À l’issue de la messe célébrée samedi 26 septembre place de la Concorde, Marie Derain de Vaucresson, présidente fondatrice de l’INIRR, a remis au pape Léon XIV le rapport retraçant cinq années de reconnaissance et de réparation des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église. Quelques minutes d’échange au cours desquelles elle lui a surtout adressé une demande très concrète : pousser l’Église, en France comme au Vatican, à poursuivre et renforcer son action envers les victimes. Une rencontre qui prend une résonance particulière alors que le pape doit rencontrer ce dimanche sept victimes à Lourdes.
« J’ai demandé au pape qu’il encourage les évêques de France »
La scène aurait pu rester purement protocolaire. Elle ne l’a pas été.
Après la messe célébrée place de la Concorde samedi 26 septembre, Marie Derain de Vaucresson a pu échanger directement avec Léon XIV et lui remettre le rapport de mission 2021-2026 de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR).
Elle explique avoir profité de cet échange pour interpeller directement le souverain pontife :
« J’ai demandé au pape qu’il encourage non seulement les évêques de France, mais l’ensemble des conférences épiscopales, ainsi que le Vatican, à continuer d’apporter des réponses solides aux personnes victimes de violences sexuelles et à reconnaître ces violences. Il m’a répondu : “Oui, c’est important.” J’ai senti dans cet échange et dans son écoute que nous pouvions compter sur lui sur ce sujet. »
Une déclaration forte, quelques jours seulement après que l’INIRR avait regretté que la visite de Léon XIV en France constitue, sur la question des violences sexuelles, un « rendez-vous raté » pour les victimes. L’instance regrettait notamment que les collectifs de victimes ne disposent pas d’une place suffisante pour porter une parole plus large.
Près de 2 000 demandes adressées à l’INIRR
Créée en 2021 dans le prolongement des révélations de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), l’INIRR a été chargée d’accueillir, reconnaître et accompagner les personnes ayant subi des violences sexuelles dans l’Église catholique lorsqu’elles étaient mineures.
Au 27 juillet 2026, 1 924 demandes de reconnaissance et de réparation avaient été adressées à l’instance. 1 832 personnes avaient été accompagnées par un référent ou avaient obtenu une réponse, et 1 181 décisions avaient été rendues par son collège.
Son rapport de mission 2021-2026, intitulé Porter un devoir de justice et de réparation, avait été officiellement présenté le 22 septembre et remis au cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France. Quatre jours plus tard, il se trouve donc également entre les mains de Léon XIV.
Et derrière les chiffres, les conséquences décrites sont considérables. L’INIRR souligne notamment les répercussions psychologiques, somatiques, scolaires, professionnelles et relationnelles que peuvent avoir les violences sexuelles sur la totalité d’une existence.
À Lourdes, Léon XIV attendu par des victimes
Ce dimanche 27 septembre, la question des violences sexuelles dans l’Église s’invite directement dans le programme du pape.
À Lourdes, Léon XIV doit rencontrer sept hommes et femmes victimes de violences sexuelles au sein de l’Église, parmi lesquels figurent notamment une victime de Notre-Dame-de-Bétharram et un ancien membre de La Parole libérée, association constituée autour des victimes de l’ancien prêtre Bernard Preynat.
Le format de cette rencontre ne fait toutefois pas l’unanimité. Des représentants de collectifs de victimes ont regretté une rencontre reposant sur quelques parcours individuels plutôt que sur une représentation collective permettant de porter des revendications communes.
C’est précisément ce qui donne tout son sens à la démarche de Marie Derain de Vaucresson : remettre au pape non seulement des témoignages individuels, mais cinq années d’expérience accumulée dans l’écoute, la reconnaissance et la réparation des victimes en France.
Après l’écoute, la question des actes
La réponse de Léon XIV — « Oui, c’est important » — ne constitue évidemment pas à elle seule une politique de lutte contre les violences sexuelles dans l’Église.
Mais le fait que le rapport de l’INIRR lui ait été remis directement place désormais entre ses mains des constats, des données et l’expérience d’un dispositif français construit depuis le rapport de la CIASE.
Marie Derain de Vaucresson dit avoir senti qu’il serait possible de « compter sur lui ».
Reste désormais la question essentielle : comment cette écoute se traduira-t-elle concrètement ?
Encouragement des conférences épiscopales ? Renforcement des systèmes de reconnaissance et de réparation ? Réponses plus homogènes d’un pays à l’autre ? Plus grande place donnée à la parole collective des victimes ?
C’est sur ces actes que seront désormais observées les suites de la visite de Léon XIV.
Depuis le 1er septembre 2026, l’INIRR n’accueille plus de nouvelles demandes mais poursuit l’accompagnement des personnes qui l’avaient saisie avant le 31 août. Les nouvelles demandes sont désormais orientées vers l’Instance nationale indépendante et permanente pour accompagner les personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église (INIAVE).
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