Les Gilets jaunes appellent à une nouvelle manifestation nationale samedi 24 octobre 2026. Une annonce qui intervient alors que la France tente encore de se remettre des violences du week-end. Le 17 octobre, 550 000 personnes ont manifesté selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Le bilan est lourd : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés et jusqu’à 2 000 commerces touchés par les pillages et les dégradations, selon les premières estimations. À Paris, les violences se sont poursuivies dimanche. Malgré ce climat, plusieurs dizaines de nouvelles actions sont annoncées pour samedi prochain.

Ce lundi 19 octobre, les commerçants parisiens continuent de découvrir l’ampleur des dégâts. Autour de République, du boulevard Magenta et dans plusieurs quartiers de la rive droite, des vitrines ont été remplacées par des panneaux de bois. Des boutiques ont perdu leur stock, des restaurateurs nettoient leurs établissements et les habitants retrouvent difficilement leurs habitudes. Pendant ce temps, les Gilets jaunes préparent déjà leur prochaine mobilisation.

L’annonce a été faite dans la matinée par la coordination à l’origine de l’appel du 17 octobre. Benjamin Ball, éditeur du site qui avait organisé le rassemblement national, confirme la volonté de poursuivre le mouvement dès le samedi 24 octobre. Un nouveau rendez-vous est également envisagé le 31 octobre, avant la mobilisation du 5 novembre.

La décision intervient après une journée qui a révélé l’ampleur du mécontentement social, mais aussi les difficultés des autorités à contenir des violences qui se sont propagées bien au-delà des cortèges.

Pourquoi les Gilets jaunes veulent-ils manifester à nouveau le 24 octobre ?

Huit ans après l’apparition des premiers Gilets jaunes, les revendications qui avaient provoqué leur naissance demeurent au cœur de la contestation. Le prix des carburants, le coût de l’alimentation, les salaires et la difficulté de vivre correctement de son travail continuent d’alimenter la colère.

En novembre 2018, le mouvement était né de la contestation des taxes sur les carburants avant de s’étendre à la question du pouvoir d’achat et de la représentation démocratique. En octobre 2026, il bénéficie d’un contexte social beaucoup plus large.

Depuis septembre, des lycéens dénoncent les conditions d’enseignement dans leurs établissements, le manque de professeurs et les difficultés rencontrées au quotidien. Des étudiants, des salariés, des syndicats et des militants politiques ont progressivement rejoint les mobilisations.

Cette rencontre des revendications explique en partie l’ampleur de la journée du 17 octobre. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, 550 000 personnes ont participé aux manifestations dans toute la France, dont 110 000 à Paris. La CGT revendique de son côté 800 000 participants.

Ces chiffres sont considérables. Ils ne signifient pas pour autant que 550 000 Gilets jaunes étaient présents dans les rues. Les rassemblements réunissaient des personnes venues défendre des causes différentes, parfois sans partager les mêmes orientations politiques.

La coordination souhaite désormais prolonger cet élan. Un appel a été lancé pour le 24 octobre et plusieurs dizaines d’initiatives figurent déjà sur la carte des mobilisations.

À Dijon, un rassemblement est annoncé à 14 heures, place de la Libération. À Paris, un nouvel appel circule, mais aucun parcours définitif n’a été confirmé par la préfecture de police au 19 octobre. Les lieux et horaires de certaines actions restent encore à préciser.

La question est désormais de savoir combien de personnes répondront à cet appel après les violences de samedi. Car les images de la journée du 17 octobre ont profondément marqué les esprits.

Le 17 octobre, les manifestations ont basculé dans des violences d’une rare ampleur

À Paris, la journée avait commencé avec plusieurs rassemblements contre la vie chère et pour la défense des services publics. Des cortèges réunissaient des lycéens, des étudiants, des syndicalistes et des Gilets jaunes. Mais dès les premières heures, des groupes mobiles et parfois masqués ont cherché à rejoindre différents quartiers de la capitale.

Les affrontements se sont multipliés autour de République, de l’Opéra, des grands magasins et jusque dans des secteurs proches de l’Élysée. Des barricades ont été incendiées, des commerces forcés et des vitrines brisées.

Boulevard Magenta, des boutiques de vêtements, des magasins de téléphonie et des commerces de proximité ont été pillés. Dans certaines rues, les voleurs sont entrés en groupe, ont emporté des marchandises et sont repartis avant l’arrivée des policiers.

L’ampleur des dégradations a surpris jusqu’aux autorités. Laurent Nuñez a reconnu que les forces de l’ordre avaient été débordées dans plusieurs villes, malgré la mobilisation d’importants effectifs.

À Lyon, l’office de tourisme de la place Bellecour a été incendié. À Limoges, l’hôtel de ville a été gravement endommagé par les flammes. Marseille, Bordeaux, Lille et d’autres grandes agglomérations ont également connu des affrontements, des incendies et des pillages.

Le bilan consolidé du ministère de l’Intérieur fait état de 2 397 interpellations pour la seule journée du samedi 17 octobre. Au total, 997 policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept grièvement.

À Paris, le parquet a recensé 855 interpellations liées aux événements du samedi, ayant donné lieu à 557 gardes à vue. Parmi les personnes concernées figurent des mineurs.

Ces chiffres montrent l’ampleur des violences, mais ils demandent une précision : toutes les personnes interpellées ne sont pas reconnues coupables. Les enquêtes doivent permettre de déterminer leur participation éventuelle aux pillages, aux agressions ou aux dégradations.

Black blocs, casseurs et pillards : qui a participé aux violences ?

La question est importante, car les auteurs des violences ne formaient pas nécessairement un groupe homogène.

Le gouvernement met en cause des militants d’ultragauche et des individus utilisant les méthodes des black blocs. Ces derniers se déplacent généralement en groupes, vêtus de noir et le visage dissimulé, afin de compliquer leur identification pendant les affrontements.

Mais les pillages ont également attiré des personnes venues profiter des vitrines brisées pour voler des marchandises. Des mineurs figurent parmi les suspects interpellés.

À ce stade, il est impossible d’établir combien de casseurs appartenaient à des groupes politiques organisés, combien agissaient isolément et combien ont participé aux vols sans avoir pris part aux premières dégradations.

Les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des comportements différents, sans permettre d’identifier systématiquement les personnes ni leurs motivations.

Le rôle éventuel de groupes d’ultradroite ou d’autres mouvances devra lui aussi être établi sur des éléments vérifiables. Les accusations politiques ne peuvent tenir lieu d’enquête.

Et il serait tout aussi inexact d’assimiler les centaines de milliers de personnes qui ont manifesté pacifiquement aux individus responsables des violences.

Dimanche 18 octobre, Paris a encore connu des pillages

La situation ne s’est pas apaisée avec la fin des manifestations de samedi.

Dimanche après-midi, de nouveaux affrontements ont éclaté dans le secteur de République et dans plusieurs rues du centre de Paris. Des commerces ont encore été dévalisés, notamment à Belleville et autour de la rue Saint-Martin.

Des incendies ont été signalés et les pompiers ont dû intervenir dans des secteurs où les tensions restaient importantes.

Lundi 19 octobre, le parquet de Paris a communiqué un bilan de 208 interpellations pour les événements de dimanche, qui s’ajoutent aux 855 du samedi. Cela représente 1 063 interpellations recensées par le parquet sur les deux journées dans la capitale. Ces chiffres concernent Paris et ne doivent pas être additionnés sans précaution au bilan national du 17 octobre.

Pour les commerçants, les conséquences commencent seulement à être mesurées.

Alain Di Crescenzo, président de CCI France, estime que le nombre d’établissements touchés pourrait dépasser 2 000 dans le pays. La veille, un premier recensement en comptabilisait environ 1 500. Le montant des dommages pourrait représenter plusieurs centaines de millions d’euros.

Derrière ces chiffres, des situations parfois dramatiques : un commerce familial qui a perdu l’ensemble de ses marchandises, une boutique contrainte de fermer plusieurs jours, des salariés dont l’activité se retrouve suspendue.

À Paris, près de 1 000 agents municipaux ont été mobilisés pour nettoyer les rues et enlever les débris. La Ville a également mis en place une cellule d’aide destinée aux commerçants victimes des dégradations.

Le secteur demande désormais des réponses rapides des assureurs et des pouvoirs publics. Les pertes ne se limitent pas aux vitrines détruites. Elles comprennent les stocks volés, le matériel endommagé et le manque à gagner pendant les fermetures.

Des adolescents grièvement blessés, des interventions policières contestées

Les violences du week-end ont également fait des victimes parmi les civils.

À Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a eu la main droite arrachée par l’explosion d’une grenade au cours de la manifestation. Une enquête a été confiée à l’Inspection générale de la police nationale afin d’établir les circonstances exactes du drame.

À Mulhouse, Maïssa, également âgée de 17 ans, a perdu la vision de son œil gauche après avoir été atteinte par un projectile lors d’une intervention policière. Selon les témoignages recueillis, elle venait de sortir d’un restaurant avec des amies lorsqu’elle s’est retrouvée à proximité des affrontements. L’IGPN a été saisie.

Ces deux affaires rappellent que la question des violences commises pendant les manifestations concerne aussi les conditions d’intervention des forces de l’ordre et la sécurité des personnes présentes dans les rues.

Des manifestants dénoncent notamment des usages injustifiés de gaz lacrymogènes. À l’inverse, les syndicats de police soulignent l’intensité des attaques auxquelles leurs collègues ont été confrontés.

Les investigations devront établir les responsabilités dans chaque affaire, sans préjuger de leurs conclusions.

Macron refuse la démission de Nuñez : quelle réponse avant le 24 octobre ?

Le gouvernement se retrouve sous pression après ces journées de violences.

Dimanche soir, Le Président de la République, Emmanuel Macron, a condamné les attaques contre les commerces, les forces de l’ordre et les bâtiments publics. Il a également reconnu l’existence de revendications sociales légitimes, sans annoncer de mesures précises susceptibles de répondre immédiatement aux demandes des manifestants.

Lundi matin, Laurent Nuñez a proposé sa démission, que le président de la République a refusée. Le ministre de l’Intérieur reste chargé de revoir les dispositifs de sécurité et de tirer les conséquences des difficultés rencontrées le 17 octobre.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit engager des discussions avec les responsables politiques, les représentants syndicaux et les acteurs locaux.

À Marseille, où les violences ont été particulièrement importantes, les autorités ont interdit les rassemblements ce lundi entre midi et 20 heures.

Pour autant, aucune décision d’instaurer l’état d’urgence national n’a été annoncée.

L’exécutif doit désormais répondre à une double difficulté. Les forces de sécurité ont été débordées dans plusieurs grandes villes, tandis que les revendications à l’origine des manifestations demeurent.

La mobilisation ne s’est d’ailleurs pas interrompue lundi. À Paris, des étudiants de l’École du Louvre ont bloqué l’accès au musée dans la matinée pour afficher leur solidarité avec le mouvement lycéen. Près de Lyon, des agriculteurs ont également manifesté sur l’autoroute A47.

Ces initiatives ne relèvent pas toutes de la coordination des Gilets jaunes, mais elles témoignent de la poursuite des tensions sociales.

Manifestation du 24 octobre : à quoi faut-il s’attendre samedi à Paris et en France ?

Il reste cinq jours avant la nouvelle journée annoncée par les Gilets jaunes.

Pour les parisiens, la principale inconnue concerne les lieux de rassemblement. À ce stade, aucun départ officiel de République, Bastille ou Nation ne peut être annoncé pour le 24 octobre.

Les parcours, les éventuelles interdictions de manifester dans certains secteurs et les restrictions de circulation devront être précisés par les autorités.

Les usagers des transports en commun ne disposent pas davantage d’un calendrier confirmé de fermetures de stations pour cette journée. Les mesures dépendront des rassemblements réellement organisés et des décisions de sécurité.

Quant à l’ampleur de la mobilisation, personne ne peut encore la prévoir sérieusement. Les dizaines d’actions annoncées témoignent de la volonté d’une partie des Gilets jaunes de poursuivre le mouvement, mais leur nombre ne permet pas de calculer celui des futurs manifestants.

Le 24 octobre sera également un test pour les organisateurs. Après les événements du 17, ils devront convaincre les personnes venues défendre pacifiquement leurs revendications de redescendre dans la rue, alors que les images des pillages continuent de circuler.

Le gouvernement, lui, devra démontrer qu’il a compris pourquoi ses dispositifs de sécurité ont été dépassés. Il devra aussi répondre aux questions qui avaient conduit les manifestants dans la rue avant les premières violences.

Samedi, l’attention se portera donc autant sur le nombre de participants que sur les conditions dans lesquelles ils pourront manifester.

Car une semaine après les incendies de Limoges, les pillages parisiens et les affrontements de Lyon et Marseille, la France s’apprête à vivre une nouvelle journée de mobilisation sans avoir encore tourné la page de la précédente.