.

Domoplaies vise à améliorer la prise en charge des plaies chroniques à domicile grâce à la téléconsultation assistée, à l’expertise clinique à distance et à une meilleure coordination des soins.

Depuis le début de l’expérimentation en Occitanie, 15 730 patients ont été accompagnés.

Le dispositif annonce 7 % d’hospitalisations en moins, des séjours 22 % plus courts, 15 % de récidives en moins et un épisode de soins 34 % moins coûteux.

Une généralisation nationale est envisagée après un avis favorable rendu en janvier 2025 par les instances de l’innovation en santé.

FAQ sur le traitement des plaies chroniques à domicile

Qu’est-ce qu’une plaie chronique ?

Une plaie chronique est une plaie complexe ou une lésion cutanée qui cicatrise difficilement malgré des soins réguliers. Escarre, ulcère, plaie du pied diabétique ou plaie liée à une autre pathologie nécessitent souvent une prise en charge longue durée.

Qui prend en charge les plaies chroniques à domicile ?

La prise en charge repose souvent sur une équipe pluridisciplinaire : médecin traitant, infirmiers libéraux, soignante, aides-soignants, coordinatrice, équipe médicale, professionnels paramédicaux ou services médico-sociaux.

Pourquoi une équipe pluridisciplinaire est-elle importante ?

Les plaies chroniques touchent souvent des patients fragiles, atteints de maladies chroniques, de diabète, de troubles vasculaires ou de dépendance. Une équipe soignante coordonnée améliore les soins techniques, la surveillance et le projet de soins.

Quelles personnes sont les plus concernées ?

Les personnes âgées dépendantes, les patients diabétiques, les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, de troubles de mobilité ou de pathologies chroniques sont particulièrement exposés aux plaies complexes.

Quelle différence entre soins à domicile et hospitalisation à domicile pour une plaie chronique ?

Les soins à domicile permettent pansements, suivi et soins médicaux chez soi. L’hospitalisation à domicile intervient pour des plaies plus lourdes nécessitant soins techniques, coordination renforcée et équipe médicale structurée.

Domoplaies remplace-t-il les services hospitaliers ?

Non. Le dispositif complète les services de soins, les structures ambulatoires, la gériatrie, les soins de suite ou les centres hospitaliers afin d’améliorer la prise en charge des plaies.

Pourquoi la coordination des soins est-elle essentielle ?

Une plaie chronique mal suivie peut s’aggraver. Le rôle du coordonnateur, du cadre de santé ou de la coordinatrice est d’assurer continuité, rééducation si besoin, éducation thérapeutique et adaptation du projet de soins.

Les plaies chroniques concernent-elles aussi les Ehpad ou structures médico-sociales ?

Oui. Les personnes âgées dépendantes, en Ehpad ou dans des établissements médico-sociaux, sont particulièrement exposées aux escarres et autres plaies complexes.

Pourquoi parle-t-on de prise en charge globale ?

Parce qu’une plaie chronique ne se résume pas à un pansement : elle implique soins médicaux, suivi infirmier, réadaptation, surveillance nutritionnelle, autonomie et qualité de vie.

Pourquoi ce sujet devient-il majeur ?

Vieillissement, hausse des maladies chroniques, dépendance, diabète et besoin croissant de soins de santé à domicile font des plaies chroniques un enjeu de santé publique de plus en plus important.