Un Français qui s’installe à Genève, ou qui y travaille en frontalier, prend rendez-vous pour un contrôle et se voit proposer une séance chez l’hygiéniste. En Suisse, l’hygiéniste dentaire exerce sa propre profession de santé, avec un titre protégé par la Confédération. Ce métier n’existe pas en France, et l’échelon intermédiaire voté en 2023 pour les assistants dentaires attend toujours ses textes d’application.

Ce qui se passe pendant la séance

Au Centre Médico-Dentaire Balexert, à Genève, l’hygiéniste dentaire mène des séances d’hygiène destinées à prévenir les caries et les maladies des gencives. Les soins s’y enchaînent dans cet ordre :

  1. le détartrage, qui retire le tartre avec des instruments à ultrasons ou à la main ;
  2. le polissage, qui lisse la surface des dents, ralentit le retour du tartre et efface les colorations superficielles ;
  3. la fluoration, qui reminéralise l’émail et atténue les sensibilités passagères qui suivent parfois le détartrage.

La séance comprend aussi des conseils ajustés à chaque bouche, sur la technique de brossage, le fil ou les brossettes interdentaires et la fréquence des rendez-vous. Le détartrage peut faire saigner les gencives, d’autant plus qu’elles sont enflammées, et peut se faire sous anesthésie locale quand les dents sont très sensibles. Le polissage et la fluoration ne font pas mal.

Trois ans d’école et un titre protégé

En Suisse, on devient hygiéniste dans une école supérieure (ES). Le plan d’études cadre, approuvé en 2021 par la Confédération, prévoit au moins 5 400 heures sur trois ans, qui mènent au titre protégé d’hygiéniste dentaire diplômé ES. L’entrée suppose un diplôme du secondaire II, comme un certificat d’apprentissage ou une maturité, et un examen d’aptitude, indique l’association Swiss Dental Hygienists.

En Suisse romande, une seule école y prépare, l’École supérieure d’hygiénistes dentaires de Genève. Selon l’État de Genève, elle est passée de 20 à 40 places à la rentrée 2025 dans l’espoir de combler la pénurie du secteur, et environ 60 % de ceux qui y entrent sont déjà assistants dentaires. La moitié des heures se passe en pratique, jusqu’aux soins sur de vrais patients à la clinique de l’école, et la dernière année comprend un stage en cabinet. Swiss Dental Hygienists recense trois autres écoles, à Berne et à Zurich.

Une autonomie qui s’arrête au diagnostic

Le programme décrit un champ plus large que le nettoyage, qui va jusqu’aux traitements non chirurgicaux de la parodontite. L’hygiéniste organise et conduit seul ses séances ainsi que le suivi de maintien, que la profession appelle recall. Ce travail suit pourtant le plan de traitement du médecin-dentiste, nom que porte en Suisse le chirurgien-dentiste, à qui l’hygiéniste adresse tout ce qui dépasse sa compétence. Daniel Piguet, directeur de l’école genevoise, rappelle que seul le médecin est en droit de poser un diagnostic.

La Suisse connaît aussi l’assistante en prophylaxie, une assistante dentaire formée en cours d’emploi par la Société suisse des médecins-dentistes, qui retire le tartre au-dessus de la gencive et polit l’émail. Au CMD Balexert, les soins d’hygiène des enfants et des adolescents lui sont parfois confiés.

En France, un échelon voté en 2023 et resté sans décret

Le code de la santé publique ignore l’hygiéniste dentaire. Sur Légifrance, l’expression n’apparaît que dans l’annonce d’une proposition de loi déposée le 14 octobre 2025, qui veut créer ce statut. L’assistant dentaire, lui, assiste le chirurgien-dentiste « sous sa responsabilité et son contrôle effectif » et contribue à la prévention, mais aucune des activités que lui reconnaît le décret de 2016 n’est un soin pratiqué seul.

La loi du 19 mai 2023 sur l’accès aux soins a prévu un échelon de plus. Son article 5 autorise l’assistant dentaire titulaire d’une formation complémentaire à contribuer aux actes d’imagerie, aux actes prophylactiques, aux actes orthodontiques et à des soins postchirurgicaux. La liste de ces actes relève d’un décret en Conseil d’État, toujours pas publié en octobre 2026.

En juillet 2026, le ministère de la Santé reconnaissait que la loi, telle qu’elle a été votée, ne permet pas d’inscrire cette formation au répertoire national des certifications professionnelles. Les assistants dentaires restent au niveau du bac, alors que le groupe de travail du ministère visait un bac + 2, et le projet de décret sur les assistants « de niveau II » est toujours « en cours de finalisation ». L’Ordre national des chirurgiens-dentistes parlait dès l’été 2025 d’un dossier « enlisé ».

Le 6 novembre 2025, le Sénat a adopté une proposition de loi qui crée l’assistant en santé bucco-dentaire, placé sous la responsabilité et le contrôle effectif d’un chirurgien-dentiste. Transmis à l’Assemblée nationale le jour même, le texte n’y avait pas été voté en octobre 2026. En attendant, le détartrage reste en France l’affaire du chirurgien-dentiste.

Un rythme de séances propre à chacun

La page du CMD Balexert ne donne pas de fréquence unique. Certaines personnes fabriquent du tartre très vite et sont plus sujettes à l’inflammation des gencives. Leur programme de maintien peut prévoir une séance tous les trois mois, quand celui d’autres patients n’en compte qu’une tous les dix-huit mois. Ce programme s’établit au fauteuil, avec l’hygiéniste.

Le plan d’études cadre suit la même logique pour le recall, avec des intervalles convenus avec chaque patient afin de repérer tôt une altération des dents ou des gencives. Le bon rythme n’est donc pas le même pour tout le monde. Il se décide avec le praticien qui suit le patient, d’après l’état de sa bouche.