Une double greffe rein pancréas réalisée pour la première fois en France au CHU de Toulouse permet à un patient atteint de diabète de type 1 de ne plus avoir besoin de dialyse. Une avancée médicale prometteuse.
Une double greffe rein pancréas vient d’être réalisée pour la première fois en France au CHU de Toulouse. Cette intervention innovante permet à un patient atteint de diabète de type 1 et d’insuffisance rénale chronique avancée d’arrêter la dialyse et de produire à nouveau une partie de son insuline. Une avancée importante dans la prise en charge de ces maladies chroniques.
Une double greffe rein-pancréas réalisée pour la première fois en France
Les équipes de transplantation du CHU de Toulouse ont réalisé une intervention inédite en France : une double greffe rein pancréas issue d’un même donneur.
Le patient souffrait d’un diabète de type 1 associé à une insuffisance rénale chronique à un stade avancé. Dans cette situation, les reins ne filtrent plus correctement le sang. Le patient devait donc suivre des séances de dialyse depuis plusieurs années.
La dialyse consiste à remplacer artificiellement le travail des reins grâce à une machine qui filtre le sang. Ce traitement est indispensable pour survivre lorsque les reins ne fonctionnent plus, mais il impose souvent plusieurs séances par semaine et limite fortement la qualité de vie.
Grâce à cette double greffe rein pancréas, le patient peut aujourd’hui se passer de dialyse.
Comme l’explique le Dr Laure Esposito, néphrologue à l’hôpital Rangueil (CHU de Toulouse), explique :
« Permettre aux patients de ne plus être dialysés et ne plus être diabétiques est vraiment un émerveillement et une satisfaction quotidienne. »
Pourquoi une greffe rein-pancréas classique n’était pas possible ?
Chez certains patients atteints à la fois de diabète de type 1 et d’insuffisance rénale, les médecins peuvent réaliser une greffe combinée rein-pancréas. Cette opération consiste à transplanter à la fois un rein et un pancréas entier.
Mais dans ce cas précis, cette solution n’était pas envisageable.
Le patient présentait en effet des contraintes vasculaires majeures : certaines artères étaient trop abîmées pour permettre la transplantation d’un pancréas entier.
Les médecins ont donc choisi une approche différente : associer une greffe de rein et une transplantation d’îlots pancréatiques, c’est-à-dire de cellules capables de produire de l’insuline.
Cette stratégie permet de contourner les difficultés techniques tout en apportant un bénéfice métabolique important.
Comment fonctionne cette double greffe rein pancréas ?
La double greffe rein pancréas repose sur deux interventions complémentaires réalisées à partir d’un même donneur.
La première intervention est une greffe de rein. Elle permet de remplacer l’organe défaillant et d’arrêter la dialyse.
La seconde intervention consiste à transplanter des îlots de Langerhans. Ces îlots sont de petits groupes de cellules présents dans le pancréas dont le rôle est de produire plusieurs hormones, dont l’insuline, essentielle pour réguler le taux de sucre dans le sang.
Chez les personnes atteintes de diabète de type 1, ces cellules ont été détruites par le système immunitaire. La transplantation permet donc d’introduire de nouvelles cellules capables de produire de l’insuline.
L’objectif est double :
- améliorer l’équilibre glycémique
- protéger le rein transplanté contre les complications du diabète
Un défi supplémentaire avec un donneur Maastricht 3
Cette double greffe rein pancréas présente une particularité supplémentaire : le donneur appartenait à la catégorie Maastricht 3. Ce terme désigne les donneurs décédés après un arrêt cardiaque consécutif à une décision d’arrêt des traitements. Dans ce type de situation, les organes peuvent être privés de circulation sanguine pendant un certain temps avant le prélèvement. Cela complique la transplantation et nécessite une organisation très précise.
C’est donc la première fois en France qu’un donneur Maastricht 3 permet de réaliser simultanément une greffe de rein et une transplantation d’îlots pancréatiques.
Une organisation complexe entre plusieurs équipes hospitalières
La réussite de cette double greffe rein pancréas repose sur la collaboration de plusieurs équipes médicales.
Le rein et le pancréas ont d’abord été prélevés chez le donneur par les équipes spécialisées dans le prélèvement d’organes.
Le pancréas a ensuite été envoyé au CHU de Montpellier où des spécialistes ont isolé les îlots pancréatiques nécessaires à la transplantation.
Cette étape est très technique : les cellules doivent être séparées du reste du tissu pancréatique dans des conditions très précises.
Les îlots ont été isolés en 12 heures, puis transportés pour la transplantation.
Pendant ce temps, les chirurgiens du CHU de Toulouse ont réalisé la greffe rénale.
Cette greffe a été effectuée sur un pontage ilio-fémoral. Il s’agit d’une dérivation vasculaire permettant de contourner des artères abîmées et d’assurer une bonne circulation sanguine vers le rein transplanté.
Quarante-huit heures après cette intervention, les îlots pancréatiques ont été injectés dans le foie du patient.
Cette injection est réalisée par une équipe de radiologie interventionnelle. Le foie est choisi car il possède un réseau sanguin très riche, ce qui permet aux cellules transplantées de s’implanter et de fonctionner.
« Les îlots pancréatiques, également appelés îlots de Langerhans, sont des cellules du pancréas capables de produire de l’insuline. Chez les personnes atteintes de diabète de type 1, ces cellules sont détruites par le système immunitaire. »
Dr Laure Esposito
L’injection des cellules a été réalisée en moins de 30 minutes.
Des résultats très encourageants pour le patient
Les premiers résultats de cette double greffe rein pancréas sont très positifs.
Le patient n’a plus besoin de dialyse, ce qui signifie que le rein transplanté fonctionne correctement.
Il produit également une partie de son insuline, ce qui permet de stabiliser la glycémie et de réduire le nombre d’injections.
Pour les équipes médicales, ces résultats montrent que cette approche pourrait devenir une solution pour certains patients atteints de diabète de type 1 associé à une maladie rénale sévère.
Pourquoi le diabète de type 1 peut endommager les reins ?
Le diabète de type 1 provoque une hyperglycémie chronique, c’est-à-dire un taux de glucose dans le sang trop élevé. À long terme, cet excès de sucre abîme progressivement les petits vaisseaux sanguins qui filtrent le sang dans les reins. Cette complication, appelée néphropathie diabétique, peut conduire à une insuffisance rénale terminale. Lorsque les reins ne fonctionnent plus suffisamment, les patients doivent être traités par dialyse ou par transplantation rénale. Chez les patients diabétiques, d’autres complications peuvent également apparaître, notamment des maladies cardiovasculaires, une hypertension artérielle ou des troubles de la tension artérielle. C’est pourquoi la prise en charge repose sur plusieurs piliers : insulinothérapie, surveillance du taux de glucose, contrôle de la pression artérielle, éducation thérapeutique et adaptation du régime alimentaire.
Une avancée importante pour la prise en charge du diabète de type 1
En France, environ 200 000 personnes vivent avec un diabète de type 1.
Par ailleurs, près d’une personne sur dix est concernée par une maladie rénale.
Chez certains patients, ces deux pathologies peuvent se cumuler et rendre la prise en charge particulièrement complexe.
La réussite de cette double greffe rein pancréas ouvre donc de nouvelles perspectives thérapeutiques. Elle montre qu’il est possible d’améliorer la qualité de vie des patients, de mieux contrôler la glycémie et de protéger les organes transplantés.
Le rôle essentiel du don d’organes
Cette avancée médicale n’aurait pas été possible sans le don d’organes.
Chaque transplantation repose sur la générosité des donneurs et de leurs familles, ainsi que sur la coordination de nombreuses équipes médicales spécialisées.
Grâce à ces dons et aux progrès de la médecine, certaines interventions autrefois impossibles deviennent aujourd’hui une réalité.
« Un espoir de guérison grâce aux donneurs avant tout, mais aussi grâce aux prouesses partagées d’équipes de soignants passionnés. »
Dr Laure Esposito
À retenir
Une double greffe rein pancréas réalisée pour la première fois en France au CHU de Toulouse a permis à un patient atteint de diabète de type 1 et d’insuffisance rénale chronique d’arrêter la dialyse et de produire à nouveau une partie de son insuline. Cette avancée ouvre de nouvelles perspectives pour les patients confrontés à ces maladies chroniques.
Sophie Madoun